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18/08/2010

Stratégie: Afghanistan/USA-Coalition

Le Leadership américain et la situation sur le terrain


L'Afghanistan est la preuve de ce que le multilatéralisme peut faire sans une vision politique claire
et ce qu'une force multinationale et une action de sécurité collective peuvent s'interdire de réaliser
sans une confiance renouvelée et une coordination efficace, y compris en matière de « nation
building ». Un examen sans complaisance du conflit afghan, de sa stratégie générale et de ses issues
a été imposé récemment à la coalition, en ses aspects politiques, stratégiques et tactiques, par le
remplacement du Générale Stanley McChrystal, Chef des forces de l'OTAN, de la part du Général
David Petraeus, Chef du Commandement Central des US Forces, assurant la responsabilité militaire
de « l'arc de crise » qui va de la corne d'Afrique au Pakistan, via l'Irak, l'Iran et l'Inde.
Un regard désenchanté de la situation politico-militaire sur le terrain a été relancé par la publication
sur le site WikiLeaks de « fuites » d'informations confidentielles qui dévoilent le quotidien du
conflit et jettent le doute sur le rôle du Pakistan dans la guerre.

 

http://desourcesure.com/upload/BenLaden.jpg


En ce qui concerne le Commandent de la coalition, le Général David Petraeus, dispose t-il
entièrement des moyens de sa mission ? Le Général a publié en 2006 le manuel « 3-24 Contreguerilla
», le texte militaire le plus prisé par les officiers américains. Il a également planché sur la
stratégie globale des États-Unis au moment de la transition de l'Administration Bush à
l'Administration Obama. Auréolé du succès en Irak pour sa stratégie du « Surge » (envoi de
renforts), qui a permis de détourner l'offensive des Sunnites, le Général Petraeus a opéré une rupture
radicale avec les vieux concepts stratégiques américains de la guerre froide et il doit explorer
maintenant au Pakistan, avec une vigueur nouvelle imposée par l'accroissement des dynamiques de
la violence, la solution politique de sortie de crise demandée par le Président Obama. Et cela au
moment le plus difficile, lorsque s'intensifient les scénarios des futures négociations avec les
insurgés, promues par le Président Karzaï, partisan d'une « réconciliation nationale » avec les
Talibans, avalisée par la conférence de Kaboul du 20 juillet dernier. Il s'agit d'une situation où
s'active également l'interventionnisme du Pakistan, qui avait été marginalisé jusqu'ici sur la scène
diplomatique pour ses compromissions passées vis-à-vis des forces talibanes et qui reste sur le banc
des accusés pour les agissements de ses services secrets (voir déclaration du 28 juillet du Premier
Ministre Britanique, David Cameron, en visite officielle en Inde).


Le limogeage du Général McChrystal et son remplacement par son supérieur direct, doit-il être
interprété comme un changement de stratégie générale de la coalition ou, en revanche, comme une
clarification de celle-ci et, de ce fait, comme une adaptation indispensable du Ziel (finalité militaire)

au Zweck (finalité politique) ?


En ce qui concerne ce type de conflit, l'Europe est-elle préparée au « retour » d'une forme de guerre
qui ressemble, mais n'est pas, celle de la décolonisation et qui exige une lucidité historique,
géopolitique et morale, et un surplus de fermeté et de volonté, qui ne peuvent venir des institutions
de l'UE ou des traités en vigueur mais seulement des acteurs étatiques ? Est-elle porteuse d'une
solution ou d'une issue viables pour une crise à laquelle elle participe sans états d'âme et en
désaccord avec les opinions ? Autour de ces questions décisives s'est ouvert un débat intense aux
États-Unis et au sein de la coalition.


Sens politique et objectifs militaires


Quel est donc le sens politique de ce conflit et quelle en est l'objectif militaire ? Pourquoi en ce
début du XXème siècle l'emploi de la force armée pour résoudre des conflits politiques dans des
sociétés traditionnelles, pluri-éthniques ou tribales, et dans un contexte international fragmenté et
peu amalgamé, semble voué à l'échec et conduit souvent à l'impasse ? Dans le conflit afghan est-il
question de faire face au dernier épisode d'une guerre subversive mondiale, débutée avec la
décolonisation et combattant au nom de l'indépendance des peuples dans le cadre d'une lutte à mort
entre deux systèmes socio-politiques opposés, ou bien s'agit-il en revanche d'un phénomène
historique nouveau, à la sociologie imprécise et aux solutions ambiguës ? La victoire des insurgés
des années soixante reposait sur la légitimité de la cause défendue, sur le soutien des populations
locales en éveil et sur la culpabilité complice des métropoles.


