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28/07/2010

Renseignement, démocratie et transparence

Depuis la désintégration de l'Union soviétique, la diversification des enjeux géopolitiques et économiques, la dispersion géographique des crises et le développement du terrorisme islamiste, confèrent au renseignement un poids encore plus déterminant que pendant la Guerre froide. Les services spécialisés jouent un rôle de plus en plus important dans notre sécurité. Il est légitime que les élus de la représentation nationale s'y intéressent, d'autant qu'en ce début de XXIe siècle, la transparence des institutions est l'une des conditions de l'exercice de la démocratie. Or, l'opacité quant à l'activité des services dites "secrets" tend à inquiéter davantage qu'elle ne rassure, même si les raisons en sont comprises. Dans un Etat de droit, ces services demeurent tenus de respecter un cadre éthique et juridique qu'il appartient au législateur de définir.

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En matière de renseignement, les sociétés démocratiques sont confrontées à deux exigences contradictoires. D'une part, le contrôle du bon fonctionnement des services n'est possible que si leurs missions sont définies et exécutées avec un certain degré de transparence. D'autre part, la spécificité des services de renseignement leur interdit de se plier aux règles classiques de la responsabilité démocratique.


Historiquement, les organismes de renseignement ont longtemps bénéficié d'une très large liberté d'action. Tout d'abord, parce que les exigences démocratiques de contrôle par des représentants de la nation et de transparence ont mis du temps à irriguer tous les secteurs de l'action publique, en particulier celui de la sécurité. Ensuite, parce que la "raison d'Etat" a longtemps été considérée comme justifiant qu'ils ne relèvent que du pouvoir exécutif.


Progressivement, les régimes démocratiques ont mis en place des dispositifs permettant de contrôler tout ou partie des activités des services de renseignement et de sécurité dans le respect de leur tradition politique et juridique.


La France est aujourd'hui l'une des dernières démocraties qui ne dispose pas d'une commission parlementaire sur le renseignement. Des dispositifs de suivi ou de contrôle existent partout en Europe (A l'exception de la France, du Portugal, du Luxembourg et de la Turquie.), dans les pays anglo-saxons et latino-américains, en Israël, en Afrique du Sud et au Japon. Il est anormal que la France reste à l'écart d'une telle règle, d'autant que le document final du sommet de l'Organisation sur la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) de Budapest de 1994, dont notre pays est signataire, stipule que « les Etats participants considèrent que le contrôle politique démocratique des forces militaires, paramilitaires et de sécurité intérieure, ainsi que des services de renseignement et de police est un élément indispensable de la sécurité intérieure ».

 

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En France, le seul "contrôle" que le Parlement exerce sur les services de renseignement est d'ordre financier, dans le cadre du vote du budget (Budgets des ministères de l'Intérieur et de la Défense.). La représentation nationale n'est consultée ni sur les priorités à donner aux services ni sur l'utilisation qui doit être faite des informations collectées.

Par ailleurs, il n'existe dans notre pays aucun texte législatif spécifique définissant le statut juridique des activités de renseignement et de sécurité, ni la Constitution, ni la loi n'établissent clairement leurs missions. Cette absence de cadre différencie la France de tous ses partenaires et alliés.

 

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Les raisons du retard français

Les raisons du retard français sont connues. A la différence de nombreux pays étrangers, le renseignement souffre en France d'une image très défavorable et de la méconnaissance de son utilité. Le fond du problème vient du fait que les politiques ne considèrent pas le renseignement comme faisant partie de leur processus de décision. Un homme politique français décide à partir de schémas formatés acquis au cours de ses études et ne considère les modifications du monde extérieur que comme des avatars sans portée réelle. Les élites de notre pays n'ont aucune culture du renseignement et l'intérêt pour les services est très ténu dans la classe politique. Pourtant, le renseignement est un enjeu de souveraineté par excellence.


De plus, dans notre pays, un homme du renseignement est infréquentable. La connotation « immorale » de cette activité a provoqué le désintérêt voire la défiance des élites politiques, administratives, académiques et économiques vis-à-vis de la discipline. Nos élus ou ministres semblent éprouver une certaine crainte vis-à-vis de la DGSE et ne veulent surtout pas de vagues ! Quelques mésaventures passées viennent conforter cette attitude (Rainbow Warrior).

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La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), le service de renseignement français, qui a succédé au SDECE, présente un nouveau logo, symbolisant « les valeurs, les métiers et le fonctionnement de la DGSE ».

Source : Spyworld-Actu.com, 8 mars 2010.


En conséquence, on observe chez les élus des deux chambres, une vraie méconnaissance de ces questions et du rôle qui devrait être le leur. Etonnament, le Parlement s'est détourné d'un pan entier de ses responsabilités. Illustration de cette méconnaissance, certains élus se font même les avocats de l'opacité actuelle et de l'abandon par les assemblées d'une partie de leurs attributions. Ainsi, Bernard Carayon, député du Tarn, déclarait-il en 2002, « qu'il désapprouv(ait) formellement le projet nourri régulièrement d'une structure parlementaire permanente chargée du renseignement (…). Ici les droits de l'Etat commandent à l'Etat de droit ». Et de conclure : « il convient de s ‘opposer à la constitution de délégations parlementaires ou de missions parlementaires permanentes sur le renseignement, qui relève avant tout de la responsabilité de l'exécutif (Rapport au nom de la commission des finances de l'Assemblée nationale. Annexe n° 36 « Secrétariat général de la Défense nationale et renseignement », par Bernard Carayon, 10 octobre 2002.) ». Propos édifiants.


Les parlementaires français sont par ailleurs systématiquement absents des réunions de travail internationales consacrées au rôle du renseignement dans le fonctionnement de l'Etat et à son contrôle.


Lorsque, d'aventure, certains parlementaires essaient de s'intéresser au renseignement, ils se heurtent à une fin de non recevoir de l'exécutif, qui considère cette activité de son seul ressort et juge les élus incompétents en la matière. Le renseignement leur reste ainsi tabou et inaccessible. Les services ne communiquent pas, n'informent pas et toute idée de suivi parlementaire est assimilée à une démarche inquisitoriale.


Comme le déclarait Serge Vinçon, vice-président du Sénat, "il est très difficile, même pour nous parlementaires, d'avoir des conversations constantes, des discussions constantes, des informations constantes. Je ne parle pas de conversations confidentielles ou secrètes, mais de conversations avec ces organismes qui sont quand même au service des pouvoirs publics et dont la raison d'être est de protéger la Nation française. Je pense que l'on a des progrès à faire. On a toujours mal considéré ces questions de renseignement, de défense, la Surveillance du territoire ou la DGSE. Je crois qu'on a tort, parce que les événements prouvent que les Français ont envie d'être sécurisés sur le plan de leur sécurité individuelle, sur le plan de leur sécurité collective comme sur le plan de leur sécurité sanitaire ou alimentaire. On l'a vu avec certains événements. Donc, il faut que nous prenions l'habitude de discuter ensemble et il y a des sujets qui doivent cesser d'être tabous (Joël-François Dumont, "Il est temps de cesser de nous auto-flageller", interview de Serge Vinçon, vice-président du Sénat, Actes du colloque La guerre contre le terrorisme, Institut Diplomatie & Paris, septembre 2002.)".


Les services de renseignement ont une conception du secret qui confine à la paranoïa. Il y a là quelque chose d'anormal. Il est légitime que la représentation nationale s'intéresse à ces questions et qu'elle puisse obtenir des informations. Il est important de remédier à cet état de fait si l'on veut voir la perception du renseignement évoluer. Cessons de prendre nos élus pour des incapables. Il y a des parlementaires tout à fait aptes à comprendre les spécificités de ce métier.


Cette absence d'intérêt et de compétence du monde parlementaire a des conséquences néfastes. Ne connaissant pas exactement le montant des crédits votés destinés à l'activité de renseignement, le Parlement n'est pas en mesure d'en commenter l'évolution ni la pertinence. Nos services disposent-ils des moyens d'investissement suffisants pour adapter leur capacité de collecte d'informations à la croissance exponentielle des flux ? Ont-ils la capacité de recruter et de rémunérer les spécialistes en matière de cryptologie, d'informatique ou de lutte contre le terrorisme ? Qu'attend-on pour créer un grand service de sécurité intérieure ? Autant de questions majeures qui restent sans réponse, le Parlement votant en aveugle les moyens destinés à un pan de l'action gouvernementale pourtant de plus en plus essentiel à la préservation des intérêts nationaux.

