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18/09/2010

Algerie: Après les égarements "Kouchnérien", la France par l'intermédiaire de Raffarin, sera t-elle capable de rétablir une diplomatie efficiente?

La France souhaite mettre un terme définitif à la période de tension qui caractérise, depuis deux années, ses relations avec l’Algérie. C’est le message essentiel qu’a souhaité faire passer, hier, l’ambassadeur français à Alger à l’occasion d’une rencontre avec la presse. La participation de Bouteflika au sommet de Nice, la rencontre Ouyahia- Guéan, le non-lieu dans l’affaire Hasseni et la nomination de Jean-Pierre Raffarin sont, selon Xavier Driencourt, autant «d’éléments positifs» qui plaident pour une redynamisation des relations entre les deux pays. Néanmoins, il reste encore de nombreux dossiers sensibles en suspens.


En choisissant de passer par le canal des médias, l’ambassadeur de France à Alger semble vouloir prendre à
témoin les opinions publiques des deux pays. Pour Xavier Driencourt, il est aujourd’hui temps d’en finir
avec la période de «crispation» entre Paris et Alger. Ainsi, le premier semestre 2010 aurait été marqué par
quatre «éléments positifs». «Il est temps d’insuffler un nouveau rythme, un nouveau cours aux relations
algéro-françaises. Nous devons sortir de cette période de crispation. L’échange entre Ahmed Ouyahia, le
Premier ministre algérien, et Claude Guéan, le secrétaire général de l’Elysée, la participation du président
Abdelaziz Bouteflika au Sommet de Nice ont été les premières étapes. Elles ont été suivies du non-lieu dont
a bénéficié Mohamed-Ziane Hasseni et de la désignation récente de Jean-Pierre Raffarin. Ce sont autant
d’éléments positifs qu’il faut exploiter. Nous devons donc aller de l’avant après cette période difficile», a
souligné, hier, l’ambassadeur de France à Alger à l’occasion d’une rencontre avec les représentants de six
journaux.

 

http://www.france24.com/fr/files_fr/imagecache/aef_ct_article_image/story/boutef-sarko-m.jpg


Raffarin en facilitateur
Le diplomate est longuement revenu sur la mission dont a été récemment chargé l’ancien Premier ministre
français, Jean-Pierre Raffarin. «Il faut être très précis, j’ai lu dans la presse que M. Raffarin a été nommé
«Monsieur Algérie» et qu’il aurait beaucoup de sujets à traiter : question de visas, émigration, questions
relatives à la mémoire, etc. Ce n’est pas la réalité. La réalité, c’est que lors de la réunion entre le secrétaire
général de l’Elysée et le Premier ministre algérien, M. Guéan a eu l’idée de proposer de nommer deux
personnalités, une algérienne et une française, afin de coordonner les différents projets économiques de part
et d’autre. On s’aperçoit que les entreprises françaises sont ici depuis longtemps et qu’en termes
d’interlocuteurs il y a plusieurs ministères. Elles ont tendance à avancer en ordre dispersé, et l’idée était de
nommer quelqu’un pour essayer de coordonner et de fédérer les différents projets français. Donc, c’est une
mission à caractère économique. La lettre de mission de M. Raffarin, signée par le président Sarkozy, est
précise. Elle consiste à ordonner la coopération économique franco-algérienne ainsi que le développement
des investissements français en Algérie et algériens en France. Il a le rôle de facilitateur», a précisé
l’ambassadeur. Une mission, donc, plus axée vers l’économie que la politique. Sauf que Xavier Driencourt
reconnaît que les relations économiques entre les deux pays sont fortement marquées par le contexte
politique. «La relation entre la France et l’Algérie est un contexte très politique. Quand le contexte va mieux,
l’économie va mieux.» Raffarin devrait entreprendre sa première visite à Alger, en qualité de «facilitateur»,
au cours des prochains mois. Anne-Marie Idrac, secrétaire d'État française chargée du commerce extérieur,
est attendue dimanche prochain pour déblayer le terrain.


Investissements français et LFC 2010
Xavier Driencourt n’hésite pas à évoquer l’existence de «difficultés et de blocages» qui tendent à freiner les
activités des entreprises françaises en Algérie. «Il y a un nombre de projets français en Algérie qui datent
déjà d’un certain temps et s’ils ne se sont pas réalisés, c’est qu’il y a des difficultés. Des obstacles qui
peuvent être de natures différentes. Les chefs d’entreprise n’ont pas toujours accès aux ministres algériens et
vous connaissez les procédures du côté algérien avec la commission nationale des investissements ». Le
diplomate laisse également entendre que les mesures introduites dans les deux lois de finances
complémentaires 2009 et 2010 laissent peu de champ d’action aux entreprises étrangères. «J’ai lu les articles
qui se rapportent à la loi de finances complémentaire 2010. Je dois dire que cette LFC est compliquée. J’ai
constaté qu’il y a un certain nombre d’aménagements sur le crédit documentaire. En fait, tout ceci se situe
dans le prolongement de la LFC 2009. Il n’y a pas de bouleversement complet. Les entreprises, qu’elles
soient françaises, allemandes, américaines canadiennes ou autres, préféreraient, je suppose, travailler dans un
cadre juridique entièrement libéral. Pour ce qui est des entreprises françaises, elles sont conscientes qu’elles
travaillent dans ce cadre et qu’il faut s’y adapter (…) Les entreprises françaises sont là sur le long terme
sinon elles seraient découragées depuis longtemps. Le marché algérien est un marché important et les
entreprises françaises s’inscrivent en Algérie dans le long terme quelles que soient les étapes», dira-til. Pour
ce qui est de l’obligation d’investissement en partenariat avec un opérateur algérien pour toute entreprise
étrangère ayant obtenu un marché, l’ambassadeur a estimé que cette mesure devrait être difficilement
applicable. La cause ? Le manque de partenaires algériens. «Cette disposition générale devrait concerner tous
les secteurs d’activité. J’ai eu l’occasion d’en discuter avec le ministre de l’Energie. C’est une disposition
qui, pour être mise en oeuvre, nécessite la présence de partenaires algériens. C’est là la principale source de
gage. Mais ce n’est pas évident. Il n’y a pas une multiplicité d’entreprises algériennes prêtes à investir. Le
tissu industriel n’est pas très développé en Algérie».