Par ailleurs, si l'enjeu et le coeur du conflit étaient à l'époque la population elle-même,
l'homogénéité de ces insurrections (Viet-Minh et FNL algérien) s'appuyait sur un appareil politique,
le parti, ou sur une organisation politico-militaire, territorialisée et efficace, qui leur assurait une
cohérence de conception, de direction et d'action sur le terrain des combats, ainsi que sur celui des
idées et des solidarités intellectuelles internationales (les partis et les mouvances politiques prorévolutionnaires).
Tel n'est pas le cas de l'Afghanistan, ni celui de l'Irak, ni également celui d'une
météore de conflits caucasiens et moyen-orientaux qui secouent les plaques tectoniques de l'Eurasie,
les zones de fracture entre l'hémisphère Nord et l'hémisphère Sud, entre les zones d'attrition des
grandes religions et des grandes civilisations, ou encore entre modernité occidentale et
modernisation asiatique. Ici les guerres irrégulières, les small-wars, les conflits asymétriques, les
guerres sans lignes de front ont toutes des « centres de gravité » mouvants, et le coeur de ces

insurrections est dicté par le contrôle des populations. Or, ces coeurs sont eux-mêmes fragmentés et
traditionnels et leurs frontières sont marquées par l'ethnie, la tribu, l'allégeance traditionnelle aux
chefs, l'emprise directe du commandement, l'absence de représentativité nationale, la conception de
« sens » différents de l'Histoire, de telle sorte que prétendre de gagner le « coeur et l'esprit » de ces
populations est une entreprise hors de portée raisonnable et un défi hautement improbable.
Quel est donc le sens de ce conflit ?


Multilatéralisme et superposition des buts de guerre


Nous dénombrons en Afghanistan une superposition de buts de guerre qui constituent des sources
majeures d'ambiguïté politique et, en rechute, une pluralité de stratégies opérationnelles et des
modes d'emploi de la force, irréductibles à l'unité. C'est du multilatéralisme avec contestation du
Leadership de coalition.


Dans le souci d'une clarification générale sont à mentionner donc :
- l'opération « Liberté immuable » des États-Unis en application du « principe de légitime
défense », consécutif à l'attaque du 11 septembre 2001, visant la destruction d'Al Qaîda et
son éradication des sanctuaires afghans : but politico-stratégique inconditionnel et classique
d'emploi clausewitzien de la force ;
- Les objectifs civilo-militaires du « processus de Bonn » lancés en décembre 2001 assignant
à un conflit supposé « limité » les buts politiques d'élections démocratiques, d'État de droit
et de gouvernance constitutionnelle. Cet objectif de « sécurité collective » est soutenu par la
« mission civile » des Nations Unies qui y voit une application de la doctrine du « Nation
Building » ;
- Les « objectifs stratégiques » de l'OTAN et d'une coalition de partenaires dont les pays
membres de l'UE, agissant dans le cadre de la doctrine de « défense collective » propre au
Traité de l'Atlantique Nord et dans le cadre de la « mission militaire » ISAF ( International
Security Assistance Force) depuis septembre 2003.


La « mission militaire » de l'OTAN repose par ailleurs sur une double approche politique, régionale
et globale. Régionale, car elle inclut le Pakistan dans le règlement politique d'« issue de crise » où le
gouvernement afghan, « librement » élu, doit assumer de plus en plus la responsabilité militaire
directe de stabilisation et de maintien de la paix. Globale, au sens où une solution purement

militaire est exclue et l'engagement de la coalition doit se déployer selon les principes adoptés au
« Sommet de l'Alliance » de Bucarest en 2008, confirmant deux engagements, un engagement dans
la durée et un engagement dans la recherche d'une solution à la fois civile et militaire.
Ces deux grandes orientations ont-elles étés couronnées de succès ? En réalité les objectifs
militaires sur le terrain, les buts opérationnels (Ziel) recherchés, peinent à trouver la synergie
nécessaire d'opérations cohérentes avec les objectifs politiques mentionnés, si différents les uns des
autres. Ainsi une clarification s'impose sur le sens de l'action militaire, à cause de la dégradation de
la situation sur le terrain.


L'intensification de l'effort militaire de la coalition (le seuil de 150.000 soldats étrangers va être
franchi cet été) et la riposte talibane, provoquent en retour une « insurrection croissante », selon
l'expression du Général McChrystal, prononcée quelques jours avant son limogeage. Dans ces
conditions les recettes de la « contre-insurrection » se grippent, le « surge » s'ensable, Washington
s'inquiète et la coalition s'impatiente. Une clarification des buts de guerre (Zweck) et des buts
militaires (Ziel) devient incontournable. De plus, au sein d'une coalition, nécessairement composite,
l'articulation entre buts stratégiques et buts opérationnels est absolument nécessaire, en vue
d'assurer au niveau politique (américain) la plus large liberté d'action.


