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23/06/2010

Défense: Quelle politique industrielle ? - Sécurité!

« Défense et sécurité : la place des armées »

« Ne pas subir »

(Maréchal Jean de Lattre de Tassigny)

 

Le livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale, paru il y a près de 2 ans, fait référence au « continuum défense et sécurité » montrant ainsi qu’il n’y a pas de cloisonnement entre ces deux domaines. Cela signifie qu’aujourd’hui, la défense de la France et la sécurité des Français sont davantage liées qu’autrefois, même si ce n’est pas nouveau. Pour autant ces deux notions demeurent  très distinctes et ne doivent en aucun cas être confondues.

 

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Des différences fondamentales entre armées et forces de sécurité

Il serait absurde en effet de confondre l’environnement, les missions, les moyens et les hommes qui agissent dans ces deux espaces. L’armée, qui assure la défense du pays, intervient essentiellement à l’étranger, dans l’espace aérien et les approches maritimes de la France, compte tenu des moyens nécessaires, tandis que la police et la gendarmerie agissent, sauf cas très particuliers, sur le seul territoire national.

Le soldat se bat contre un adversaire organisé et souvent bien armé sur des théâtres où l’état de droit est très dégradé, voire inexistant, tandis que le policier et le gendarme interviennent sur le territoire de la République, dans un cadre juridique clair, face à des hommes qui ne respectent pas la loi.

Un délinquant n’est pas un ennemi ; son traitement ne nécessite pas les mêmes moyens. Ceux dont disposent les armées sont naturellement sans commune mesure avec ceux des forces de sécurité intérieure. En effet, les besoins ne sont pas du même ordre.

 

Certaines  capacités militaires adaptées aux situations de catastrophe

Pour autant, les armées - 220 000 soldats, marins et aviateurs - qui assurent la défense de la France et de ses intérêts stratégiques dans le monde, ainsi que la protection des Français hors de nos frontières, agissent déjà régulièrement en coordination étroite avec les forces de sécurité intérieure - 250 000 policiers et gendarmes - et avec les unités de sécurité civile - 260 000 hommes – tels que les pompiers et les unités spécialisées dont certaines, d’ailleurs,  sont constituées…de militaires.

Certains moyens, destinés à être utilisés lors des opérations de guerre dans des zones disposant d’infrastructures sommaires, sont particulièrement bien adaptés lors des catastrophes naturelles ou industrielles. Nous l’avons vu récemment à Haïti et en  Vendée. Les véhicules tout-terrain, les hélicoptères légers et de transport, les engins de travaux publics et les équipements de dégagement d’itinéraires dont dispose l’armée de terre, sans oublier les bâtiments de la marine nationale spécialisés pour lutter contre la pollution ou pour débarquer des matériels et du fret en l’absence d’infrastructures portuaires, se révèlent être d’un grand intérêt et sans toujours d’équivalents civils.

Les armées disposent enfin de capacités remarquables de soutien sanitaire d’urgence (avions médicalisés, navires-hôpitaux et hôpitaux de campagne modulaires) bien adaptés pour compléter les moyens civils d’urgence existants.

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L’armée n’a pas à se substituer aux forces de sécurité intérieure

Mais il est reconnu par tous que les armées n’ont pas vocation à  intervenir sur le sol national de façon permanente. Elles ne doivent agir que lors de crises, de manière  ponctuelle en renfort et non en substitution des moyens civils.

Aussi, on est en droit de s’interroger sur les raisons pour lesquelles les forces armées fournissent en permanence, depuis les attentats de Londres, en juillet 2005, plus d’un millier de soldats pour patrouiller dans les grandes villes et les aéroports dans le cadre du plan Vigipirate, alors que cette  tâche incombe normalement aux forces de sécurité intérieure. Auparavant, lors des vagues d’attentats terroristes des années 85 et 95 puis des attaques de New-York et de Madrid, ces interventions militaires avaient un sens car elles correspondaient à une  réaction à l’apparition brutale d’une menace avérée. Application exagérée du principe de précaution ou simple solution de « confort » pour les forces de sécurité, quelle qu’en soit la raison, la présence de soldats en armes est devenue banale et a perdu toute signification, et ce, au moment où les armées éprouvent des difficultés à satisfaire leurs propres besoins pour les opérations extérieures.

 

On comprend qu’en situation insurrectionnelle, ce n’est pas le cas aujourd’hui, l’armée puisse fournir des moyens, non plus seulement de soutien (santé, génie, transport aérien) mais également de renseignement, voire de combat. Il s’agirait alors d’une situation dans laquelle les forces de sécurité intérieure seraient dépassées et n’auraient pas les moyens de coercition suffisants pour restaurer la sécurité et assurer le bon fonctionnement des institutions.

 

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Préparer la coopération en cas de crise intérieure grave

Rappelons que l’armée, grâce à ses composantes sous-marine et aérienne, est en mesure de mettre en œuvre 24 heures sur 24 l’arme nucléaire qui constitue aujourd’hui encore la garantie de notre indépendance. Elle dispose d’armes conventionnelles puissantes lui permettant de remplir toute une gamme de missions seule ou avec nos alliés. Elle dispose enfin de moyens importants pour agir sur le territoire national en appui des forces de sécurité et, en cas de troubles graves, directement pour  restaurer l’intégrité du territoire, assurer la protection et garantir la liberté de circulation des Français.

 

 

Défense et sécurité demeurent deux responsabilités centrales de l’Etat. Cependant, les moyens pour les assurer ne relèvent pas de la même logique et ne sont pas de même nature.

