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03/07/2010

France: l’OTAN et la défense nationale, et l'immigration. Par Yves-Marie Laulan

Le Bordelais Yves-Marie Laulan

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1 Les motivations de Nicolas Sarkozy pour le retour à l’OTAN


La décision prise par Nicolas Sarkozy procède, à mon avis, de deux types de motivations fort différentes.

La première, commune à la plupart des chefs d’Etat en début de mandat, est de « faire différent » et si possible, à moindre coût. Pour Sarkozy fraîchement élu, il convenait devant son électorat, de « marquer le coup », de faire montre de façon spectaculaire d’une volonté de rupture avec la position de ses prédécesseurs.  A cet égard, le retour à l’OTAN était un excellent « galop d’essai » fort peu coûteux en termes politiques. D’ailleurs, le public s’est effectivement montré largement indifférent à l’évènement. Il n’y a guère qu’un quarteron  de vétérans du gaullisme purs et durs, blanchis sous le harnois, qui ont dénoncé avec virulence une rétractation abominable du  dépôt sacré de la doctrine gaulliste en la matière.  Mais leurs imprécations n’ont guère rencontré  d’échos dans l’opinion comme chacun sait, et l’affaire est passée comme une lettre à la poste dans l’indifférence générale. Sauf chez les militaires qui y ont vu, à juste titre, l’ouverture d’une pincée de nouveaux emplois de bureaux à l’étranger, fort prisés comme chacun sait.

 

 

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Yves-Marie Laulan

La deuxième motivation va beaucoup plus loin.  C’est le désir de s’aligner sur l’Amérique pour le meilleur et, en principe,  pour le pire. En fait, ses prédécesseurs à l’Elysée n’avaient pas agi  autrement lorsque l’heure était au drame. Songeons au soutien inconditionnel du Général  de Gaulle aux Etats-Unis à l’occasion de la crise des fusées à Cuba en octobre 1962 ou de l’attitude  de François Mitterrand, bien des années après, dans des circonstances analogues, lors de la crise des fusées Pershing de 1983. La différence entre l’action de  ses grands aînés à l’Elysée et celle de Sarkozy  est que le geste de  ce dernier relève largement de ce que les militaires appellent suavement la « gesticulation ». L’expression parle d’elle-même. C’est une démonstration de force sans substance réelle. Il en va ainsi pour la création d’une petite base militaire avancée dans le détroit d’Ormuz face à l’Iran, laquelle n’a rigoureusement aucune portée opérationnelle ou l’envoi d’une poignée de soldats français en Afghanistan. Il est à craindre que les Américains ne s’y trompent pas. Si Nicolas Sarkozy voulait vraiment faire sérieux, il lui faudrait augmenter de 1 ou deux points de PNB le budget de défense de la France. Il s’en garde bien. Car cela risquerait de soustraire de précieuses ressources devenues  rares au budget social, socle de la paix sociale en France. En matière de coopération pour la défense et la sécurité, le seul critère vraiment significatif est le montant du budget militaire en termes de pourcentage du PNB. Tout le reste  est littérature.

 

2 La pensée de Jacques Chirac en matière de défense et de coopération militaire.


Il est aisé de répondre à cette question. Certes, vous vous en doutez, je n’ai jamais été le confident  de la pensée stratégique de Jacques Chirac ni dans ce domaine, ni dans d’autres. Mais l’on peut avancer, sans  risque de se tromper, que Jacques Chirac n’avait rigoureusement aucune vision d’ensemble, que ce soit en matière de défense  ou de sécurité. On ne pouvait guère s’attendre à autre chose de la part d’un  conseiller de canton monté en graine. Là où il n’y a rien, il n’y a rien à dire. En fait, Chirac, président  de la République, n’avait aucune vision stratégique dans un  domaine quelconque (sauf pour les Arts Primaires), y compris en ce qui concerne la France et le destin national. Très révélateur à cet égard est le chapitre consacré par Bernard Billaud dans son ouvrage « D’un Chirac à l’autre » (ed. de Fallois, 2005). Il  y  dépeint Jacques Chirac, alors maire de Paris,  se rendant au Vatican pour  y recueillir l’onction du Pape jugée utile pour ses ambitions présidentielles. Et voilà que passant près des ruines du Colisée, Billaud entend avec stupeur Chirac éclater en imprécations contre la civilisation latine, l’Occident et la Chrétienté toute entière. Alors la France dans tout cela… Chirac n’a jamais été gaulliste  de cœur ou de conviction mais seulement d’occasion ou d’opportunité.  Il a été, on le sait,  un excellent maire de Paris, un Premier ministre médiocre  et un très mauvais Président. Il n‘était pas fait pour cela. C’était une erreur de « casting ». Son ambition, on le sait aujourd’hui par les confidences de ses proches, était  de devenir directeur des services de  l’Aviation civile. Il y aurait certainement  excellé.