Les termes de la clarification politique


Cette clarification vise d'abord au respect du principe du Leadership et d'unité de commandement.
Ce principe doit traduire en termes militaires deux exigences :
- la compréhension d'un vision globale de la réalité afghane ;
- l'acceptation du concept de « guerre limitée » dans sa définition politique (guerre antiinsurrectionnelle
ou « guerre anti-terroriste » ?).
In fine, elle doit faire partager ces objectifs à tous les acteurs de la coalition n'ayant pas une « voix
stratégique » (forces alliées européennes), en tenant compte également des besoins et des
aspirations des populations locales.
Taches non faciles au point d'avoir comporté en une année le limogeage de deux généraux, le
Général David Mc Kiernan et le Général McChrystal, prônant deux options tactiques inverses.
En conséquence, le choix de la stratégie générale doit se traduire en tactique militaire adéquate et
donc en temps et en ressources. Le but assigné doit convaincre de la même manière les attentes des

opinions occidentales engagées dans une guerre longue, couteuse et lointaine.
Face aux deux options proposées par ses généraux, le Chef de l'exécutif américain a choisi la voie
de l'indécision, la voie moyenne, celle avec laquelle on gagne difficilement un conflit et on sort à
reculons d'une crise, appelée à résoudre la complexité afghane. La « stratégie de Petraeus »
(counter-insurgency) est basée sur l'idée qu'une guerre comme celle des massifs afghans peut être
vaincue, en s'alliant à la population et en préparant le « dialogue politique » comme seule solution
d'une sortie de crise. De fait, la protection de la population afghane des implications et retombées
du conflit réduit les troupes de la coalition à une capacité de frappes ponctuelles contre les cibles
d'Al-Qaîda, en répondant aux attaques par le retranchement, la puissance et la technologie, bref, par
l'isolement des populations et la démoralisation des combattants.


Or, sur le terrain, l'ennemi est sans visage, soit dans les zones talibanisées, pleines de miliciens
islamistes, soit dans les zones sécurisées, soit encore dans les théâtres emblématiques de la contreinsurrection.
Comment en conquérir les coeurs et le esprits ? De plus, historiquement et
sociologiquement, il n y a pas de « peuple afghan », mais des ethnies et des tribus unifiées par
Abdul Rahman Khan (1880-1901), lors de la délimitation des frontières de l'Afghanistan, la « ligne
Durand », qui coupa en deux les territoires pachtounes des confins montagneux, en séparant des
tribus de même ethnie.


Une guerre aux légitimités multiples


Ainsi peut-il y avoir des intérêts communs et une légalité partagée, ou seulement des allégeances et
des légitimités rivales et locales aux chefs de guerre en compétition ? Pour toutes ces raisons il
semble difficile de parler d'« un seul coeur ou d'un seul esprit », mais plus sûrement d'une seule
haine et d'une seule méfiance vis-à-vis des envahisseurs, eux-mêmes différents en leurs motivations
et en leur morale de combat. En conclusion, cette guerre est une guerre aux « légitimités
distinctes »1, en aval et en amont, sans une idée commune de « nation building », sans une frontière
et un intérêt géopolitique définis, avec un seul ennemi identifiable, l'ennemi étranger et ses
mèrcenaires.

Comment combattre et comment gagner, là où même les concepts occidentaux de base prêtent à
équivoques, tels ceux de constitution, d'État de droit, de développement et de sécurité. Il s'agit là de
pièges conceptuels communs qui n'ont de pair que les abus terminologiques, ceux de l'abstraction et
de la fiction.


Incertitudes américaines sur la nature du conflit


A Washington le dilemme le plus pernicieux qui divise le pouvoir civil repose sur le dénombrement
de la nature du conflit, anti-terroriste ou anti-insurrectionnel ? L'option anti-terroriste, défendue par
Joe Biden, met en garde sur l'épuisement des forces et prône la réduction des engagements, scandés
par des frappes ponctuelles et comportant, en corrélat inévitable, l'abandon des zones rurales aux
mains des talibans et la protection des villes de Kandahar (Sud), de Jalalabad (Est), assurée par le
gouvernement de Kaboul sous protection militaire de la coalition. Cela rappelle le « Plan Challe »
en Algérie. Or, cette option est justifiée par l'impératif de défendre d'autres importants intérêts
américains dans le monde.


En revanche la stratégie anti-insurrectionnelle de Petraeus et McChrystal s'appuie sur la congruence
de deux pré-requis, le temps pour gagner et les ressources pour pacifier. Or, sans une idée de
stabilité régionale et de perspectives politico-économiques, il n'est pas concevable d'unifier les
modes d'emploi des forces et de proposer comme solution, les « limites » d'une « stratégie »
transformationnelle, qui s'appellent démocratie, État de droit et « nation building » ; notions
étrangères à l'histoire et à la tradition du pays.


Un malaise croissant s'installe également entre l'Europe (UE, OTAN) et les États-Unis, préfigurant
une mésentente stratégique, à propos de l'absence d'une communauté effective d'objectifs entre
alliés, recouvrant « l'arc de crise » qui va de la Corne d'Afrique au Pakistan et qui englobe la
Turquie, le Moyen-Orient, l'Iran et l'Irak jusqu'à l'Afghanistan, ce qui favorise un retour de la
Russie et l'élargissement de l'aire d'influence de la Chine qui pratique une politique de
contournement Sud-Ouest vers le détroit de Malaque, l'Océan indien et l'Afrique Centrale.