Pourtant il n’est plus possible de les dissocier ;  il est même indispensable de bien identifier les domaines et responsabilités de chacun  pour préparer l’emploi coordonné de la police et de la gendarmerie avec l’armée dans l’hypothèse d’une crise intérieure grave dont il serait irresponsable de ne pas en prévoir le risque dès aujourd’hui.

Source:

ASSOCIATION de SOUTIEN à l’ARMEE FRANCAISE                                    19 juin 2010

18, rue de Vézelay

75008 PARIS

www.asafrance.fr

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L'air est connu : la France n'a plus les moyens de conserver l'ensemble de ses compétences dans l'industrie de défense.

 

Pourtant, dans les années 1960, elle n'avait pas plus de moyens. Mais de la rencontre d'une volonté politique avec des programmes ordonnés à une même vision nationale est née une industrie florissante, pointue, créatrice d'emplois. Ce qui manque aujourd'hui, c'est une impulsion venue d'en haut capable de forger une vision collective. A suivre les débats récents sur la loi de programmation militaire 2009-2014, et sans sous-estimer la dureté des temps, on est tenté de s'interroger : la politique industrielle de défense française se transforme-t-elle en un "sous-ensemble flou" ? Dans ce domaine pointu, et pourvoyeur d'emplois (plus de 100.000 pour la seule branche armement), on ne parle plus que d'une chose : "sauver les bureaux d'étude". Le modèle économique tend ainsi à ressembler à celui de la sébile. On préserve ce qui peut l'être d'un ensemble de compétences et de laboratoires unique en Europe, tandis que dans les dîners en ville se joue en sourdine la petite musique blasée du repli sur des "niches" industrielles, le tout dans un ensemble transatlantique fonctionnant par subsidiarité.

 

http://ec.europa.eu/enterprise/sectors/defence/media/photos/defence-policy.jpg

 

Conserver en France l'ensemble du spectre des capacités de défense serait "irréaliste". Il serait temps de cesser de nous prendre pour ce que nous ne sommes plus. Sagesse ? Mais si l'on se trompait de référentiel ? Et si, dans l'orbe régalien de la défense, situé au cœur de l'économie réelle, le problème était non de l'ordre de la technique ou du budget, mais bien de l'ordre de l'esprit, et de son collatéral obligé, la volonté ? Tout à la fois idées-forces et mots d'ordre, l'indépendance et la souveraineté ont irrigué le tissu industriel de défense, des années 1950 aux années 1990. Elles l'ont même, osons le mot, transcendé. Nostalgie d'un temps qui n'est plus ? L'objection est peu recevable : période de croissance ou pas, la France n'était pas plus "riche" hier qu'aujourd'hui, en valeur absolue comme en valeur relative. Une politique industrielle de défense en quête de sens La situation n'était pas moins "désespérée". Les Cassandre pas moins nombreuses. D'un pays ruiné par la guerre, aux structures industrielles démontées, ont néanmoins surgi ces édifices régaliens que sont le nucléaire, l'aéronautique et l'espace. Ces édifices ont créé des millions d'emplois, irrigué l'innovation, nourri le tissu des PME. Les budgets n'expliquent pas tout : car ce que l'on considère aujourd'hui comme le nec plus ultra de la technologie mondiale procède en grande part d'une série de "bricolages" sublimes. Il suffit pour s'en rendre compte de discuter avec certains ingénieurs des années 1960, chez Snecma, Dassault ou Astrium. Qu'est-ce qui motivait les artisans de ce tour de force, chez les industriels comme à la Délégation générale de l'armement ou au Commissariat à l'énergie atomique ? Pas de miracle, en l'occurrence. Mais la rencontre entre une volonté politique et des programmes ordonnés à une même vision nationale.

 

http://1.bp.blogspot.com/_CiF76S9uBkE/SxvJoU0G28I/AAAAAAAAAGo/w6cjC8SVo2c/s400/DassaultRafaleNeuron.jpg

 

Laisser le soin de cette vision au marché ou à des alliés, aussi "bienveillants" fussent-ils, eût semblé irrationnel. L'ardeur, l'inventivité et l'implication des hommes, ne fut que la conséquence de cette impulsion venue d'en haut, clairement énoncée, et soutenue quoi qu'il en coûte. Un jeune ingénieur, en sus du défi technologique, pouvait se projeter dans une réalisation collective soutenue par une volonté unanime. Il y avait bien là une logique de création, non de rente frileuse ou d'optimisation, euphémisme du renoncement progressif. En France, "l'indépendance" a cadré la trame industrielle de défense des trente dernières années. Quelle sera la trame de l'avenir, sur laquelle se grefferont les nouveaux Airbus, les nouvelles Ariane, les nouveaux Rafale ? La perspective européenne est loin d'être caduque, sauf que ses engrenages et ses dispositifs donnent l'impression très nette de fonctionner "à vide". En attendant, que faire ? Les drivers technologiques à potentialité régalienne ne manquent pas : intelligence artificielle, aviation du futur, défense antimissile exo-atmosphérique et accès à l'espace, énergies alternatives, et la dissuasion, toujours. Mais pour faire les bons choix, il faut peut-être dépasser le comment ou le combien et se demander pourquoi l'industrie de défense ferraille dans l'arène internationale. En somme, mieux qu'un budget, retrouver une vision, exprimée en termes de destin collectif. Le destin, une notion dépassée ? Erreur, surtout un 18 juin. L'industrie régalienne, par nature, a besoin de sens.


Olivier Zajec, directeur adjoint (Prospective et Stratégie) à la CEIS

 

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14:21 Écrit par HUMANITAS dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sécurité, défense, armée, industrielisation | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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