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19/08/2010

Culture - Histoire - Violence

XIe - XVIIIe siècles; Violence aveugle, violence maîtrisée


Violence, insécurité, peur... Ces mots rappellent une réalité vieille comme le monde et dont il est peu probable
qu'elle disparaisse un jour.
Il n'empêche que, depuis le meurtre biblique d'Abel par son frère Caïn, la violence a beaucoup évolué en
nature et en intensité...
André Larané

 

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Violence aveugle


Pour nous en tenir à l'Occident, le IIe millénaire a débuté sous une extrême violence : violence ordinaire des
populations paysannes, livrées à elles-mêmes, violence calculée des seigneurs avides et acrimonieux.
Cette violence se tempère au XIIe siècle, quand les souverains, tel Louis VI le Gros, mettent à la raison les
seigneurs-bandits et que l'Église discipline les guerriers en les transformant en chevaliers, «défenseurs de la
veuve et de l'orphelin».


Au XIIIe siècle, sous le «beau Moyen Âge», la violence au quotidien demeure élevée, au même niveau que
celui observé aujourd'hui dans les pays les plus violents d'Amérique latine, avec un taux d'homicide annuel
supérieur à 50 pour 100.000 habitants (*).


- Le duel d'honneur :
Cette situation va plus ou moins perdurer jusqu'au XIXe siècle, avec l'apparition, entre temps, à la
Renaissance, d'un phénomène inédit : le duel ! Il conduit des gentilshommes à se battre jusqu'à la mort pour
l'«honneur» (on trouve généralement une femme à l'origine de la querelle !).
Dans la première décennie du XVIIe siècle, en France, sous le règne d'Henri IV, on attribue aux duels environ
30.000 décès. Les souverains finissent par s'émouvoir de cette hécatombe qui les prive de tant de braves
officiers !
Frappé d'interdiction légale, le duel disparaît progressivement au XVIIIe siècle sauf dans quatre pays où il
demeure en vogue jusqu'à la Première Guerre mondiale : l'Allemagne, la Russie, l'Italie et l'Espagne. «Sinistre
quatuor, note Jean-Claude Chesnais (*). Tous ces pays allaient connaître, au siècle suivant, les dictatures les
plus tragiques de leur histoire.»


La mesure de la violence
Comment mesurer la violence ? Quand on parle d'agressions, de viols ou de vols, les définitions varient selon
les locuteurs et les sociétés, rendant illusoire toute comparaison.
Le recensement de ces faits dépend souvent de leur perception sociale. Ainsi les viols et les violences
conjugales étaient-ils largement sous-évalués jusqu'à une date récente dans les sociétés latino-américaines, au
contraire des sociétés scandinaves ou anglo-saxonnes, parce qu'ils s'inscrivaient «dans la nature des choses»...
En définitive, le seul indicateur à peu près objectif pour mesurer et comparer l'intensité de la violence entre
deux époques ou deux lieux est le taux annuel d'homicides.
En ce début du XXIe siècle, ce taux tourne autour de 50 homicides par an pour 100.000 habitants dans les
régions les plus violentes du monde (parmi celles qui disposent de statistiques) : Venezuela, Colombie,
Afrique du Sud,... Il est de 0,7 à 1,5 homicides par an pour 100.000 habitants dans les pays les plus sûrs du
monde : Japon, Scandinavie, Europe occidentale,...

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Violence maîtrisée


Jusqu'au XVIIe siècle et au-delà, le maintien de l'ordre était confié à des milices municipales. Avec
l'émergence des États nationaux, ceux-ci ne tardent pas à s'en saisir.


- La France et sa police :
En France, en 1667, le roi Louis XIV confie à Gabriel Nicolas de La Reynie (42 ans) la charge nouvelle de
lieutenant de police de Paris. La Reynie va dès lors traquer sans relâche les pensionnaires de la «Cour des
Miracles» et Paris va peu à peu se policer.


Au siècle suivant, le gouvernement étend l'autorité de la police à l'ensemble du royaume sans craindre de
recourir à d'anciens truands pour arrêter les autres. Vidocq (1775-1857), escroc et forçat devenu indicateur et
chef de la brigade de sûreté, illustre ce procédé qui contribue à ternir l'image de la police auprès de la
population.
Reste que, de la chute du Premier Empire (1815) à celle du Second
(1870), la violence criminelle diminue sensiblement en intensité. Elle se cantonne surtout dans les milieux
ruraux et pauvres et émeut l'opinion à la faveur de quelques grandes affaires qui mettent en cause des grands
noms de la noblesse : Bourbon-Condé, Choiseul-Praslin.