 

Guerres d'insurrection d'hier et d'aujourd'hui : le débat stratégique


Face à ces dilemmes et à ces divergences, les vieux facteurs de succès des guerres d'insurrections
coloniales héritées de l'histoire européenne sont tenus en compte par les analystes pour identifier
leur poids différent, dans deux conjonctures internationales dissemblables, celle de l'émergence du
tiers-monde et celle d'un système multipolaire.
Il s'agit notamment d'une série de référents décisifs, ceux de légitimité, d'homogénéité, d'opinions,
de technologie et des doctrines militaires. Un débat stratégique est donc nécessaire à ce sujet et
l'approfondissement de ce débat a été ravivé récemment par le Général Vincent Desportes, Directeur
du Collège Interarmées de Défense, l'école de guerre française, par son intervention méritoire et
digne d'intérêt, du 2 juillet dernier, accordée au journal « Le Monde », sur les difficultés de la
stratégie américaine en Afghanistan.


Face aux défis de l'emploi de la force pour résoudre des différends politiques dans le cadre des
guerres insurrectionnelles, les analystes occidentaux recherchent dans les expériences et dans les
théories anti-insurrectionnelles d'hier, des réponses à adapter aux situations et guerres d'aujourd'hui.
La première évidence est qu'au plan international la légitimité de l'action militaire de contreinsurrection
a changé de camp. Hier la « cause » de la décolonisation et de l'indépendance des
peuples justifiaient à la fois l'insurrection et le terrorisme, tandis qu'aujourd'hui, depuis le 11
septembre, le « néo-djihad » ne suscite plus de légitimité, ni de solidarités inconditionnelles et
larges.
Du Moyen-Orient à l'Afghanistan et du Caucase du Nord à la Corne d'Afrique les insurrections
islamistes exhibent une vulnérabilité croissante et de plus en plus émaillée. Ce glissement
internationale de la légitimité n'affecte que partiellement les lignes de front en Afghanistan et
n'influe pas dans la stratégie générale de la coalition, ni dans les plans de campagne tactiques. Les
insurrections deviennent de « nationales » « trans-nationales » et donc très différentes les unes des
autres.
Ce qui justifie que chacune tend à faire prévaloir des intérêts locaux, souvent liés à des trafics
illicites. A des légitimités et à des intérêts divers, il faut donc répondre par des stratégies antiinsurrectionnelles
adaptées, sans avoir à combattre l’insurgé dans les deux champs dans lesquels ces
comparaisons ne sont d’aucune utilité, le champ symbolique et le champ politique. En effet, le

premier permet à l'insurgé d’accéder au rang spirituel de martyr (chahid), et le deuxième à créer le
vide politique, en combattant le pouvoir existant pour en tirer des bénéfices matériels souvent
maffieux. Or ce n’est pas seulement au niveau tactique que les difficultés dans les stratégies de
contre-insurrection se sont manifestées en Afghanistan comme le fait remarquer le Général
Desportes, mais au niveau stratégique et donc au niveau de la définition du but de guerre, puis
encore dans la déconnexion du Zweck et du Ziel.


Le changement de tète (Petraeus à la place de McChrystal), a-t-on rétorqué à Washington ne signifie
nullement un changement de stratégie, bien que la situation empire et l’emploi de la force ne se
traduise pas factuellement et dans un horizon prévisible en « une meilleure paix » (Général
L. Poirier). Or, la superposition des buts de guerre et la pluralité des acteurs engendrent soit des
exclusions dans la conception des issues (pas de « voix stratégique » européenne), soit des
différences d'interprétations sur le but final du conflit, soit encore l’absence jusqu'en 2009, d'un
« commandement unique » et d'« une stratégie commune », par la présence sur le terrain de trois
missions, américaine, onusienne et otanienne, dont les objectifs politiques sont différents.
Deux questions secouent alors l’esprit des analystes. Sur quoi et sur qui faut-il agir dans le cadre de
cette guerre qualifiée d’anti-insurrectionnelle ? Faut-il une révision des règles d’engagement,
« caveats », assignées aux forces de la coalition (environ 200) ou un allègement des limites
imposées dans tous les domaines à l’utilisation de la violence armée, en évitant même des
opérations combinées avec le contingent afghan ?


Le constat d’une diminution de la flexibilité de la coalition, engendrant une plus grande mobilité
des talibans et de foyers d’instabilités grandissants, est-elle la cause persistante de l’impasse
actuelle en Afghanistan, ou bien faut-il revenir en amont, à la définition de la politique d’action
anti-insurrectionnelle ?


A la recherche d'un « centre de gravité » de l'action


Quel est le critère de réussite de l'action militaire dans un conflit asymétrique et donc dans une
approche indirecte, comme la stratégie de contre-insurrection ? Quel est l'effet voulu et le « centre
de gravité » de l'action ?
Est-il le rejet de l’insurrection par la population (et donc une action de sécurisation et d’aide au
développement) ou bien la logique coercitive de destruction de l’adversaire en hommes et en

matériels ?
La rupture avec la guerre étatique et classique, douée d’un front continu, d'un gouvernement
politique et d'une puissance structurée, et l’effet de contournement, visant à engendrer une logique
transformationnelle (le nation-building), permettent-il de favoriser par tous les moyens une nouvelle
gouvernance ?
La destruction physique de l’adversaire passe dans ce cas au deuxième plan. Ce dilemme est donc
au coeur du débat stratégique actuel combinant la tactique du « Surge » et l’aggravation de la
situation sur le terrain. Si l’option « sécurité et développement » induit une rupture avec les
approches coercitives des conflits traditionnelles, en termes d’élimination des rebelles et de
destruction de leurs capacités de nuisance, les effets positifs de cette action indirecte se feront sentir
demain, dans la reconstitution d’un tissu social nouveau. Dans cette hypothèse, le problème est
celui de la durée et ce problème est caractérisé par l’exigence de tenir compte des allégeances issues
de trente ans de guerre et donc de formes de légitimité mixtes, transformationnelles et anciennes,
dans lesquelles se forgera l’avenir du pays.