 

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Par exemple, aucun parlementaire n'est venu demander des explications au gouvernement quant à l'absence d'augmentation significative des crédits et des effectifs du renseignement depuis le 11 septembre 2001. Alors qu'Américains, Britanniques et Allemands ont considérablement augmenté leurs moyens humains et financiers pour s'adapter aux nouveaux défis, en France, les financements attribués aux services n'ont progressé que de 9% entre 2001 et 2005. Compte tenu de l'ampleur des menaces auxquelles nous sommes confrontés, c'est largement insuffisant. La France n'est pas moins en danger que les autres Etats occidentaux, bien au contraire. Mais l'Assemblée ne semble pas l'avoir perçu.

 

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Quelle forme de contrôle envisager ?

Le principe d'une commission parlementaire posé, il convient de s'interroger sur les modalités, car le renseignement demeure un domaine tout à fait spécifique de l'action publique. Il ne saurait se voir appliquer sans conditions ni restriction le principe de transparence désormais associé à la conduite des affaires publiques.


De quoi parle-t-on ?

D'un contrôle ou d'un suivi ?

Et que propose-t-on de contrôler ?

La notion de contrôle parlementaire demeure encore très influencée par l'exemple américain, où les parlementaires ont progressivement restreint l'action des services jusqu'à les rendre incapables d'agir efficacement. C'est l'une des causes du 11 septembre 2001. Or il existe à travers le monde occidental plus d'une demi-douzaine de modalités différentes quant au contrôle démocratique des activités de renseignement ?

A-t-on étudié les différentes formes de contrôle possibles ?

Connaît-on suffisamment la variété des situations à l'étranger ?


Le "contrôle" doit répondre à deux impératifs a priori antagonistes : apporter plus de transparence quant aux missions et aux moyens des services, sans toutefois perturber leur fonctionnement ni intenter au secret de leurs activités. Mais une chose est sûre : les opérations clandestines de renseignement et d'action n'ont pas à être portées à la connaissance des parlementaires et encore moins à celle de l'opinion publique.

En revanche, nos élus doivent pouvoir s'assurer que trois conditions sont respectées :

  • d'une part, que les services soient utilisés à bon escient et selon leur vocation par les autorités gouvernementales et qu'aucune dérive ne vienne entacher la réputation de la France ou restreindre sa marge de manœuvre internationale ;
  • d'autre part, que l'exécutif accorde bien à la communauté du renseignement les moyens nécessaires à son action, au regard des menaces pesant sur notre sécurité et de nos objectifs de politique étrangère ;
  • enfin, que les services soient régulièrement orientés et que les renseignements collectés par nos agences soient effectivement intégrés dans le processus de décision gouvernemental (Cela n'a pas été le cas en France, de 1933 à 1939, lorsque notre Deuxième bureau avait parfaitement identifié les intentions d'Hitler. Mais les politiques français n'en ont jamais tenu compte et nous ont conduit à la plus grande défaite de notre histoire.).

Dès lors, la commission pourra confirmer aux deux chambres que le gouvernement et les services s'acquittent honorablement de leurs missions respectives. Sinon, il lui conviendra de dénoncer tout manquement à leurs obligations. Lorsque des dysfonctionnements seront observés, la commission n'interviendra pas. Elle alertera la présidence de l'Assemblée ou du Sénat afin que l'une ou l'autre en informe les autorités compétentes (Présidence de la république, Premier ministre, ministre de la Justice, etc.). Mais ces dysfonctionnements ne seront pas communiqués à l'Assemblée. En fonction des faits observés, une commission d'enquête parlementaire pourra être mise en place, mais l'enquête et les propositions de sanction ne relèveront pas de la commission chargée du renseignement.


L'objet d'une telle commission sera également d'effectuer un effort d'information en direction des parlementaires, ce qui leur permettra de mieux comprendre à quoi servent les services de renseignement et de développer leurs compétences en de domaine, car les représentants de la nation ne s'en préoccupent guère aujourd'hui.


La mise en place de mécanismes de contrôle parlementaire du renseignement soulève cependant de vraies difficultés juridiques. La principale tient aux relations délicates entre le Parlement et le secret. Par nature, celui-ci est un lieu de débat et de parole, loin du monde de l'ombre. Les membres de la commission devront accepter de respecter les règles de sécurité inhérentes au renseignement. Un autre aspect doit être précisé : les dispositions juridiques d'habilitation peuvent-elles être appliquées à un parlementaire ? En effet, il est particulièrement délicat de concilier la protection du secret avec l'immunité de rang constitutionnel. Ce sont autant d'aspects qu'il conviendra de préciser.

 

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Une réforme indispensable et urgente

Instaurer une démarche de suivi des affaires de renseignement par la représentation nationale est à la fois une nécessité pour notre démocratie et pour notre sécurité. Mais faire reconnaître l'utilité du renseignement par nos politiques ne peut s'affranchir d'une logique de contrôle, ou tout au moins de suivi, de la part du Parlement.


Il est indispensable d'avoir des élus compétents pour être les interlocuteurs du gouvernement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. De nombreux dirigeants des services ont maintes fois affirmé la nécessité d'avoir des parlementaires au fait du sujet. Paul Quilès reconnaît lui-même qu'à l'époque où il était ministre de la Défense, il aurait apprécié d'avoir à l'Assemblée, un interlocuteur désigné et compétent pour dialoguer des questions de renseignement.


L'initiative de Nicolas Sarkozy doit être soutenue par tous ceux qui veulent une démocratie plus transparente et plus responsable, comme par le monde du renseignement, qui en retirera des avantages considérables, car les services ont besoin de reconnaissance et d'interlocuteurs connaissant leur métier.


Nous pouvons seulement regretter que des événements de politique intérieure soient à l'origine de cette démarche (affaire Clearstream). Dès lors, il existe un écueil à éviter : instaurer un dispositif pour gérer un cas particulier. Le vrai enjeu pour le Parlement est autant d'assurer la communauté nationale que des dérives ne se produisent pas, que de contrôler davantage l'utilisation ou la non-utilisation du renseignement par l'exécutif.

Sutout, ne réinventons pas un nouveau projet. La proposition de loi préparée en 1999 par Paul Quilès (PS) et Arthur Paecht (UDF) (Paul Quilès, Arthur Paecht et alii, Proposition de loi tendant à la création d'une délégation parlementaire pour les affaires de renseignement, n°1497, 1er avril 1999 ( 4 F).) reste d'actualité. Elle est le fruit d'une étude approfondie, fondée notamment sur de nombreuses rencontres avec les autorités françaises compétentes en la matière, ainsi que d'une étude comparée des systèmes de contrôle parlementaire mis en place dans les autres démocraties occidentales. Elle représente une base de travail solide qui devrait permettre de parvenir rapidement à une solution adaptée aux exigences d'une démocratie moderne, dans le respect de notre tradition politique.


Toutefois, autre hypothèse est envisageable, dans la perspective où les parlementaires ne souhaiteraient pas s'investir dans le suivi de ces questions particulières : l'établissement d'une commission indépendante - à l'image de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité - comme cela existe dans certains autres pays occidentaux. L'exemple de la Norvège mériterait alors d'être étudié.

 

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Eric Denécé
Directeur du CF2R

source: Le Centre Français de Recherche Sur le Renseignement

 

Pour un véritable droit d’accès

Une véritable démocratie se juge à la transparence de ses procédures, transparence qui seule permet à tous les contre-pouvoirs de s’exercer, à toutes les voix de se faire entendre. Ce principe de transparence est inscrit dans l’article 15 de la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 : « La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ».


Mais entre les grands principes généreux de 1789 et le fonctionnement quotidien de notre Administration, un immense fossé se creuse au fur et à mesure des années, tant la pratique du secret est inscrite dans les gènes de nos bureaucrates.

C’est pourquoi l’existence et l’utilisation de fichiers comme ceux du Nir, du Stic ou des RG méritent un vrai débat, un débat public. Et une mobilisation de chaque Français sur une question qui est au cœur des libertés, celle du droit de chacun à protéger sa vie privée, à avoir accès et à pouvoir rectifier les informations le concernant personnellement.

24/07/2010

Intelligence Economique: Sécurité, Protection, Information, Stratégie, Entreprises.

SECURITE DES SYSTEMES D’INFORMATION
ET PROTECTION DE L’INFORMATION STRATEGIQUE

 

Les atteintes aux systèmes d’information (SI) des entreprises constituent de
plus en plus une « voie royale » de déstabilisation directe ou indirecte de l’entreprise.