En matière de politique étrangère, ses  positions ont  été ciselées et formulées par Dominique de Villepin, personnage romantique, rêveur et théâtral à souhait. « Gaullâtre » de la stricte observance, il avait cru comprendre que la quintessence du gaullisme consistait, pour l’essentiel, à prendre systématiquement le contrepied de tout ce que proposaient les Américains. Il se trouve, par hasard, que pour l’Irak, il est tombé juste. Encore une chance. Le refus d’engager la France dans ce conflit a épargné plusieurs dizaines ou voire centaines de vies de nos soldats, ce qui n’est pas rien. Au surplus, si les Etats-Unis n’avaient pas sottement cru bon de renverser le régime, -fort peu sympathique au demeurant- de Saddam Hussein, nous n’aurions pas aujourd’hui sur les bras le problème d’un Iran à vocation nucléaire. Il aurait suffit de laisser ces deux molosses, l’Iran et l’Irak  s’entredéchirer entre eux. C’est  ce qu’aurait fait un Churchill.

 

3 Les conséquences du retour de la France à l’OTAN


Il ne convient pas de dramatiser à l’extrême les conséquences de cette décision comme l’ont fait  certains commentateurs que vous citez. N’oublions pas que, durant même le mandat présidentiel du Général de Gaulle,  la France avait plus ou moins discrètement conclu deux protocoles d’accord avec l’Otan stipulant la conduite à tenir en cas d’agression de l’URSS. Or l’Alliance avait bel et bien été créée pour répondre à ce genre de situation. Moi-même,  quand j’étais à l’OTAN, j’avais été reçu par l’Amiral américain commandant la base navale de Monterey. Il  s’étonnait auprès de moi, avec un sourire un peu narquois, de ce que chaque fois que son escadre procédait à des manœuvres en haute mer, il y avait toujours à proximité des navires français exécutant la même manœuvre, par le plus grand des hasards sans doute. Le retrait français de l’OTAN n’avait guère eu de répercussions sur l’essentiel, à savoir la sécurité du pays. Quant à la notion d’indépendance, il est clair que la France n’a jamais été en mesure de faire cavalier seul, l’eusse-t-elle voulu, sur des questions majeures. Du temps de la Guerre Froide, l’indépendance tant célébrée dont on déplore la perte a toujours eu une portée concrète extrêmement limitée, précisément  en raison des impératifs de sécurité. Article V ou pas , la France aurait bien été obligée de se ranger, bon gré mal gré, aux côté des Etats-Unis en cas de conflit grave avec l’URSS. Elle ne s’en est d’ailleurs jamais cachée et les Soviétiques,  de leur côté, en bons réalistes qu’ils étaient, ne l’ont pas compris autrement.  Seuls les romantiques de l’indépendance nationale ont pu croire, ou faire semblant de croire qu’il aurait pu en aller différemment. La déclaration emphatique de  Pierre Lefranc,  l’ancien chef de cabinet du Général, procède davantage d’une rhétorique théâtrale et nostalgique que d’une analyse lucide des rapports de force entre les adversaires en présence et des menaces dont ils sont porteurs. Au demeurant, il est fort douteux que le Général ait confié ses conceptions stratégiques à son chef de cabinet.