En effet, la pacification du pays qui aura affronté la plus dramatique crise de son histoire ayant
comporté la destruction de son infrastructure, de son système d’irrigation et de son agriculture, ne
pourra pas ignorer, en amont, les garanties et les arbitrages politico-stratégiques d’une « paix
d'équilibre régionale », dans laquelle ne seront absents ni le Pakistan ni l’Inde, ni, plus tard l’Iran, et
dans laquelle sont actives les puissances extra-régionales que sont les États-Unis, l’Arabie Saoudite
les Émirats Arabes Unis, et au nord la Russie. En effet, l'issue de cette oeuvre de pacification sera-telle
obtenue par un gouvernement élu dans des conditions contestables (2009), bénéficiant de
l’appui et de la reconnaissance de la communauté internationale en sa « moralité positive » ? Ce
sera là, la sphère des dosages et des compromissions dictés par la géopolitique et par la Realpolitik
classiques, celles notamment du Pakistan et de sa revendication de « profondeur stratégique »,
autrement dit d’un allié non négligeable face a l’Inde. En revanche et en aval, les allégeances des
ethnies, des notables locaux et des cultures ancestrales joueront un rôle important dans le long
processus de stabilisation économique et sociale, au contenu et à la durée indéterminés, où les
structures traditionnelles de pouvoir, renforcées par une islamisation croissante de la région, avec le
large soutien d’Arabie Saoudite et de ses mollahs d’obédience wahhabite, continueront d’exercer
leur pouvoir de coexistence tribale, grâce à la communauté de foi et donc de manière large et
horizontale. Ainsi les lois coutumières et les lois écrites contribueront à la formation d’une « fiction
impure », celle de la « volonté générale » et de la « souveraineté du peuple » qui est la forme propre

et reconnue du pouvoir moderne.


Ce processus s’étendra au delà des frontières nationales car la talibanisation de l’Afghanistan a
dépassé depuis longtemps l’espace du pays. Il s’agit là d'une perspective qui incarne parallèlement
la vocation à une modernisation plus poussée et qui nécessitera une aide internationale massive et
structurée et dont il faut tenir compte, dès maintenant, en cours du conflit. C’est pourquoi à la
conférence de Kaboul du 20 Juillet dernier la coalition internationale s’est accordée pour transférer
la responsabilité totale de la sécurité au gouvernement de Kaboul en 2014 ainsi que la gestion de
l’aide internationale à hauteur de 50% (aujourd’hui limitée a 20 % en raison d’une corruption
massive).


Ainsi, une conférence où le retour de la souveraineté à Kaboul marque la reconnaissance d’un
principe légal selon lequel les peuples disposent eux-mêmes, de leur destin et de leurs tradition
ancestrales, justifie l’amère réflexion du Prince de Salina dans le roman « Le Guépard »2, selon
lequel « il faut que tout change, pour que tout reste le même ! ». C'est là que l'éternelle dialectique
de l’ancien et du moderne revient encore une fois dans une géopolitique régionale où l'Europe et
l'Amérique sont de retour dans l'Indou-Kush et dans l'immense massif du « toit du monde ». Elles y
reviennent pour découvrir un principe séculaire, le principe du troc, l’argent contre la paix, la « paix
achetée », chère aux marchands contre la « paix dictée », chère aux stratèges. L’expression récente
d’AfPak marque bien cette interdépendance confuse entre les deux pays et les pratiques
immémoriales du « do ut des » (donnant-donnant) comme base d 'un ancien et au même temps d'un
nouveau « contrat social » régional.


Guerres réelles et guerres médiatiques


Par ailleurs et inopinément l’orientation politique et militaire du conflit afghan a été remise en cause
par la publication le 25 juillet 2010 sur le site WiKileaks de dizaines de milliers de documents
américains confidentiels couvrant la période janvier 2004 à décembre 2009. Cette version
médiatique du conflit apporte-t-elle des éléments décisifs, susceptibles d'induire un changement de
stratégie de la coalition ? La révélation simultanée, par l’exclusivité réservée par Wikileaks au
« New York Times », au « Guardian » et à « Der Spiegel », met en exergue les dérapages des
services secrets du Pakistan, leur double jeu et leur participation à la planification des attaques
talibanes contre les forces de l’OTAN, jusqu’à monter des complots visant à assassiner des

dirigeants Afghans.