 

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cliquez lire bio sur l'IE

 

Au-delà d’une approche purement technicienne et restreinte aux spécialistes, la
sécurité des systèmes d’information (SSI) doit bien plus opportunément être
envisagée en tant que composante intrinsèque d’une intelligence économique (IE)
réellement opérationnelle et susceptible d’être directement mis en oeuvre par les
entreprises, indépendamment de toute considération de taille ou de secteur
d’activité. Le recours à l’intelligence économique résulte, pour les entreprises, bien
plus d’une impérative nécessité que d’un choix véritable : la complexité croissante
des environnements économique et sociétaux, catalysée par la diffusion des
nouvelles technologies de l’information, ont conduit à une vulnérabilité accrue
d’entités économiques conscientes de l’obsolescence de leurs anciens modes de
réflexions.

 

 

 

 

Le concept d’intelligence économique


En dépit de l’absence de définition universellement acceptée du vocable
d’intelligence économique, nous retiendrons celle proposée à l’occasion de
l’élaboration du rapport du Commissariat général au Plan intitulé Intelligence
économique et stratégie des entreprises (1994), dit rapport « Martre en pdf cliquez moi » qui décrit
l’intelligence économique comme l’ « L’ensemble des actions coordonnées de recherche, de
traitement, de distribution et de protection de l’information utile aux acteurs économiques,
obtenue légalement ». Cette définition, même si elle a fait, depuis, l’objet de
nombreuses variantes, reflète néanmoins trois aspects fondamentaux : la grande
diversité des actions constitutives d’une démarche d’intelligence économique, ses
apports en termes de stratégie d’entreprises et son caractère exclusivement licite.

 

Historique de l’intelligence économique


Certains Etats, à la vocation maritime affirmée, furent les premiers de
l’histoire à mettre en place assez naturellement une politique d’IE (république de
Venise, Ligue hanséatique, empire britannique, etc.) fondée sur l’idée simple que le
partage et la circulation de l’information entre les différents acteurs économiques
était de nature à favoriser durablement leur développement économique. Ceux-ci
furent rejoints tardivement en 1950 par le Japon qui devait assurer la reconstruction
de sa compétitivité économique et par les Etats-Unis dès les années 1960 au travers
de l’adaptation des pratiques issues du renseignement par les grands groupes
industriels et, a fortiori, depuis l’administration Clinton, qui a élevé le soutien des
entreprises nationales au rang de priorité gouvernementale.


Pour autant, dans la grande majorité des cas, il fallu souvent attendre
l’effondrement de l’Union soviétique et l’émergence d’un nouveau type de
capitalisme hyperconcurrentiel pour que les gouvernements prennent conscience de
la nécessité de se doter d’une véritable doctrine de préservation de la compétitivité
de leurs entreprises.


Emergence de l’intelligence économique en France


En France, une première tentative de politique publique verra le jour en au
travers de la mise en place d’un Comité pour la compétitivité et la sécurité
économique » qui n’aura finalement qu’une existence éphémère. En dépit de la
mobilisation d’une poignée de hauts fonctionnaires singulièrement opiniâtres et de
chefs d’entreprises convaincus, qui impulseront une véritable dynamique au travers
d’actions locales, il faudra pourtant attendre 2003 et le choc psychologique induit par
la prise de contrôle d’un des fleurons de la technologie française : la société
Gemplus, par des fonds d’investissements anglo-saxons, pour qu’un parlementaire
soit officiellement chargé de réfléchir spécifiquement au problème de la vulnérabilité
des entreprises françaises.


Cela donnera lieu au rapport de Bernard Carayon, député du Tarn et intitulé
Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale ici en cliquant version en pdf. Ce document produira une
véritable prise de conscience des faiblesses et vulnérabilités des entreprises
françaises et fut en grande partie le catalyseur de la mise en place d’une véritable
politique publique nationale d’Intelligence économique.


Le dispositif français d’intelligence économique


De 2004 à 2009, le Haut responsable à l’intelligence économique (HRIE),
structure interministérielle placée sous l’autorité du Secrétariat général de la Défense
nationale (SGDN) constitua la pierre angulaire du dispositif national d’intelligence
économique. Selon son ancien dirigeant, M. Alain Juillet(Ancien directeur du renseignement de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et
ancien dirigeant de plusieurs grandes entreprises privées), « la politique publique

d’intelligence économique est à la fois défensive et imaginative, légale et respectueuse des

engagements de la France,( cliquez le lien), sans pour autant être naïve ». C’est ainsi qu’en six années, le
HRIE a mené un ensemble d’actions visant à promouvoir l’intelligence économique,
qu’elles soient de nature opérationnelle (conférences de sensibilisation) ou
stratégique : définition d’un nouveau périmètre de souveraineté nationale et
protection des entreprises françaises victimes de tentatives de déstabilisation.

 

 


Depuis le 17 septembre 2009, a été institué un Comité directeur de
l'intelligence économique, placé auprès de la présidence de la République. Ce comité
fixe les orientations du nouveau délégué interministériel à l'intelligence économique
qui « élabore et propose la politique publique d'intelligence économique. Il en anime et en
coordonne la mise en oeuvre et en évalue l'efficacité. » (Décret n° 2009-1122 du 17 septembre 2009 relatif au délégué interministériel à l'intelligence économique). Le premier titulaire du poste est
M. Olivier Buquen (Décret du 1er octobre 2009 portant nomination du délégué interministériel à l'intelligence
économique), ancien élu et cadre dirigeant ayant exercé son activité au sein de

plusieurs grands groupes privés.

 

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Les outils et concepts de l’intelligence économique


Un certain consensus se dégage pour considérer que l’intelligence économique
comme structurée autour d’un triptyque : veille, sécurité économique et influence.


- La veille : Le premier des préceptes de l’IE consiste en la maîtrise de l’information
stratégique indispensable à l’entreprise. Or, dans un univers informationnel global,
où le principal risque est celui de la surinformation, il devient essentiel, non
seulement de connaître précisément les besoins en informations de l’entreprise, mais
également de disposer des outils et ressources nécessaires à leur recueil et leur
traitement.
- L’influence : L’environnement d’une entreprise étant devenu extrêmement complexe
et changeant, les entreprises françaises doivent clairement s’inspirer du savoir faire
anglo-saxon en matière de lobbying, afin d’acquérir, à leur tour, une véritable
« culture d’influence ».
- La sécurité économique : Une des conséquences directes du développement sans
précédant de la compétition économique, réside dans la mise en place, par certaines
entreprises, de véritables politiques de déstabilisation de leurs concurrents, par le
recours à des campagnes de dénigrement déléguées à certains cabinets spécialisés.
Des actions de communication offensives ont ainsi été dirigées contre des entreprises
hexagonales de toutes tailles. Si le but recherché est variable : élimination d’un
concurrent trop performant ou tentative de prise de contrôle, le processus est
toujours le même : la fragilisation de la cible au travers d’actions agressives
coordonnées.

 

 


Sécurité des Systèmes d’Information et pérennité de l’entreprise


Les systèmes d’information constituant l’un des vecteurs majeurs de
pénétration de l’entreprise et de captation de ses informations stratégiques, la SSI
devient, de fait, un enjeu majeur en termes de pérennité de l’entreprise. Longtemps
considérée comme une simple fonction support de la chaîne de valeur de
l'entreprise, les systèmes d'nformation sont à présent au coeur de l'activité

économique et tendent à constituer de fait une source d’avantage concurrentiel
indirect (au sens de Michael Porter) L’Avantage concurrentiel, Dunod, Paris, 2003.


- Captation d’informations stratégiques
Alors même que l’importance d’une gestion optimale du système
d’information de l’entreprise devient essentiel, rares sont encore des dirigeants de
PME à mettre l’accent sur leur sécurisation. Pourtant, les modes de captation des
informations depuis les serveurs et postes de travail sont multiples et quelques
précautions simples et de bon sens seraient de nature a considérablement réduire les
risques encourus. Sans rentrer dans des détails techniques hors de propos, il est
loisible de constater que les principaux risques liés à l’utilisation d’un système
d’information peuvent essentiellement être envisagés au travers de trois grands
types de risques : l’utilisation imprudente des postes de travail, les vols de portables
et la pénétration directes des réseaux (filaires & sans-fil).