 

Le paradoxe de la situation  actuelle tient à ceci. La notion d’une véritable indépendance française  n’avait guère qu’une portée symbolique jusqu’à aujourd’hui. Le malheur veut  qu’au contraire, sans ce malencontreux retour à l’OTAN, elle aurait pu se révéler précieuse à l’avenir. Et voici pourquoi.

J’ai moi-même exprimé  à diverses occasions de sérieuses  réserves sur l’opportunité de ce retour, pour des raisons essentiellement de prestige. Ce retour me paraît, en effet, comporter dans le contexte actuel, -celui de l’extension quasiment à l’infini des engagements et des territoires d’intervention de l’Alliance- des inconvénients,  voire des risques majeurs imprévisibles et non maîtrisables. En ce qui concerne les avantages, est-il possible sérieusement de se convaincre qu’une fois cette réintégration effectuée, la France pourra vraiment peser de tout son poids sur la prise de décision au sein de l’Alliance comme l’on l’a ingénument prétendu ? Et cela   alors que notre pays, avec un effort de défense ramené à sa plus simple expression depuis des années avec  1,8 % du PNB, ne dispose désormais que de capacités de défense extrêmement réduites, et d’ailleurs tendues à l’extrême. D’autant plus qu’en cas de désaccord majeur, il ne sera plus question de s’en aller derechef,  sauf à se couvrir de ridicule en multipliant les vraies et les fausses sorties. Mais peu importe. Car bien d’autres considérations beaucoup plus lourdes de conséquences sont associées à la démarche proposée. La France ne risque-telle pas tôt ou tard, d’être impliquée dans un conflit où pour s’exprimer brutalement, elle n’a aucun intérêt primordial ? En effet,  l’envoi de soldats  français en Afghanistan dans le cadre de l’OTAN dans une guerre qu’il me paraît difficile voire impossible de gagner, ou dans le détroit d’Ormuz [1], face à un Iran bientôt nucléaire, en cas de conflit avec un  Iran sans doute doté tôt ou tard de l’arme nucléaire, me paraît  riche de périls potentiels.  En cas de conflit grave,  la France sera désormais placée plus près encore de l‘épicentre d’un séisme majeur, alors que notre pays n’est nullement préparé à y faire face. Nous prenons, dans le cadre de l’Alliance atlantique, des engagements très importants, mais sans nous doter des moyens adéquats pour les affronter dans des conditions convenables, compte tenu de la faiblesse des ressources consacrées à la défense nationale.  Avant, avec l’OTAN, c’était la garantie contre le risque ; après, c’est le risque garanti.


4 L’Otan est-il un Club occidental contrôlé par les Etats-Unis ?


Ce n’est pas nouveau. Elle l’a toujours été. On disait à l’époque que l’OTAN avait été créé « to keep the US in, the Russians out et the Germans down » c’est-à-dire : « garder les Etats-Unis dedans, la Russie dehors et l’Allemagne en bas ». Mais ce  schéma simple et clair s’est singulièrement obscurci et compliqué depuis. J’ai été et je demeure résolument hostile à l’extension sans limite des missions de l’OTAN et de ses territoires d’intervention. Précisément parce que je demeure très attaché à la pérennité de l’Alliance atlantique. C’est, jusqu’à présent, une des seules organisations internationales qui ait réussi pleinement la mission qui lui avait été donnée, à savoir préserver l’Europe d’un conflit  majeur. C’est capital. Or cette boulimie d’activités supplémentaires, dont la plupart n’ayant rien ou peu à voir avec l’activité d’origine, empilées à la hâte pour justifier le maintien de l’organisation de Bruxelles au delà de la disparition de l’Empire soviétique me paraît éminemment suspecte et de nature à affaiblir gravement l’Alliance atlantique. Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe. L’OTAN est mise à toutes les sauces. Or elle n’a nullement vocation à jouer les gendarmes du monde sous le blanc manteau des Etats-Unis. A multiplier à l’infini les missions assignées à l’OTAN, l’on va inévitablement à un échec sanglant. Dès lors, la crédibilité de l’Alliance, jusqu’ici intacte, va gravement être mise en cause. L’OTAN va apparaître comme un « tigre de papier » comme le disent aimablement nos amis chinois qui, eux, ne s’en laissent pas conter. Et cela est grave. Or c’est bien ce qui risque de se produire en Afghanistan où les chances de remporter durablement la victoire   sont manifestement ténues, voire inexistantes. Toutes les péripéties récentes vont dans ce sens. Il ne fallait pas que l’OTAN aille en Afghanistan, ce « cimetière » de réputations  militaires, comme les Anglais puis les Soviétiques en ont fait tour à tour l’expérience amère. L’armée soviétique ne s’est jamais remise de son échec en Afghanistan et il faut y voir une des causes, et non  la moindre, de l’effondrement de l’URSS. Dans le meilleur des cas,  on pressent déjà ce qui va se passer, comme naguère à la fin du conflit vietnamien. L’OTAN va envoyer une poignée de troupes supplémentaires. Puis on va former des milices locales ; puis déclarer solennellement que la guerre est gagnée ; puis évacuer nos troupes. Et les Talibans seront de retour dans le quart d’heure suivant. La « burka » aussi. Un beau gâchis. Comme au Vietnam.