Au cours des « sessions de stratégies secrètes » d'un « allié double », le même Président de
l’Afghanistan a été considéré comme une « expression » de l’étranger, à éliminer physiquement.
L’absence d’un lien entre l'intégration opérationnelle des forces de la coalition et les difficultés des
stratégies de sécurisation du pays, est certes une raison d’inquiétude pour l'État-Major de la
coalition, mais l’élément capital est ailleurs.


« Gagner les coeurs et les esprits » . Un axiome douteux


Il est dans l’axiome de la stratégie de contre-insurrection elle même, dans l’idée de « gagner les
coeurs et les esprits ». Cet axiome est atteint et il concerne une population, où l’allégeance tribale
immémoriale prime sur tout engagement institutionnel et circonstanciel. Or, ces coeurs et ces esprits
ont une solidité de pierre, forgée au fil des siècles. Ce ne sont pas de opinions modernes et
occidentales, variables et aléatoires, mais des convictions profondes et anciennes, des morales sans
failles, des philosophies cohérentes et des sources de connaissance ayant valeur de science et
d'expérience. Ces coeurs et ces esprits ne peuvent être conquis, puisque l’hétérogène et l'occasionnel
ne peuvent l'emporter, en pur principe, sur l'homogène et l’historique, ni l’étranger sur le local.


La complexité des causes de l’impasse actuelle sont, par ailleurs, multidimensionnelles. Elles
relèvent de l’absence de transparence dans la coopération régionale, dans la corruption des
fonctionnaires de l'État, dans la faiblesse permanente d’une économie du pavot, dont les ressources
permettent de ne pas exclure « une insurrection généralisée » contre le corps expéditionnaire.
Sur le terrain la difficulté principale réside dans la difficulté des allies à gérer en commun le conflit
en internationalisant leurs règles d’engagement et, sur les arrières du champ de bataille, dans
l’impréparation dans la conception d’une « stratégie médiatique » adéquate.


Nous assistons en réalité à un double conflit, de « terrain » et par médias interposés, influant sur la
dimension indirecte de la stratégie. Dans cette transformation du champ des volontés aux prises, les
messages du passé se prévalent des instruments et des techniques d’avenir et celles-ci passent aux
mains d'actants individualistes, anarchistes et nomades qui activent une dissidence interne à
l'Occident, celle des « Whistleblowers », au profit d'une logique nihiliste et mercantile.

 

Le temps et l'espace en stratégie et en diplomatie


Le champ de l’engagement dans le domaine de l’asymétrie ne doit pas faire oublier que l’unité et la
cohérence des combats des forces régulières se situent désormais en dehors du seul conflit armé et
se repèrent de plus en plus dans les arrières psychologiques et sociales de celui-ci. Ainsi, la bataille
médiatique acquiert une influence grandissante dans le domaine de la « diplomatie publique ».
Le combat terrestre confirme certes le rôle central du champ des affrontements violents (Ziel) pour
la maitrise des territoires et des sociétés, cependant que la dimension indirecte, celle de toute
« stratégie médiatique » assigne une importance primordiale à l’influence psycho-politique
concernant le « sens » de la guerre (Zweck). Dans la mesure même où les opérations militaires
s’enracinent dans la durée, et augmentent le nombre des opposants au conflit, la dimension militaire
se prévaut des forces locales de coercition dans l'action directe, et de la dimension de
communication et de contre-information, largement incontrôlables, dans l'action internationale.
Il s’agit d’une forme de stratégie indirecte, à caractère médiatique et le débat qu’elle suscite est
alimenté lui même par l’ambivalence des situations et des acteurs. Cette dichotomie élargit le
champ de l’asymétrie à deux domaines conjoints, celui du « consensus » et celui des compromis
diplomatiques.


Par ailleurs, la dimension indirecte de la stratégie pénètre les règles doctrinales et les tactiques
d’emploi par des restrictions dans l’usage de la force (caveats), visant à isoler, protéger et
« vaincre » le moral des populations.
Ainsi, dans le cadre de cette manoeuvre pèse, au sein des élites décisionnelles, une multitude de
doutes, de fuites et de contradictions. L'« axe de gravité » des conflits se déplace en conséquence de
terrain militaire au domaine moral, puis procède du « Zweck » au « Ziel ». Il devient mouvant et il
exige la maîtrise d'une chaîne de causalités de plus en plus complexe. Par ailleurs, l'absence d’un
« centre de gravité » identifiable remet en cause les conceptions stratégiques des actants.


Sociologiquement, le radicalisme islamique ou l’insurrection qui s'y associe agissent sur le terrain
comme une force armée irrégulière, sur le front politique intérieur comme acteurs du changement
sociétal et dans l’échiquier international comme force de pression sur les stratégies des

gouvernements de la coalition, et plus loin, de la communauté internationale. Celle-ci en devient
« le coeur et l'esprit » ; c'est alors l'internationalisation des émotions et du conflit.
A travers le système des solidarités ethniques, tribales, religieuses et de réseau, ce radicalisme
permet de prendre l’initiative simultanément sur plusieurs échiquiers, ce qui le protège et
l’immunise de toute réaction conjuguée visant son éradication décisive.
Dans ces conditions, les forces armées irrégulières et les mouvements radicaux, appuyés par des
« tiers intéressés » et non engagés (Pakistan, Syrie, Kurdistan, l'Iran, etc) deviennent des actants de
campagnes redoutables, en faisant recours simultanément au Zweck et au Ziel, et introduisant une
relation nouvelle d’instabilité permanente entre les deux.
Au coeur de cette dialectique complexe une intime relation s'établit entre le domaine de la foi et de
celui du calcul et de l’espérance de gain politico-stratégiques et encore du but stratégique et de la
fin politique, augmentant l’interaction des facteurs internes et exogènes et transformant l’influence
des crises sur l'ambiance internationale. Cette interaction affecte le moral des troupes et les voies de
sortie des systèmes de décision. Elle produit un affaiblissement des forces de la coalition de celle du
Leader et indirectement de celles de l'Occident.