- Atteintes indirectes à l’image de l’entreprise
L’image institutionnelle d’une entreprise et de ses marques commerciales,
constituées le plus souvent d’années d’efforts soutenues en matière de
communication et de marketing, apparaissent ainsi extrêmement vulnérables à des
menées concurrentielles de plus en plus agressives. Or, le détournement d’un site
Internet constitue un exemple de nouvelle arme redoutable dans une lutte opposant
groupe de pression ou ONG à de grands groupes relativement aux activités
industrielles ou commerciales de ces derniers. Toutefois, si ce type d’attaques
informationnelles paraît le plus souvent limité à des enjeux médiatiques et sociétaux
propices à la polémique, il n’en demeure pas moins que n’importe quelle entreprise –
indépendamment de sa taille ou de son secteur d’activité - peut se trouver victime de
campagnes de dénigrement au travers d’une altération de l’intégrité de son SI.


- Mise en cause des dirigeants
Une autre menace réside dans la mise en cause des dirigeants relativement à
une sécurisation insuffisante de leur SI : la volonté des tribunaux est de
responsabiliser de plus en plus l’entreprise et donc ses responsables sur les
problèmes de sécurité. On ne s’intéresse pas seulement à la faute mais aussi aux
personnes qui auraient pu l’empêcher. Le but recherché est de pousser les dirigeants
d’entreprise à prendre conscience du caractère indispensable que revêt aujourd’hui
la sécurité des SI et d’utiliser l’ensemble des ressources à leur disposition afin de
sécuriser ceux-ci, faute de quoi ils se retrouvent de plus en plus souvent mis
directement en cause.

 

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*
Au-delà de la recherche d’une sécurité économique optimale, le caractère
singulièrement récurrent de l'absence de prise de précautions particulières au sein
des entreprises françaises, en terme de sécurisation de leur système d'information,
corrélé au nombre et à la diversité des menaces potentielles, font que l'entité
économique soucieuse de protéger son SI dispose, dans les faits, d'un avantage
concurrentiel indirect susceptible, non seulement de lui permettre de pérenniser son
activité en cas de crise majeure, mais également d'éviter certaines mise en cause

qu’au travers de la définition et de la mise en place d’une véritable politique de
sensibilisation à destination de l’ensemble des salariés de l’entreprise, faute de quoi,
tout effort envisagé en matière de réduction des risques de pertes d’information
stratégiques demeurera vain.


Source: FICHE CYBER RENS N°4, du Centre Français de Recherche sur le Renseignement par Rémy Février
Juillet 2010

Info apporté par l'IHEDN - Membre A-Genestine

23/07/2010

Question de "Mobilité", qu'en sera t-il dans le futur? (Dossier)

Comment se déplacera-t-on demain ? Si l’usage de la voiture reste le modèle largement dominant la réflexion sur l’organisation des déplacements se mue en travail prospectif sur la mobilité. Multimodalité, usage des technologies numériques, participation des usagers, élargissement du jeu des acteurs et nouveaux modèles économiques en constituent les clefs.

 

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« Si on exclut les citoyens on échouera, si on ne change pas le modèle économique on échouera ». En quelques mots, Gabriel Plassat, responsable transports et mobilité à l’Agence de l’environnement et de maîtrise de l’énergie a situé les principaux enjeux des mutations qui se préparent dans les systèmes de déplacement des personnes. Hier, Les rencontres professionnelles Le Monde ouvraient le débat avec le groupe Chronos et TNS Sofres sur ce thème aux consonances peu limpides a priori : « demain, la voiture servicielle ».

Derrière ce terme se profile une voiture qui ne constitue plus qu’un maillon parmi d’autres « d’un marché unique des déplacements », comme le nomme le directeur de Chronos le sociologue Bruno Marzloff, dans lequel l’usager utilise successivement pour effectuer un trajet son auto, des transports collectifs et, ou, d’autres modes alternatifs comme le vélo ou la marche.

 

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Des offres alternatives peu répandues

Les dispositifs alternatifs à la voiture existent, c’est le vélo en libre service, l’auto-partage, le covoiturage, mais ils restent encore méconnus et peu utilisés. C’est ce que souligne Vicent Dupray de TNS-Sofres : « les offres alternatives restent peu concrètes et ne représentent donc un véritable intérêt que pour peu de français », 9% d’entre eux pour le covoiturage, 4,9% pour l’auto-partage, 5,4% pour la voiture servicielle. Marginales en France, les tentatives de développement de systèmes globaux ont leur « succes story » aux Etats-Unis. C’est celle de Zipcar, société d’auto-partage qui a connu en une dizaine d’années une forte croissance, gérant aujourd’hui une flotte de 6 500 véhicules, dans une soixantaine de villes, avec un développement à l’international (Canada et Grande-Bretagne) pour un chiffre d’affaire en 2008 de 130 M$ (87,5 M€).« Du marketing, du marketing, du marketing », tel est le leitmotiv de Robin Chase, co-fondatrice de l’entreprise.

 

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Premier argument, le coût pour l’usager

Si les français préfèrent entrer dans le débat par le biais de « l’éducation » et de « la pédagogie » plutôt que par celui du commercial, tous conviennent que pour convaincre les individus de laisser leur voiture au garage la sensibilisation au problème du réchauffement climatique ne suffira pas. L’argument le plus persuasif reste celui du porte-monnaie. A Nantes, le loueur de voitures Europcar Atlantique confisque leur véhicule pendant une semaine à des automobilistes consentants. En échange, ces derniers disposent gratuitement de toutes les offres alternatives au transport individuel disponibles sur le territoire et doivent accepter de témoigner publiquement de leur expérience. « Ca fonctionne d’autant mieux que les gens se rendent compte de la dimension du delta entre le coût moyen de la possession et de l’utilisation d’un véhicule privé qui est de l’ordre de 500 € par mois alors que le système alternatif qui leur est proposé ne coûte plus que 200 € », assure le directeur de l’entreprise Tony Lesaffre. Véolia transport explore de son côté la même piste. Son directeur de la stratégie et de la recherche, Philippe Payen, travaille à la conception d’un système de forfait permettant aux personnes de se déplacer à leur guise en utilisant divers modes, mais à un tarif plus compétitif que le coût annuel supporté par un particulier pour sa voiture.

 

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Créer de la valeur ajoutée supplémentaire

Le porte-monnaie encore, c’est ce que scrute Philippe Segretain, président du groupe Egis. Ce spécialiste de la construction d’infrastructures de transports estime en effet qu’ « on n’est pas allé assez loin dans la réflexion sur la demande solvable ». Avec en écho les propos de Gilles Assolant, directeur d’Orange business service soulignant combien « les usagers ont accepté de financer Apple » pour bénéficier de toute une série d’offres de services et d’applications sur leur iPhone, il estime que pour les futurs opérateurs de mobilité « le vrai défi est de fournir la même qualité de service que la voiture » tout en apportant une valeur ajoutée supplémentaire. « Il existe une demande solvable pour des produits de qualité », assène-t-il. Ce point de vue, le directeur de la prospective et de l’innovation de la RATP le partage. Georges Amar estime en effet que les opérateurs de transport ne peuvent plus se contenter « de faire du gain de temps ». L’avenir du métro parisien, pour lui, est de devenir « un créateur d’activités permettant à d’autres acteurs de générer leur propre création de richesse » dans le métro. A titre d’exemple, le métro pourrait devenir l’interface entre prestataires de services à la personne et consommateurs de ces services.

 

http://www.leblogauto.com/wp-content/uploads/2010/02/rinspeed-uc-13.jpghttp://blogs.rtlinfo.be/belrtlmatin/files/2010/06/sans-titre-7-25424.jpg


La mobilité 2.0

Georges Amar tire aussi ses idées de la Fabrique de la RATP,. Construite sur le modèle de la Fabrique du futur, c’est un espace de réflexion auquel participent les usagers parce qu’ils sont devenus « des experts en mobilité » et qu’à ce titre leurs idées et propositions valent d’être entendues. En effet, dans ce que Bruno Marzloff appelle « l’élargissement du jeu des acteurs », le voyageur devient lui-même acteur du système. L’exemple récurrent est celui du réseau social qui s’est développé sur la ligne 13 du métro parisien par l’intermédiaire des téléphones portables. Les utilisateurs sont informés en temps réel sur l’état du trafic, tout autant qu’eux-mêmes renseignent le réseau. La participation des individus devient comme dans le web 2.0 une des clefs de la mutation.