Les romanciers, de Balzac à Flaubert, traitent le crime sous l'angle passionnel ou humain. Lorsqu'ils abordent
l'angle social, comme Eugène Sue (Les mystères de Paris, 1842) ou Victor Hugo (Les Misérables, 1862), c'est
pour attirer la compassion des bourgeois sur le sort fait aux classes ouvrières.


- L'Angleterre et son Code sanglant :
Outre-Manche, au XVIIIe siècle, on observe avec quelque effroi la police française, peu regardante sur les
principes...
L'Angleterre entre dans la révolution industrielle. Des masses de paysans, chassés par la misère et les grands
propriétaires, affluent dans les grandes villes, en quête de travail. Ils découvrent l'étalement de richesses de la
nouvelle bourgeoisie. Il s'ensuit, faut-il s'en étonner ? une recrudescence des atteintes aux biens.
Les dirigeants édictent alors des lois excessivement sévères, punissant de la pendaison les crimes de sang mais
aussi les vols et de simples larçins. Du fait de ce «Code sanglant», on compte au début du XIXe siècle en
Angleterre jusqu'à trois fois plus de pendaisons que d'homicides !
Cette sévérité s'avère payante. Quand la reine Victoria monte sur le trône, en 1837, la violence a si bien été
éradiquée que le gouvernement peut sans crainte radoucir les lois. De l'ère victorienne à nos jours, le
Royaume-Uni apparaît comme un hâvre de paix civile à peine troublée par quelques spectaculaires affaires et
l'imagination débordante de ses romanciers.


Comme la France et l'Angleterre, l'ensemble de l'Europe de l'Ouest voit la violence criminelle s'atténuer au
milieu du XIXe siècle, avec des taux d'homicide volontaire qui se rapprochent des taux actuels. C'est l'époque
où se mettent en place les principes inspirés par le grand juriste Cesare Beccaria, principes sur lesquels repose
la justice moderne.


- Les États-Unis et la «loi du Colt» :
Toute autre est l'évolution des jeunes États-Unis d'Amérique. La colonisation des étendues sauvages du Far
West se fait en marge de la loi et sur le dos des premiers occupants, les Amérindiens. Par la force des choses,
l'ordre public est confié aux collectivités locales et à des shérifs élus par leurs concitoyens. Il s'ensuit une
évolution à rebours de l'Europe.


Les conséquences s'en font encore sentir avec un taux d'homicide volontaire nettement plus élevé, de l'ordre de
5 ou 6 par an pour 100.000 habitants. «La France dispose d'une des polices (et gendarmeries) les plus denses,
les mieux réparties et les plus efficaces qui existe au monde, et ce fait est séculaire. Si, dès le début du XIXe
siècle, le niveau comparé de violence [...] y est incomparablement bas, c'est que, derrière l'histoire de la
violence, se profile l'histoire de l'État. Inversement, les États-Unis, dont l'histoire est dominée par la violence,
se caractérisent par un refus permanent de la puissance publique», observe Jean-Claude Chesnais (Histoire
de la violence, 1981).


La violence change de nature à la fin du XXe siècle (la «Belle Époque»). C'est le moment où naissent les
grands médias de l'ère industrielle.

 

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Bibliographie
Je signale quelques bonnes études sur le sujet. En premier lieu, l'indémodable Histoire de la violence, par le
démographe Jean-Claude Chesnais (Robert Laffont, collection de poche Pluriel, 1981). On regrette que cet
essai très dense sur la violence dans les deux derniers siècles n'ait pas encore été mis à jour.
À noter également Crimes et délits par l'historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu (Nouveau Monde, 2006),
une histoire de la violence très bien documentée, de la Belle Époque à nos jours.
On peut feuilleter aussi avec beaucoup d'intérêt l'album illustré : Dans les secrets de la police (L'Iconoclaste,
2008) et le catalogue de l'exposition Crime & châtiment (sous la direction de Jean Clair).

 

http://www.lexpress.fr/pictures/47/24499_deux-personnes-pres-d-une-voiture-incendiee-le-15-juillet-2010-a-belfast-lors-de-la-4e-nuit-de-violences.jpg

18:22 Écrit par HUMANITAS | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : femmes, violence, histoire, insécurité, andré larané, duel, honneur, police, politique, militaire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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