Le paradoxe de « sortie de crise » - dimension régionale et Realpolitik


En réalité et par une sorte de paradoxe, toute issue de crise exige d'y intégrer fermement la
dimension régionale et d'élargir la prise en compte de revendications locales diverses, de telle sorte
que ce paradoxe peut être formulée de la manière suivante :
« Plus le désengagement militaire se fait sentir, plus un engagement sécuritaire des acteurs
régionaux devient nécessaire. Plus des garanties de pacification, mutuellement équilibrées, se
dressent sur le chemin des négociations, plus des « feuilles de route » exigent la définition d'étapes
scandant le processus de stabilisation, selon une logique de continuité/discontinuité
insurmontable ».


Avant de parvenir à cet objectif important, les succès et les insuccès se mesurent davantage sur le
front de la légitimité, qui se déplace vers l'action diplomatique et vers les fronts politico-juridiques,
agrégés formellement aux résolutions des « sommets ad hoc », ceux notamment du Conseil de
Sécurité des Nations Unies ou des formes décevantes de la « gouvernance globale ».
Ainsi, la capacité de coercition directe et classique, individuellement maitrisable et collectivement
complexe, devra être intégrée désormais par un élément volatil, de persuasion et de perturbation,

qui est la stratégie médiatique, ou encore, en amont, par une vision géopolitique et realpolitiker,
impliquant les acteurs régionaux et les institutions de sécurité et de défense multilatérales et
globales, qui sont instituées en arbitres incontournables des perspectives de stabilité recherchées. En
réalité, dans l'actuelle conjoncture de mouvement, changent constamment les cultures de la paix et
les cultures de la guerre, leurs perceptions psycho-politiques et leurs représentation cartographiques.
Or, celles-ci dépendent en large partie de la diversité des visions du monde qui constituent les clés
d'avenir d'un système international, non stabilisé et fortement aléatoire.


Une interprétation Thucydidéenne de « l'issue de crise » :

Les intérêts nationaux, la « Balance of Threat » et le « Power balancing »


S'il est difficile d'imaginer une sortie de crise en dehors des garanties et des arbitrages politicostratégiques
d'une « paix d'équilibre » régionale, il est impossible de définir celle-ci sans recours
aux « intérêts nationaux » des pays environnants ( Pakistan, Iran, Inde, Asie-centrale, Chine, etc).
Dans un système international qui demeure mi social et mi asocial, la pratique consolidée des États,
dans la sauvegarde de leurs intérêts et dans la quête permanente de leur sécurité, demeure l'équilibre
des forces.


Cette quête est centrale, depuis Thucydide, dans la théorie et dans la pratique du réalisme politique.
Et on peut distinguer deux formes d'équilibre :
- l'équilibre interne
- l'équilibre international
Le premier préside à la garantie de la paix sociale. Il donne lieu à des configurations organiques ou
à des « blocs historiques » (A. Gramsci) qui assurent des avancées de l'économie et de la société, ou
en revanche la défense conservatrice des acquis après une période de troubles ou de conflit.
Cette forme active d'équilibre interne vise la croissance, la distribution de la richesse ou la
puissance économique et financière et peut être appelée en termes modernes, reconstruction ou
« Nation Building ».
La deuxième forme d'équilibre préside aux alliances militaires extérieures et représente le revers des
rapports de forces internes.

 

La convergence des « intérêts de sécurité » assurée par une alliance militaire peut être la résultante,
soit d'une menace actuelle, « Balance of Threat », dictée par la vulnérabilité politique ou militaire
d'un acteur-proie, dominé par la peur, soit d'une menace future sécuritaires : « Power balancing »,
représentée par la perspective d'un cumul de capacités politiques et militaires d'une puissance
régionale montante engendrant de l'inquiétude et des spéculations sécuritaires.
Cette deuxième menace donne lieu à une redistribution de la puissance internationale qui apparait
objectivement déséquilibrante et polarisante et qui peut transformer le Power Balancing (menace
future), en Balance of Threat (menace actuelle). Elle peut pousser la coexistence entre rivalités
coopératives en intérêts de survie et en hostilités conflictuelles et principielles. Lorsqu'un nouvel
équilibre de puissance se dessine au niveau régional, d'autres forces ou acteurs extérieurs viennent
influer sur les équilibres internes ainsi atteints.