 

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La clé du numérique

Comme pour le Net aussi, une autre clef réside dans le développement des technologies numériques et logicielles. Orange développe dans ses laboratoires des applications et services pour rendre les véhicules individuels ou de transports collectifs communicants. Certains sont en expérimentation comme en région parisienne où une ligne de bus est équipée de wifi. « Le monde de la voiture et celui des moyens de communication doivent apprendre à travailler ensemble pour intégrer la voiture dans un système global », estime Gilles Assolant ; élargissement du jeu des acteurs encore, dans lequel les constructeurs de voiture ne tiennent pas forcément la dragée haute. Autre exemple, dans le cadre de l’appel d’offres lancé à Paris pour organiser Autolib, le système d’auto-partage que la ville et 25 autres communes limitrophes souhaitent mettre en place, le principal consortium sur les rangs est composé de la RATP, de la SNCF, de Vinci et d’Avis : pas un industriel de l’automobile en vue !

 

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Source:

Pierre Magnetto de Planète

 

Voir les articles de prospective sur ce sujet:

 

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Mobilités : Vers un marché unique des déplacements

Mobilités : Du temps pour changer la donne

Mobilités : Pourquoi SNCF et Norauto sont rentrés dans Green Cove

Mobilités : L’Ademe prépare un appel à projets

Mobilités : A Nantes on confisque leur auto aux habitants

Mobilités : Orange prend ses quartiers avec Véolia

Mobilités : La RATP veut sortir de son train-train

Mobilités : L’appel à projets de l’Ademe

Mobilités : Pour une taxe kilométrique

Mobilités : Quand la SNCF fait du covoiturage

Mobilités : Le wifi à bord des bus

Rainbow attend sa labellisation

Oséo dans la course à l’innovation

La mobilité à l’école

Une journée pro pour la voiture servicielle

20:19 Écrit par HUMANITAS dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : déplacements, mobilité, futur, avenir, avant-garde, prospective, auto-partage, école, ademe, oséo | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

19/07/2010

Guy Vallancien, l'homme qui veut révolutionner la médecine en France.

Rémunération des médecins et accès aux soins : faut-il repenser la médecine en France ?


Avec Guy Vallancien, correspondant de l’Académie nationale de médecine


Plus de la moité des étudiants en médecine et 60% des jeunes médecins ne veulent pas s’installer en zone rurale. Alors que faire dans une société qui aura de plus en plus besoin de soins à domicile ? Faut-il contraindre les jeunes médecins à exercer à la campagne pendant leurs 5 premières années ? Faut-il rétribuer davantage les médecins installés à la campagne ? Ou la solution est-elle dans un maillage géographique des maisons de santé ? Le praticien Guy Vallancien nous présente ses solutions et n’hésite pas à se positionner à contre-courant de ses confrères.
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http://www.canalcham.fr/img/content/233_big.jpg
cliquez lire bio

 

Pour Guy Vallancien, nous ne sommes pas en déficit de médecins, mais en déficit de professions intermédiaires :

« Je constate qu’entre l’infirmière bac +3 et le médecin bac +12, nous n’avons pas d’intermédiaire : ce serait essentiel d’avoir des niveaux master. Dans un cas sur deux, les infirmières libérales assurent des toilettes, ce qui est le rôle des aides soignantes, le médecin généraliste prend la tension, ce qui est le rôle de l’infirmière et le spécialiste fait le diagnostic du médecin généraliste : la chaîne de soin s’est dégradée il faut totalement la remonter ».

 


Accéder aux soins à la campagne

Est-il plus difficile d’accéder à des soins de qualité à la campagne ?


« Quand on compare la région PACA à la Picardie on peut se poser la question de savoir qui a raison : la région qui est en surpopulation médicale ou là celle qui est en sous population. C’est plus complexe qu’on ne le croit. Les Français ont été habitués, de par le remboursement de la sécurité sociale, à aller chez le médecin pour un oui ou pour un non. Je dis qu’il y a une éducation à faire. »


Guy Vallancien poursuit par des propos corsés :


« Si les gens sont prêts à faire 30km pour aller dans les centres commerciaux le week-end alors ils peuvent faire 30km pour aller consulter à l’hôpital ».

 

L’ère du médecin isolé dans son village semble révolue.

Pour notre invité, la télémédecine encore balbutiante en France, mais effective en Ontario au Canada, pourrait être une solution.

 

« La télémédecine nous permettrait deux ou trois jours par semaine de nous déplacer en bus médical avec tous les outils nécessaires, pour rencontrer les patients dans les zones les plus isolées ».


Deuxième espoir : les maisons et centres de santé qui poursuivent leur maillage géographique sur toute la France.

 



Les maisons de santé : la solution à la désertification d’espaces par les médecins ?

Depuis 2005 les maisons et les centres ont vu le jour un peu partout en France. Il s’agit d"une réunion de personnel médicaux et para-médicaux pour exercer ensemble en complémentarité. Ces maisons sont créées par la municipalité ou des médecins libéraux. Mais leur fonctionnement est parfois encore hésitant :

 

« Créer une maison de santé d’un point de vue juridique reste aujourd’hui assez compliqué. Il faudrait un statut unique de maison de santé avec un gérant, un règlement intérieur défini par les acteurs. Actuellement, ce n’est pas le cas ».

 

Cette formule, Guy Vallancien est en certain, permettrait de résoudre le dilemme consistant à forcer les jeunes médecins à s’installer dans des zones isolées.

 

 

Améliorer la qualité des soins : Roselyne Bachelot, Michel Chassang, Guy Vallancien - Voila
Roselyne BACHELOT, Michel CHASSANG et Guy VALLANCIEN réagissent aux propositions de l’Institut Montaigne pour améliorer la qualité et la sécurité des soins. Deuxième vidéo d'une série de quatre. (Débat "Libres Echanges" du 17 mars 2009 organisé par l'Institut Montaigne à l'occasion de la publication de la note "Mesurer la qualité des soins", par Denise Silber : http://www.institutmontaigne.org/mesurer-la-qualite-des-soins-3031.html )

 


Fermer des blocs opératoires à l’hôpital

Guy Vallancien observe que l’on fait appel à des médecins étrangers, au demeurant fort compétents, dans un certain nombre d’hôpitaux pour lesquels il faudrait peut-être se poser la question de savoir s’il faut maintenir les services.

 

« Je pense à la chirurgie en urologie. Nous avons des hôpitaux en France dont la pratique est encore trop incertaine en nombre d’actes par an. Ce sont dans ces hôpitaux que très souvent exercent ces médecins étrangers, là où les médecins français ne veulent pas aller.
Je suis pour un numerus clausus de 1500 à 2000 actes opératoires par an en dessous duquel les blocs fermeraient. Faire 30 ou 40 km pour une opération et rester 5 jours à l’hôpital n’est pas dramatique. En revanche, il est important, et urgent d’installer une médecine de proximité pour le diabète, l’hypertension… qui doivent être traités dans les maisons de santé. »

 


Changer le mode de rétribution des médecins

La rémunération des médecins libéraux pose régulièrement problème. Les praticiens trouvent leurs revalorisations trop maigres mais les patients ne souhaitent pas forcement payer plus.
Pour Guy Vallancien, notre système est obsolète.

 

« Le paiement à l’acte est mort parce qu’il ne paye que l’acte. Or les médecins font beaucoup plus qu’un acte médical : il faut ajouter la partie administrative, la surveillance, les actions thérapeutiques, la prévention. Tout ceci n’est pas pris en compte. Je suis persuadé qu’il faut arriver à un mixe de rémunération forfaitaire et le reste en acte ».

« Médecins hospitaliers ou libéraux nous sommes tous subventionnés. C’est l’argent public des cotisations des Français qui paie les médecins. Il serait logique que les médecins soient rétribués en fonction de la qualité de la spécialité exercée ».


Être rémunéré en fonction de la qualité du travail fourni, c’est une notion révolutionnaire en France que propose Guy Vallancien, sous-entendant par la même occasion que tous les médecins ne soignent pas avec la même rigueur... « Nos voisins britanniques procèdent déjà ainsi » rappelle-t-il. Les critères permettant de rémunérer les médecins sont définis par la National health system.

 


Étudier la médecine : ouvrir les portes au filières techniques et littéraires

La faculté de médecine est la seule à procéder à un concours en fin de première année ; un concours drastique où sur 50 000 étudiants seuls 7500 sont reçus.

 

« Pourquoi sélectionner à ce point des étudiants qui rêvent de faire ce métier et qu’on juge sur ces sciences dures tels que les mathématiques, la physique, la statistique ? Il faut chercher les étudiants en médecine quelque soit leur bac. Je souhaiterais que l’on mette en place au lycée une prépa santé. Ainsi les jeunes pourraient rapidement savoir s’ils sont dans la bonne direction ou pas ».