 

Il est d’ailleurs plaisant, pour la petite histoire, de voir le nouveau secrétaire général danois de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, jouer les « va-t-en guerre » au service des Etats-Unis. Quand j’étais en poste à Bruxelles, aux beaux jours de la Guerre Froide, on racontait  plaisamment que les Danois avaient installé des hauts parleurs à leurs frontières.  Dés l’arrivée des tanks soviétiques, ces hauts parleurs devaient se mettre en marche pour débiter inlassablement  à l’usage des envahisseurs ce message : « nous nous rendons, nous nous rendons ». Et voilà : maintenant que  la menace soviétique s’est évanouie ce petit pays profondément pacifique se transforme en foudre de guerre.

 

5 Si la Géorgie avait été membre de l’OTAN lors du conflit de l’été 2008, que se serait-il passé ?


Vraisemblablement rien. C’était, on s’en souviendra,  la réponse historique, et de bien fâcheuse mémoire, de Claude Cheysson, alors ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand, à propos de l’arrestation scandaleuse de leaders polonais par le général Jaruzelsky en décembre 1981 [2]. Je disais tantôt que la dilution à l’extrême des missions de l’OTAN contribuait à porter gravement atteinte à sa crédibilité. On pourrait en dire autant du nombre de ses membres. Ce n’est plus un Club, c’est un troupeau. A l’origine, l’organisation comptait 12 membres. A l’époque où j’y étais, ce chiffre avait déjà grimpé à 15. C’était encore gérable. Enfin, à peu prés. Puis avec la chute du Mur de Berlin, la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, suivie de la Roumanie et de la Hongrie, ont rejoint l’OTAN. Tout récemment, en avril 2009, on est passé à 28 membres avec l’adhésion de l’Albanie et de la Croatie. Imaginez les assemblées annuelles de l’OTAN où il faut subir les   28 discours de 28 représentants qui n’ont rien à dire  ou si peu. Déjà  difficilement supportable à l’époque, ce doit être aujourd’hui un vrai supplice. Sans compter la rédaction laborieuse, en nocturne évidemment, du communiqué final où chaque virgule compte: « NATO’s finest hours », « l’OTAN dans toute sa gloire » comme l’on disait à l’époque. Un véritable enchantement.

 

Mais cette inflation démesurée a son coût, au détriment de l’efficacité de l’Alliance. Il est lourd. En premier lieu, il n’est guère surprenant que la Russie se sente prise comme dans un étau, encerclée de tous côtés. Allez donc parler de détente ou de rapprochement dans de telles conditions. D’autant plus que les Etats-Unis envisagent  assidument de faire entrer dans l’OTAN la Géorgie et l’Ukraine, ces deux pays à l’équilibre politique précaire dotés de régimes instables. Croit-on que l’acquisition de ces deux pays renforcerait d’un iota la sécurité  collective de l‘Alliance atlantique ? Peut-on imaginer une seconde que la Géorgie, ayant derechef  maille à partir avec son puissant voisin russe, pourrait se prévaloir de  l’intervention armée des 27 autres pays de l’Otan, en vertu de l’application l’article V ? En fait, il ne se passerait rien, à part quelques déclarations ronflantes qui ne seraient suivies d’aucun effet. Et la crédibilité de l’Alliance, ce joyau précieux, serait en miettes. Un beau résultat. L’article V du Traité de l’Atlantique Nord, comme la dissuasion nucléaire, n’est pas fait pour être brandi à tout propos et à l’étourdie.  Accroître démesurément le nombre des membres de l’Alliance avec l’adhésion de petits pays instables, capricieux et « à problèmes » revient à réduire d’autant la capacité de l’OTAN à inspirer le respect et  à créer un effet de dissuasion en cas de crise vraiment grave [3].