Problématique rançon
L’ambassadeur de France s’est montré quelque peu embarrassé en évoquant la libération de Pierre Camatte,
l’otage français au Mali, par les terroristes d’Al Qaïda Maghreb. «La France n’a pas payé de rançon», a
répété à plusieurs reprises le diplomate. Comment expliquer la libération de Camatte? «C’est le Mali qui a
décidé…», dira vaguement Xavier Driencourt. Il reconnaîtra les préoccupations du gouvernement algérien à
propos du phénomène dangereux que représente le paiement de rançons aux groupes terroristes. «L’Algérie
est préoccupée par les rançons. Elle a déposé à l’ONU un projet visant à criminaliser ces actes». A ce titre, le
représentant de la France a soulevé quelques réserves sur cette initiative et, surtout, sur son application.
«C’est une initiative politique de la part de l’Algérie. Mais ce n’est parce qu’on vote un texte qu’il est
systématiquement appliqué. Ce n’est qu’une résolution de l’ONU. Mais c’est une initiative politique
intéressante à suivre. L’Algérie a choisi un certain nombre de pays avec qui elle souhaite travailler,
notamment la Grande-Bretagne. Nous sommes pour le principe mais nous ne sommes pas d’accord sur toutes
les modalités.» Il reviendra brièvement sur la récente opération franco-mauritanienne dont l’objectif était de
libérer un second otage, Michel Germaneau. «Cette opération mauritanienne aidée par la France a été
présentée par la presse comme un échec. C’est un échec dans la mesure où M. Germaneau a été exécuté,
mais cette opération militaire a démontré que la France est très préoccupée par la prolifération de zones de
non-droit dans la région du Sahel. D’un autre côté, nous reconnaissons les efforts que fait l’Algérie dans la
lutte contre le terrorisme, notamment dans cette région. Nous connaissons parfaitement le rôle actif et le
leadership que doit avoir l’Algérie. Le président Sarkozy a pris note des efforts et des initiatives visant à
regrouper les Etats de la région. Nous sommes conscients qu’il faut conjuguer les efforts pour parvenir à une
meilleure situation dans cette zone.»

 

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/jpg/ALGERIE-I.jpg

 

Gare à l’escalade
Dans le registre des sujets qui fâchent, l’ambassadeur a fait part de ses craintes quant aux effets que
provoquerait l’adoption de la proposition de loi visant à criminaliser les faits commis durant la colonisation
de l’Algérie. «Nous ne sommes pas franchement pour cette proposition de loi criminalisant la colonisation
française. Nous suivons la procédure législative algérienne. Pour l’instant, d’après ce que je comprends, ce
projet est bloqué. C’est une procédure algérienne et nous respectons le Parlement algérien qui est libre de
voter ou de ne pas voter ce texte. Il est vrai que si ce texte venait à être voté, cela ne faciliterait pas les choses
dans les relations bilatérales. Comme vous le savez, il y a un certain nombre de personnes en France qui sont
très attentives à cela. Souvenez-vous quand le Parlement français avait adopté la loi du 23 février. Il y a eu
un certain nombre de conséquences en chaîne. Il est donc vraisemblable qu’une loi de ce type aurait des
conséquences en chaîne. Des réactions individuelles ou de groupes divers qui sont actifs dans le sud de la
France. Ce n’est pas le meilleur moyen de mettre de l’huile dans les rouages.»


No comment
Au cours de cette rencontre avec la presse, l’ambassadeur de France a évité d’aborder certains sujets. Le plus
souvent pour ne pas commenter des affaires actuellement pendantes devant la justice. C’est le cas notamment
des sanctions infligées par la Banque d’Algérie à certaines banques françaises, de l’affaire des moines de
Tibhirine et même du cas du chanteur Cheb Mami (Xavier Driencourt avouera ne rien savoir sur ce sujet).
Par contre, il mettra en avant le principe d’obligation de réserve pour éviter de commenter les propos tenus
par son ministre, Bernard Kouchner, qui avait évoqué, en février dernier, la présence de la «génération de
Novembre» aux plus hauts postes de l’Etat algérien. Les journalistes n’en sauront pas plus également à
propos de la vente de frégates françaises à la marine algérienne. «C’est un dossier de très long terme, j’en
entends parler depuis plusieurs années.» Idem pour la visite d’Etat en France de Abdelaziz Bouteflika. «On
n’en a plus jamais reparlé. Elle aura lieu quand le président de la République algérienne décidera de se
rendre en France.»

Source IHEDN

RELATIONS INTERNATIONALES - EUROPE DE LA DEFENSE - OTAN :
FRANCE-ALGÉRIE Paris veut tourner la page
Source journal ou site Internet : Le Soir d’Algérie
Date : 16 septembre 2010
Auteur : TH

16:34 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kouchner, algérie, diplomatie, raffarin, al qaeda, terrorisme, investissements | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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