 

http://www.decitre.fr/gi/39/9782849410639FS.gif

Téléchargez le rapport Le bilan des maisons et des pôles de santé et les propositions pour leur déploiement (site de la Documentation française), 2009
Auteurs : Jean-Marc JUILHARD, Bérengère CROCHEMORE, Annick TOUBA, Guy VALLANCIEN

- Jean-Pierre Davant, Thomas Tursz, Guy Vallancien, Pierre Boncenne, La Révolution médicale, édition du Seuil, 2003
- Guy Vallancien, La santé n’est pas un droit : Manifeste pour une autre médecine, édition Bourin, 2007

19:32 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : médecine, guy vallancien, réformes, santé | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/07/2010

Liberté implique Responsabilité ?

« L’engagement a-t-il encore un sens ? »
Comment préparer
les jeunes générations au XXIème siècle



Intervention de Xavier GUILHOU



Ce que je vais vous dire en quelques minutes ne va
sûrement pas vous plaire ! Plaire est bien le verbe à la mode,
n’est ce pas. Il est celui d’une génération, celle des « trente
piteuses », qui a vendu à sa jeunesse le plaisir et l’hédonisme
comme clé de voute de l’existence. La précédente, celle des
« trente glorieuses », avait offert le luxe de cette folie qui
commence à nous coûter très cher et qui a « plombé l’avenir de
notre jeunesse pour plusieurs décennies» (pour reprendre le
titre de l’un des derniers numéros de l’Express). Mais comme
l’écrit Stendhal « Si vous voulez plaire infiniment aujourd’hui, il
faut vous résoudre à être ridicule dans vingt ans ».

C’est donc
sur le champ de mes convictions que je vais vous convier et
non sur celui des chimères ambiantes.

Juste avant de préparer mon intervention l’un d’entre vous
m’a dit dans un couloir : « surtout ne les effraye pas ! ». Ce
second verbe, aussi à la mode, m’a interpellé. Les responsables
que nous sommes auraient-ils peur ? Il est un fait que cette
génération, dont je viens de parler et qui a été fortement
marquée par les préceptes libertaires de 68, a posé comme
finalité de vie : le « risque zéro », le « zéro mort », la « qualité
totale », le « développement durable », le « commerce
équitable », que sais-je ? Tout doit être lissé, aplani, sans
aspérité. Rien ne doit déranger. Tout doit rentrer dans de
bonnes moyennes, des normes bien certifiées afin de pouvoir
jouir enfin de la vie. C’est amusant de voir une génération qui
n’a eu de cesse de détruire l’autorité et l’ordre d’être aussi
obsédée par les risques inhérents à la vie. Tous les ans nous
inventons un nouvel oxymore pour nous donner une nouvelle
raison d’être en le finançant à crédit. Le dernier à la mode étant
« l’égalité des chances », comme si la chance pouvait être
égalitaire. Si tel était le cas, nous le saurions depuis longtemps.

Tout ceci n’a pas de sens et notre jeunesse se rend compte de
plus en plus des limites de ces impostures. Notre société vit
désormais sous cette emprise de la philosophie de la peur et de
l’angoisse.
Pour sublimer cette pathologie collective, nos élites
ont même érigé le fameux « principe de précaution » comme
nouvelle clé de voute de notre coexistence. Comment inciter les
jeunes générations à plus d’audace quand ceux qui sont aux
commandes « pètent de trouille » et confinent leurs enfants
dans un cocooning totalement décalé avec la réalité de la vie!
Ne nous étonnons pas que les jeunes dans cette ambiance
surréaliste fassent plus confiance à leurs « tribus», la plupart
du temps virtuelles (comme l’a très clairement exposé Michel
Maffesolli lors des premières rencontres des auditeurs en 2004,
face à un auditoire récalcitrant) qu’à une société anxiogène,
égoïste et un tantinet schizophrène. Je ne parle pas de leur
attitude de défiance vis-à-vis des modèles transnationaux
bureaucratiques et dénués de tout rêve. Cela explique
sûrement le succès parallèle des organisations caritatives et
non gouvernementales sur le champ de l’humanitaire en
l’absence de véritables projets politiques au sein de nos
sociétés. Cela explique aussi le résultat - à priori surprenant -
des jeunes au référendum sur la constitution européenne.

Un autre camarade, fortement attaché à la légitimité d’un
certain nombre d’institutions, m’a aussi précisé : « parle de
tout sauf de l’éducation nationale, de l’université, de
l’intégration…Je connais ton opinion, c’est vrai que cela ne va
pas très bien, mais je t’en prie ne touche pas à ces « domaines
sacrés », ne mets pas le bazar, ce sont des sujets tabous! ».
Incroyable ! La même génération impose le déni de réalité et
s’enferme dans un autisme préoccupant. Pourtant l’audit est
largement fait et les français savent depuis longtemps à quoi
s’en tenir La jeunesse sait très bien elle aussi que nos modèles
éducatifs sont actuellement en faillite. Ils sont à l’image du
pays. Depuis une bonne décennie les meilleurs d’entre eux vont
chercher à l’étranger les qualifications, les diplômes et les
ouvertures que nous ne sommes plus capables de leur offrir.
Certains vont les chercher aussi de plus en plus dans la rue,
tant notre modèle d’intégration a échoué. Ce n’est pas faute
d’avoir injecté des moyens dans les dispositifs en question et
comme l’a dit un Président de la République : « Pourtant on a
tout essayé ! ». Je crains que nous ayons sur tous ces sujets un
vrai problème de méthode !

Il faut plaire, il ne faut pas effrayer, il ne faut pas bouger:
voilà notre véritable handicap vis-à-vis des jeunes générations.

Notre pays compte parmi les plus riches de la planète et même
si nous sommes en quasi implosion, il nous reste encore des
moyens et des capacités pour réagir. Mais je suis désolé nous
avons un problème de base qu’il va falloir surmonter si nous
voulons mieux préparer les jeunes générations aux défis qui se
présentent à l’horizon. Nous n’avons rien compris aux nouvelles
grammaires qui sont en train d’émerger. Elles conditionnent de
nouvelles règles du jeu partout et de nouveaux rapports de
force à tous les niveaux. Beaucoup pensaient voir émerger un
monde où l’égalitarisme, le partage des ressources, la paix, les
loisirs, allaient enfin être accessibles et partagés par tout le
monde.
En fait les jeunes générations sont confrontées à autre
chose de totalement inconcevable pour les générations au
pouvoir. Le monde dans lequel elles entrent est marqué par des
ruptures sans précédents avec des mutations gigantesques sur
tous les fronts. Le monde est en train de changer à très grande
vitesse et nous vendons à notre jeunesse l’illusion que le
monde va revenir dans l’épure parfaite et vertueuse de celui
« d’Amélie Poulain », des « choristes » ou voire des
« indigènes », ce qui nous permettrait de régler nos frustrations
vis-à-vis de l’histoire. Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit,
l’histoire est en train de s’écrire ailleurs et sans nous.
Elle ne
sera pas indulgente et les nouveaux entrants ne vont pas
attendre que nous ayons fini notre psychothérapie collective.
Notre véritable handicap tient dans le fait que nous avons
perdu le sens de l’ambition et de la clairvoyance nécessaires
aux grands peuples, nous vendons aux jeunes générations
l’angélisme et la lâcheté des médiocres. Il ne faut pas s’étonner
s’ils nous produisent, en marge des difficultés bien connues du
chômage, des incivilités, de la drogue…, des phénomènes de
catharsis violents et désespérés comme ceux que nous venons
de connaître, hier avec les manifestations du CPE et surtout
celles des banlieues de novembre 2005, dont les braises sont
loin d’être éteintes. Denis Jeambar et Jacqueline Remy ont
finalement bien raison quand ils affirment dans leur dernier
livre « nos enfants nous haïront » ;
Le monde qui émerge n’est pas celui dont vous avez rêvé,
mais c’est celui qu’ils vont avoir à prendre en compte.
De quel
cahier des charges parlons-nous pour les prochaines
décennies ? D’un quasi doublement de la population mondiale
sur le prochain demi-siècle (de 6 à 10 milliards entre 2000 et
2050). Les protocoles d’organisation, de communication et de
coexistence qui se mettent en place sont déjà radicalement
différents de ceux des précédentes générations. Ils vont vivre
une rupture qui pour la plupart des experts est similaire à celle
du néolithique et en très peu de temps. Nous avons tout juste
réussi à maîtriser avec les modèles d’organisation de masse
(taylorisme, démocratie, consumérisme) un doublement de
cette population en un siècle (progression de 3 à 6 milliards sur
l’ensemble du XXème siècle). Or la plupart de ces modèles dits
démocratiques, pyramidaux et hiérarchiques sont aujourd’hui
quasiment obsolètes. Ce sont des jeunes à Bangalore, en
Californie, à Sao Paulo…qui inventent les modèles de demain.
Ils fonctionnent en réseaux sur des protocoles que certains
comme Joel de Rosnay qualifient de « symbiotique ». La
création de « sens » devient pour eux la nouvelle valeur
ajoutée du monde de demain. Pour y arriver, ils fonctionnent en
communautés ingénieuses autour de noeuds de compétences et
de partage de la connaissance.
Ces dynamiques n’ont rien à
voir avec notre vision colbertiste et centralisatrice des pôles de
compétitivité….et encore moins avec notre « création de valeur
financière et manufacturière » d’hier.