Ces alliances font intervenir les « tiers intéressés » dans la réalisation d'objectifs politiques et
sociétaux importants et peuvent jouer aux politiques de rassemblement ou de division (divide et
impera) pour freiner ou favoriser le développement des forces favorables à leurs visions du monde.
Or, dans l'Asie du Sud-Est, l'absence de pouvoir régulateur dominant de la part d'un État de la
région voit le concours compétitif d'acteurs stratégiques, prétendant influer au nom de leurs intérêts
d'État sur l'issue de crise et ce au détriment de l'acteur proie.


Dans le cas de l'Afghanistan, l'intervention des « tiers intéressés » est évidente et l'indépendance
relative du faible est la résultante de marges de manoeuvre étroites entre équilibres internes
(réconciliation nationale) et équilibres extérieurs (alliances régionales). C'est pourquoi, les
puissances occidentales ont intérêts à jouer aux « tiers extérieurs intéressés », à maintenir
l'instabilité du pays et de la région entre les forces actives de l'intérieur et les acteurs régionaux
aspirant à un rôle international accru. Elles ont intérêt surtout à interdire à la puissance montante
(Chine) l'accès aux ressources locales, en limitant ses ambitions maritimes et terrestres, en
favorisant, si nécessaire, la constitution de coalitions inamicales voire hostiles à l'Est (Corée du Sud
+ Japon) et à l'Ouest (Inde et/ou Pakistan, par le biais d'une partie nulle imposée aux deux, avec
compensations réciproques aux frais de l'Afghanistan), et infine, en assurant simultanément un
désenclavement de l'Asie Centrale aux puissances de la mer, en accord avec la Fédération de
Russie.

 

L'OTAN et le nouveau concept stratégique


La création de nouveaux équilibres des forces constitue une « monnaie » courante dans la politique
internationale et, à la lumière de cette interprétation du réalisme classique, le « nouveau concept
stratégique » de l'OTAN, en cours d'élaboration, devrait pouvoir être perçu comme un concept
« d'issue de crise ». Il devrait tenir compte de la redistribution mondiale des forces et de
l'anticipation des nouveaux équilibres géopolitiques mondiaux en Asie. Il serait erroné par ailleurs
qu'il acquière les caractères d'un concept d'engagement (balance of threat) visant à marquer un
retour dans la région, mais il devrait en revanche dissuader, par la voie indirecte la Chine, d'assurer
sa suprématie dans les mers d'Extrême-Orient. En effet, pour confirmer pleinement la lecture du
système international selon laquelle le monde se dirige progressivement vers une configuration de
type multipolaire, ce nouveau concept doit se connoter comme « un concept stratégique », « power
balancing », le concept propre d'un pôle mondiale, l'Europe extérieur au théâtre régional et agissant
conformément à ses intérêts géopolitiques et historique, ceux du principal « tiers intéressé » de la
planète.
Ce concept peut-il apporter une réponse adéquate aux nouvelles alliances et aux nouveaux enjeux
géopolitiques dans le monde ?


Vers un nouveau « Rimland » ?


Peut-il contrer la tentative d'encerclement euro-occidental de la part de la Chine, tête de pont
géostratégique des puissances émergentes, selon une ellipse Sud-Est/Ouest à peine esquissée dans
l'hémisphère méridional, par la stratégie du « collier des perles », les partenariats pour le
développement en Afrique et plus loin, l'entente trans-continentale avec le Brésil et le Vénézuela
pour la création souple de blocs régionaux ou d'alliances politiques « par défaut ». A l'inverse et en
contre-tendance, un mouvement continental direct, virtuellement perturbateur, venant du Moyen-
Orient, est représenté par le nouvel axe de pénétration Ouest/Est dans la diagonale centro-asiatique,
actée par la Turquie en direction de l'Azerbaïdjan, de l'Iran, du Turkménistan et de l'Asie centrale,
avec la connivence ambiguë de la Russie.

 

Ainsi un nouveau « Rimland » ou un « containement peninsulaire » pourrait prendre forme entre le
Pacifique-Sud et l'océan Indien, via la Mer de Chine méridionale, en déplaçant le « pivot des
terres » « Heartland »vers le « pivot des mers » « Heartsea », de la part des puissances maritimes
de la planètes, en défense de leurs intérêts historiques et, par la même, géopolitiques et stratégiques,
dans la nouvelle configuration multipolaire du monde.

 

1 Dans les sociétés traditionnelles la source de légitimité ne peut être une « fiction », celle, moderne et représentative,
de la « volonté générale », mais la notion d’autorité de plein exercice. La notion de légitimité pré-moderne relève d'une
norme coutumière et du point de vue phénoménologique, elle repose sur la « capacité d’obtenir obéissance »,
conformément aux « recommandations of antiquity » selon Hume, ou encore selon celle du droit naturel, « l’accord
avec la loi de la nature » selon Burke.


2 de Tomasi de Lampedusa

 

Source: IHEDN

L'AFGHANISTAN ET LE DÉBAT STRATÉGIQUE
SUR L'ENGAGEMENT DE LA COALITION
et les nouveaux enjeux géopolitiques en Eurasie
par
Irnerio Seminatore
Bruxelles, le 15 Août 2010

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