 

6 L’Europe de défense est-elle encore possible et à quelles conditions ?


L’Europe de défense évoque plaisamment la célèbre Arlésienne de légende dont on attend toujours l’entrée en scène sans jamais la voir apparaître ou mieux encore, le fameux fusil de Tartarin de Tarascon que l’on chargeait toujours mais qui ne partait jamais. La raison en est simple. Une Europe de la défense repose, cela est évident, sur deux piliers. L’un est une volonté commune et l‘autre, un ou des budgets militaires communs portés à un niveau décent [4]. Depuis la création même de l’Alliance atlantique et avant même que l’on parle d’une Europe de défense,  ces deux conditions n’ont jamais été réunies. Je suis bien placé pour le savoir dans la mesure où l’évaluation de l’effort de défense des pays membres de l’Alliance était précisément ma responsabilité principale à  l’OTAN. Le seul pays européen qui ait consenti sur le long terme un effort de défense un peu supérieur à la moyenne est la Grande Bretagne, sans doute en raison de ses liens privilégiés avec les Etats-Unis (et sans doute aussi le souvenir lointain de l’Empire britannique) [5]. Tous les autres pays européens sans exception (sauf pendant quelques années la France pendant le mandat du Général de Gaulle),   qu’ils soient ou non membres de l’OTAN, ont laissé tomber au fil des ans leurs efforts budgétaires à un niveau   inacceptable. Cela leur a permis  tout juste de disposer de quelques forces de maintien de l’ordre, pour le Kosovo par exemple, ou de fournir quelques maigres contingents à des opérations extérieures montées par l’Amérique –Irak, Guerre du Golf, aujourd’hui Afghanistan- ou en Afrique pour la France. Mais que ce soit l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne, ils ont tous réduit leurs crédits militaires  au strict minimum. Et cela quelles  que soient les récriminations plus ou moins  stridentes des Etats-Unis  perpétuellement lassés d’assumer à eux seuls l’essentiel du fardeau de la défense commune de l’Europe. Ce sujet a constitué et constitue encore une constante pomme  de discorde au sein de l’Alliance.

 

OTAN – Chronologie animée de son extension

source novopress

 

En fait, une situation aussi paradoxale, et aussi durable, ne peut s’expliquer que par un consensus occulte entre les Alliés  que l’on pourrait analyser de la façon suivante : les membres européens de l’OTAN font semblant de contribuer à la défense commune,  et les Américains font semblant de s’en indigner. Car, en réalité, cette situation arrange tout le monde. L’Europe se sent protégée à moindre frais contre la menace extérieure, -hier l’URSS, demain l’Iran ou la Chine peut-être – par la puissance militaire américaine, notamment par l’ombrelle nucléaire obligeamment procurée par les Etats-Unis. Cela lui permet ainsi deréaliser de substantielles économies sur les budgets défense à hauteur de 1 à 2 points de pourcentage du PNB, voire davantage, chaque année. L’Europe est ainsi à même  d’alimenter ainsi des budgets sociaux grands dévoreurs de ressources (Paul Krugman, qui admire hautement le modèle social européen ne sait pas que c’est en fait l’armée américaine qui le finance indirectement). Les Etats- Unis, eux, consacrent  2 ou 3 points de PNB de plus que l’Europe à leur défense au détriment de leur système protection sociale qui est, on le sait, dans un état déplorable. Mais, en contrepartie, ils exigent de l’Europe qu’elle engrange en permanence, et depuis toujours, de prodigieuses quantités de dollars qui gonflent d’autant d’excessives réserves de change. Ce que  les banques centrales européennes hier, la BCE aujourd’hui, acceptent de faire sans broncher. L’équation peut ainsi s’analyser comme un échange équitable, sécurité contre réserves de change en dollars dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler le « contrat atlantique » [6]. Les Etats-Unis se satisfont  de pouvoir exercer un contrôle permanent, d’autant plus efficace qu’il est occulte, sur les velléités d’indépendance diplomatique d’une Europe en tutelle, laquelle se voit cantonnée dans le rôle modeste de  supplétif qui lui convient à merveille. Les tentatives de rompre un système aussi satisfaisant et  harmonieux sous de Gaulle ont promptement échoué. Il en est allé de même avec  de Villepin, acteur innocent, qui a cru que les  envolées lyriques de son  discours sur l’Irak à l’ONU le 14 février 2003 ferait se rompre ces liens de dépendance mutuelle comme la muraille de Jéricho s’est effondrée sous l’écho des trompettes de Josué. Les velléités d’indépendance du Général de  Gaulle et les incartades de  Villepin n’ont pas perturbé bien longtemps ce petit jeu qui perdure depuis plus d’un demi- siècle.