Par ailleurs cette croissance démographique ne se produit
plus en Europe comme au siècle des lumières. Aujourd’hui
l’Europe ne fabrique plus que des vieux. Cette révolution
démographique se déroule essentiellement sur les rives du
Pacifique et de l’Océan Indien, générant de fait un spectaculaire
déplacement des centres de gravité de toute l’activité politique
et économique mondiale de l’Atlantique nord vers cette
nouvelle Méditerranée du monde qui est à l’opposé de nos
modèles de vie. Nous ne pouvons plus dire à nos jeunes que
nous sommes au centre du monde. Cette affirmation liée à 4
siècles de maîtrise du vieil occident est désormais forclose.
Nous sommes confrontés à un rapide déclassement tant en
terme de géocentrisme que de leadership sur le plan
stratégique.
Cela signifie qu’il va falloir apprendre non plus à
profiter de nos dividendes de la paix et du progrès (comme
c’est encore le cas dans la plupart de nos grandes écoles) mais
à se confronter à des situations de plus en plus asymétriques et
déséquilibrées.

Les jeunes qui entrent dans la vie active sont surpris de la
fin de la parité dans les rapports de force actuels et ce quel que
soit le domaine. Ils sont paniqués à l’idée qu’il faut qu’ils
apprennent à se battre à un contre dix. Même si
intellectuellement ils ont tout compris à la mondialisation, ils se
sentent profondément démunis face aux réalités qu’ils ont à
assumer, que ce soit dans le monde des affaires face au
chinois, à l’indien dont il n’est plus question de sous-estimer les
talents. Mais aussi face à l’islamiste de service ou le migrant
africain ou mexicain qui sont prêts à tout, jusqu’au sacrifice
suprême soit pour affirmer leur identité, soit pour manger.
Avons-nous bien compris que la moyenne d’âge de 80% de la
population mondiale est de moins de 25 ans (quand chez nous
elle est de 47 ans). Nos enfants n’ont pas idée du niveau de
combativité, de pugnacité, de volonté qui est en train
d’émerger sur les autres continents. Nous leur avons vendu des
modèles de vie où « la prospérité est au coin de la rue », où
l’oisiveté, l’indolence, la gratuité et la sécurité sont des acquis.

En aucun cas nous ne les avons préparé à la confrontation avec
le jeune polonais, pour ne pas aller chercher top loin et trop
compliqué, qui sort de 50 ans de totalitarisme et qui a « faim ».
Lui a compris qu’il pouvait sans attendre ramasser le pouvoir,
s’enrichir et jouer un rôle. Pour lui l’histoire sera indulgente car
il a l’intention de l’écrire. Le problème est qu’il n’est pas le
seul ! La véritable concurrence pour nos jeunes est de cet
ordre. Nous ne leur avons pas facilité les choses avec un
processus de formation trop idéologique et théorique, un
accompagnement éducatif absolument pas pragmatique, et un
bilan socio-économique particulièrement catastrophique avec
des passifs monstrueux pour démarrer dans l’existence.

La véritable question qui se pose aujourd’hui est :
Comment faire pour redresser la situation et mieux les préparer
aux enjeux de demain.
Pour cela il faut changer radicalement
de méthode et leur apprendre « à pêcher le poisson plutôt que
de continuer à leur en donner». Cela signifie qu’au déni de
réalité permanent il va falloir opposer le travail de lucidité. Mais
il faudra aller encore plus loin et ne pas se contenter de clarifier
les choses de la vie. Il faudra aussi mettre un peu plus de
profondeur dans ce « savoir être » qui fait tant défaut
aujourd’hui et sans lequel nos jeunes ne pourront pas être à la
hauteur des enjeux tant locaux que globaux. Pour cela il va
falloir les endurcir et leur faire travailler leur « force de
caractère », mais il faudra aussi les « durcir » et affiner leur
« force d’âme ». Pour que ces deux dynamiques trouvent leur
pleine expression, il faudra privilégier la pédagogie de l’action
et de la prise de risque à celle de la théorisation et de la
précaution actuelle.

Je comprends que mes propos puissent
terroriser ceux qui privilégient d’abord des « têtes bien
pleines » même si elles vous produisent à l’arrivée des
catastrophes, elles l’auront fait au moins dans le respect des
normes et des bonnes moyennes. Je suis désolé mais ce n’est
pas de cela dont nous avons besoin et encore moins nos
jeunes.
A cette politique qui fabrique de plus en plus
d’irresponsables ou au pire de décideurs qui ne veulent plus
prendre de responsabilités, j’oppose cette phrase de Benjamin
Franklin que j’aime beaucoup et qui a toujours guidé ma
relation avec les jeunes : « Tu me dis, j’oublie ; tu
m’enseignes, je me souviens ; tu m’impliques, j’apprends ».Ma
conviction est qu’il faut sans attendre travailler cette « force de
caractère » et cette « force d’âme » pour qu’ils puissent faire
face aux choses telles qu’elles sont et non pas telles que les
nostalgiques d’un passé révolu les souhaitent. Il faut les aider à
redresser la tête et leur réapprendre à marcher face à un
monde qui devient de plus en plus impitoyable.
Cela signifie
quoi ?
Pour la « force de caractère » nous devons leur redonner
de la vitalité et de la pugnacité. Face aux réalités il faut les
faire travailler beaucoup plus sur le champ de l’intuition que sur
celui d’une rationalité trop bien finie. Cela suppose de mettre
l’accent beaucoup plus sur le questionnement et l’esprit critique
que sur les processus et les solutions. Face aux mutations en
cours il faut les encourager à renouer avec le mouvement et
l’action sur le terrain plutôt que d’attendre tout de modèles
théoriques. Face aux ruptures sécuritaires, économiques,
technologiques il faut leur faire comprendre que seule la vitesse
est leur clé de survivance face aux multiples concurrences qui
émergent de partout plutôt que de les entretenir dans l’illusion
des sempiternelles lignes Maginot que nos élites inventent ici
avec le patriotisme économique, ou là avec les discours francofrançais
sur « l’intelligence économique », « la citoyenneté » …
Arrêtons de leur raconter des histoires et de leur mentir. Ne les
programmons pas pour une énième défaite, elle commence
toujours dans les esprits quand la méthode est confuse et
trompeuse.
Cessons d’être défensifs et plaintifs, renouons avec
le goût de la victoire et redonnons-leur le sens de l’ambition.
Face à l’inconcevable qui émerge il faut privilégier l’imagination,
l’audace, les décisions et surtout le sens des responsabilités.
Aujourd’hui, quelles que soient les bonnes intentions des
cahiers des charges politiques, nous enseignons l’inverse et
tuons systématiquement toute initiative ! Je suis désolé mais
désormais il faut remettre l’action et le rêve au coeur de la
formation et de l’accompagnement des jeunes générations. Il
ne faut pas qu’elles aient peur de l’échec, bien au contraire,
celui-ci est la meilleure pédagogie : « On ne progresse qu’à
force de se tromper ». Cette culture de l’apprentissage du
risque doit être au coeur du nouveau projet de société que nous
devrions privilégier. Pour le moment nous en sommes loin.
Pour la « force d’âme » nous devons leur redonner une
éducation humaniste et ouverte au monde.

Face aux défis qui
les attendent il faut compte tenu des limites de l’expertise
scientifique, des idéologies, des technologies les ouvrir à une
meilleure connaissance des cultures et à cette éducation de la
« centralité de l’autre » qui fait tant défaut aujourd’hui. Ma
pratique de la vie internationale m’a appris à faire la différence
entre la performance des « boîtes à outils » que l’on nous
enseigne dans les écoles et dans les séminaires, et qui peuvent
en effet aider à résoudre des problèmes techniques, et la
nécessaire, si ce n’est indispensable, ouverture d’esprit qu’il
faut sans cesse cultiver face aux autres cultures. Surtout quand
on est confronté sur le terrain à des projets complexes ou des
défis à priori impensables.

La plupart des approches positivistes
ne répondent pas en effet aux questions d’identité, aux
mystères de l’existence, aux ruptures existentielles que nous
vivons de plus en plus sur le terrain dans les rapports humains.
Certains me diront que cela ne concerne qu’une minorité
contrainte d’affronter la mondialisation de nos économies et la
globalisation de nos systèmes de vie. Là aussi je suis désolé,
mais je vous dis non : Quand on est responsable d’une filiale,
d’une association, d’une collectivité locale quelque part sur le
territoire français ce sont les mêmes défis à surmonter lorsque
l’on se trouve confronté à une banlieue difficile ou au rachat de
ses actifs par un actionnaire asiatique. Il n’y a plus besoin de
franchir les frontières pour se trouver impacté par les
turbulences du monde. Chaque fois la règle des 80/20
s’inverse, ce ne sont plus les instruments qui priment mais
l’humanité, la spiritualité, la proximité que l’on incarne qui fait
la différence.
Qu’en est-il de l’apprentissage de ces disciplines dites
« molles », de ces marques de considération et de respect
entre les cultures, les religions, les philosophies ? Nous avons là
un véritable déficit de vécu, de connaissance, de partage à
remonter. Il nous faut sortir du nihilisme et du cynisme
ambiant. Nietzche nous avait pourtant prévenus : « Si je suis le
bien, le mal c’est l’autre ». Rester dans cette dialectique serait
suicidaire pour notre jeunesse. Du reste elle en est consciente.

Un jour dans les rues de Paris j’ai vu sur un mur l’inscription
suivante « Dieu est mort, signé Nietzche » sous laquelle
quelqu’un avait ajouté : « Nietzche est mort, signé Dieu ». Je
crois en effet que ce début de XXIème siècle va nous obliger à
renouer avec un nouvel humanisme qui passera par un
approfondissement philosophique et spirituel. Sans ce
complément d’humanité (au sens classique du terme) notre
jeunesse n’aura pas toute la profondeur attendue pour assumer
les grands rendez-vous qui se présentent à l’horizon.
Ne nous leurrons pas, ils n’auront pas affaire qu’à ces
franchissements de seuil escomptés autour des
nanotechnologies, de la biologie, de l’environnement, de
l’énergie que sais-je et qui nécessitent en effet que notre
recherche soit plus que jamais mobilisée. Ils auront aussi à
assumer ce que leurs parents n’auront jamais connu à savoir le
retour de la guerre, de ces grands désastres qui frappent de
plus en plus durement des populations concentrées sur des
zones à risques majeurs, de ces grandes épidémies, telles le
SIDA, la grippe aviaire…, qui menacent de plus en plus nos
prétentions prométhéennes et la quiétude de notre modernité.

Tous ces rendez-vous demandent autre chose que de
l’angélisme et de l’indolence. Ils demandent des convictions et
de l’engagement. Pour les rendre possibles il faut les rendre
accessibles. Les médias ont dans ce domaine une responsabilité
considérable. Ils peuvent faciliter cette ouverture au monde ou
au contraire poursuivre sur la voie de l’abrutissement et
l’appauvrissement actuel des esprits. Pour les professionnels de
l’écran plat, les choix sont encore possibles : Celui du
voyeurisme et du populisme facile ou celui de la culture et du
divertissement intelligent ? N’oublions pas que notre jeunesse
passe entre 6 à 8 h par jour devant des écrans plats, qu’elle ne
sait vivre qu’au milieu d’un bruit permanent et qu’elle ne
perçoit les signaux du monde qu’au travers d’un filtre virtuel.

Chers amis, chers camarades, nous sommes à un moment
crucial pour notre société. Soit nous choisissons de poursuivre
dans la voie de l’hédonisme et de l’angélisme actuel pour
satisfaire les rêves désormais dérisoires des « papy boomer »,
soit nous décidons d’opter à nouveau pour une société
responsable, ambitieuse et volontariste. Dans le premier cas il
faut savoir que nous prenons en otage les jeunes générations,
que nous ne leur demanderons que de payer les factures
sociales et fiscales. Dans ce cas il nous faudra être clairs avec
elles car elles ne pourront pas satisfaire les exigences d’une
population à majorité inactive et être aux rendez-vous de
l’histoire. Elles en seront soit les victimes soit les exclus, mais
sûrement pas les bénéficiaires comme leurs aïeux. Dans le
second cas cela signifie que face au conflit de génération qui
semble poindre à l’horizon nous décidons d’assumer nos erreurs
et de mettre nos enfants en situation pour redresser le pays,
rayonner à nouveau sur le plan international, inventer de
nouvelles lignes d’horizon et cultiver d’autres formes
d’espérance que celle du matérialisme actuel. Mais ce choix
impose une rupture dans le pilotage de notre société.
N’oublions pas qu’elle vieillit et que la tendance est au repli sur
soi plutôt qu’à l’aventure, à la jouissance de nos dividendes
plutôt qu’à l’innovation, au déni de réalité plutôt qu’à la lucidité.

Les jeunes générations nous demandent l’inverse. Elles nous le
crient parfois silencieusement, parfois de plus en plus fort et de
plus en plus régulièrement, mais nous sommes emmurés dans
un autisme qui devient de plus en plus aberrant et consternant.
Elles nous demandent aussi de leur faire confiance et de savoir
les accompagner à bon escient. Il y a là un double défi pour
notre société : celui de l’écoute réciproque et celui du respect.
Cette citation de Gottfried Benne ne peut que nous interpeler
par son actualité : « On sait bien que les hommes n’ont pas
d’âme, si seulement ils avaient un peu de tenue ».
Qu’attendons-nous pour sortir de notre égoïsme et nous
engager à leurs côtés. Pourquoi exiger d’eux qu’ils s’engagent
comme nous ne l’avons jamais fait pour eux ? Ils n’attendent
que cela, que nous nous réveillons et que nous n’ayons enfin
plus peur.
Pour y arriver il faudra passer par une remise à plat de nos
modes éducatifs à tous les niveaux ? en commençant par
l’échelon familial, sans oublier celui de la formation
professionnelle qui accompagne l’ensemble de notre société
bien au-delà l’école et l’université, qui mobilisent les débats
politiques actuellement.
Tous ces niveaux devront permettre
aux jeunes générations de s’endurcir pour faire face aux
réalités et de se « durcir » pour sortir de l’angélisme actuel. Ils
devront privilégier l’entraide à l’individualisme forcené en
apprenant à travailler de façon plus intelligente en collectif et
en réseau. Ils devront aussi réapprendre le respect mutuel afin
de mieux connaître les limites et mieux appréhender les talents
de l’autre. Ils devront surtout permettre à notre jeunesse de
libérer son imagination et de recentrer ses convictions.

Retrouver le sens de l’audace et de l’engagement ne pourra
véritablement se faire qu’à ce prix. Certes heureusement
quelques-uns comme toujours incarnent ces valeurs, mais il
faut aujourd’hui les faire partager par l’ensemble de la société.
Je crois que celle-ci est en attente et est prête à aller sur ces
voies exigeantes et responsables. Il faut simplement face aux
nouvelles grammaires du futur changer le paramétrage de
notre façon de vivre et remettre un peu plus de « savoir-être »
à tous les niveaux. Arrêtons donc de tricher avec la réalité et de
mentir aux jeunes. Cessons de jouer avec ces mots qui ont été
trop entachés par des comportements ambigus et des actes
délétères, comme celui d’exemplarité, de transparence et de
solidarité… Essayons d’être tout simplement plus authentiques,
sincères, et audacieux. Là est notre vrai défi pour les jeunes
générations : c’est celui de la confiance et de la responsabilité
partagée. C’est aussi celui de la liberté ! Après tout, comme le
dit Bernard Shaw : « Liberté implique responsabilité. C’est là
pourquoi la plupart des hommes la redoutent ».

Raisons de plus
pour se battre dans ce sens et ne pas se tromper de priorités.
 
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