 

Dans un tel contexte, l’Europe de défense était morte née avant même d’avoir vu le jour. On s’est contenté de l’apparence sans substance, traités et états majors sans troupes ni équipements ni budgets. L’Europe de défense, comme le Christianisme selon un humoriste anglo-saxon, est une belle idée qui n’a jamais été sérieusement tentée. On en restera là aussi longtemps que l’Europe, peut-être  un jour trahie et abandonnée devant le danger, va devoir se résoudre à reprendre en main son destin et sa sécurité.

 

7 La politique de défense de la France à l’heure actuelle


La politique de défense de la France sur le plan extérieur est,  à  franchement parler, aventureuse dans la mesure où notre pays se lance dans des opérations risquées sans s’être doté des moyens suffisants pour y faire face, comme on l’a vu plus tôt. Avec 1,8 % seulement du PNB consacré à la défense, je le répète, les limites en crédits, en hommes et en équipements vont être rapidement atteintes. Il est vrai que les Américains seront là pour y suppléer complaisamment.

 

Tant qu’il s’agissait de l’Afrique, le risque était inexistant car aucune puissance ne se préoccupait sérieusement  de ce qui se passe sur ce continent perpétuellement déchiré (encore qu’avec le pétrole et la faim de matières premières de la Chine  la situation pourrait changer du tout au tout et le théâtre africain revêtir une importance stratégique inconnue jusqu’à présent). Mais, s’agissant du Moyen- Orient et de l’Afghanistan, aux portes du Pakistan nucléarisé, il en va tout différemment. Les prises de positions fracassantes de la France vis-à-vis de l’Iran, bientôt sans doute nucléaire, -prises, sans doute, à l’instigation des Etats-Unis -  ont une tout autre portée.  Avec 500 hommes à Abu Dhabi, la France s’est délibérément placée dans la ligne de mire de l’Iran avec une sorte de « Dien Bien Phu » moyen- oriental  à portée de tir des missiles iraniens. On peut se demander si Nicolas Sarkozy n’est pas en train de jouer avec le feu au risque de s’y brûler les doigts si les choses venaient à tourner mal.

Pour l’Afghanistan, l’opinion publique n’a pas encore fortement réagi aux pertes relativement légères essuyées par nos forces jusqu’à présent (sauf naturellement les familles des soldats tués au combat). Mais là encore, si le nombre des morts continue à augmenter,  ces pertes vont progressivement devenir insupportables, d’autant plus que l’objectif recherché sur ce théâtre d’opération lointain va paraître de plus en plus inaccessible et incompréhensible à l’opinion. Les Talibans n’ont pas attaqué la France sur son sol et l’Afghanistan n’est ni l’Indochine ni l’Algérie.  On peut également gager que l’opposition, jusqu’ici prudemment muette, ne va pas manquer  de se saisir du sujet et donner de la voix. L’occasion serait trop belle. La position du gouvernement appelé à se justifier publiquement pourrait dès lors se détériorer très rapidement en dépit des efforts d’une presse largement muselée et de médias étroitement contrôlés.

 

Mais l’autre partie de votre question appelle sa réponse. La menace est-elle purement militaire et extérieure ? Bien sûr que non. Ce n’est pas impunément que la France a laissé se constituer sur son sol  une présence de 5 à 6 millions de ressortissants d’origine étrangère dont bon nombre d’obédience musulmane. Il est heureusement exact que la très grande majorité de cette population d’origine immigrée ne demande qu’à vivre paisiblement sur le sol français. Mais cela ne veut pas dire grand-chose en cas de crise grave et  prolongée, au Moyen- Orient par exemple. Le terrorisme est toujours le fait de petites cellules actives, organisées et fanatiques qui se dissimulent dans leur communauté d’origine comme le poisson dans l’eau. Le fait que depuis les attentats à Paris de 1996 notre pays n’a pas connu de drames comme l’Espagne en a fait l’expérience  à Madrid en mars 2004 et l’Angleterre  le 7 juillet 2005 à Londres ne signifie nullement que la France est définitivement hors de danger. La menace reste toujours latente et bien présente. Ce calme trompeur pourrait bien être celui qui précède l’orage. Le répit dont nous bénéficions pour l’instant  témoigne surtout de l’excellence de nos services de renseignements avec plus d’une douzaine de complots terroristes déjoués et de celle des services de maintien de l’ordre, police et gendarmerie comprises. Mais la chance pourrait tourner à tout instant en fonction des circonstances. Dès lors, il faudra subir ou réagir.

Autres menaces, celles qui planent  sur nos possibilités d’accès au pétrole et autres ressources rares indispensables à la croissance. Mais c’est une tout autre histoire comme l’aurait dit Kipling.

 

Source: IHEDN(dont je suis membre) Posté par Novopress dans Europe, Monde, Politique le 29 juin 2010

Yves-Marie Laulan, propos parus dans Krisis numéro 34


[1] Remarquons au passage que cette décision spectaculaire n’a nullement empêché l’ Emirat d’Abou Dhabi, ingrat, de préférer les Sud Coréens à la France pour la construction de 4 réacteurs nucléaires.

[2] « Naturellement nous ne ferons rien » avait très exactement déclaré Claude Cheysson au grand dam  des commentateurs qui s’attendaient à autre chose de la part d’un ministre socialiste.

[3] Pour ceux qui aiment  l’histoire il faudrait évoquer le mécanisme implacable qui a déclenché quasi involontairement la guerre de 14/18. Cela donne à réfléchir.

[4] Depuis la création de l’Union européenne occidentale en 1954, ce ne sont pas certes les initiatives qui ont manqué avec la création de la brigade franco-allemande le 2 octobre 1989 puis la déclaration de Saint Malo de 1998.  Mais les bonnes intentions  n’ont jamais été suivies d’effet. L’occasion de créer une authentique Europe de défense avec la CED a été perdue en 1953 et ne s’est jamais représentée depuis. Ici, le Général de Gaulle a manqué de vision.

[5] Il faut rappeler  que la défense, que l’on peut définir comme un « investissement pour la sécurité » est, par définition, coûteuse. Cela a été vérifié de tous les temps. Or cet investissement est financé au détriment d’autres dépenses sociales  jugées également prioritaires.  La dépense de défense peut ainsi apparaître superflue et non prioritaire,  particulièrement en temps de paix. D’où la perpétuelle tentation de la maintenir au niveau le plus faible possible au risque de compromettre la sécurité et l’indépendance nationale.

 

[6] On pourrait de même identifier un système analogue, le « contrat Pacifique »,  pour le Japon, 7° Flotte contre dollars  et même « le contrat persique » au Moyen- Orient, pétrole saoudien à bas prix contre la protection américaine. Le trouble fête risque d’être la Chine qui n’a nul besoin de la protection militaire des Etats-Unis, ni même de dollars

 

 

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L'Immigration

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14:39 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : laulan, immigration, sécurité, otan, sarkozy, militaire, usa, défense | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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