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15/06/2010

Le libéralisme par Jean-Claude Cazanova

Libéralisme

Jean-Claude Cazanova

 

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cliquez l'image source de l'interview

en lire la globalité, ci-dessous écrits partiels

 


Les Français ont utilisé puis déformé trois mots classiques inventés par les Anglais, qui sont "libéral", "conservateur" et "radical". Les Anglais qui ont forgé ces trois mots pour désigner les trois familles politiques de l’âge moderne, en ont conservé le sens et l’usage. Les Français, plus malins ou plus confus en politique, ont tourné autour de chacun de ces mots et en ont fait varier le sens au fil du temps. "Radical", comme vous le savez, s’applique à Monsieur Tapie ou à Clémenceau et à quelques autres comme Caillaux, Herriot, Alain ou Borloo, tous plutôt conservateurs par rapport a n’importe quel "radical" anglais ou américain. Le mot "libéral" a connu ce genre d’avanies, mais enfin il a été revendiqué et porté en France, au XIXe siècle, avec le même sens qu’en Angleterre. Il désigne le parti de la liberté, et dans l’esprit d’Aron, et je crois de nous tous, libéral est toujours pris dans son sens politique. Il désigne ceux qui défendent les libertés publiques, le régime représentatif, la liberté d’expression, les droits individuels, la propriété privée, la concurrence et le libre échange. Vous savez que pendant tous le XXe siècle beaucoup de pays et beaucoup d’intellectuels, particulièrement en Russie, en Italie et en Allemagne ont condamné, refusé, combattu, emprisonné des libéraux. Vous savez aussi que la France est le pays qui a compté le plus d’admirateurs, parmi ses intellectuels, ses artistes et ses écrivains, de Lénine, Staline, Hitler, Mao, Castro et de quelques autres moins importants. Le libéralisme est une tradition intellectuelle française puissante, aussi puissante que la tradition anglaise, mais qui, en France, est restée minoritaire et a moins influencé notre histoire que le libéralisme anglais depuis la Glorieuse Révolution et la Révolution américaine n’a façonné le monde. Notez que Montesquieu est marié à une protestante, et que comme Voltaire, il admire  l’Angleterre : c’est le "parti de l’étranger" en quelque sorte. S’il y avait eu des gaullistes au XVIIIe siècle, comme ceux du XXe ont dénoncé l’atlantisme d’Aron, ils auraient dénoncé Montesquieu, et par la suite encore, plus Benjamin Constant ou Madame de Staël, qui sont également du "parti de l’étranger" et par-dessus le marché  protestants et même suisses, bien que Benjamin Constant ait revendiqué la nationalité française. Tocqueville, lui, est incontestablement un aristocrate français, marié à une anglaise cependant, et de centre gauche pendant toute la période où il fait de la politique, et devient ministre de la République. Aron a toujours revendiqué cette tradition. Il a écrit une phrase que nous citons souvent : "la tradition libérale en France ce sont Montesquieu, Benjamin Constant, Tocqueville" et il ajoutait, un des hommes qui l’a le plus influencé : Élie Halévy. À cette lignée, nous, nous ajoutons Aron, et nous essayons d’imiter en admirant, de comprendre ce qui est nouveau et de défendre les mêmes principes.

 

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nonfiction.fr(source de cette interview) : Est-ce que l’opposition ne tourne pas, justement, principalement autour de la définition de la liberté ? Est-ce que finalement le socialisme tendrait à dire que le libéralisme n’est pas une liberté réelle et proposerait une autre forme d’émancipation ? Et comment pourrait-on peut-être caractériser, pour clarifier justement les termes, le projet de liberté propre du libéralisme, et en quoi est-il distinct de celui du socialisme ?

Cela dépend de quel socialisme on parle. Parce que c’est un mot qui recouvre aussi des choses extrêmement différentes. Qu’est-ce qui reste du socialisme ? Peu de choses. Si vous prenez les partis, laissons le cas de la France, d’abord vous constatez qu’il n’y a jamais eu de parti socialiste influent aux États-Unis, néanmoins il y existe une tradition démocrate et une tradition "libérale". Or les États-Unis incarnent le monde moderne et l’Europe ne fait que les imiter. Le socialisme européen se transforme lentement en parti démocrate américain depuis un siècle. Les Anglais et les Allemands sont les premiers de la classe ; les Français les derniers. En quoi la gauche américaine se différencie-t-elle des purs libéraux économiques ? Essentiellement par la fiscalité et par les mécanismes de redistribution. Ce sont les seules différences. Peut-être avec une tendance protectionniste. Sur les droits civiques ou les libertés individuelles l’opposition est entre conservateurs et libéraux, le socialisme est étranger au débat. Sur ces trois problèmes politiques qui sont la progressivité de l’impôt, l’importance relative de la fiscalité qui favorise l’importance de la puissance publique et la redistribution, et enfin le degré de protection – le degré de protection étant d’une certaine façon une forme de nationalisme – vous trouvez peu de libéraux protectionnistes mais vous trouvez des libéraux qui acceptent un protectionnisme éducateur, si vous trouvez naturellement des socialistes protectionnistes, vous trouvez aussi des socialistes libre-échangistes. Marx était pour le libre-échange. Comme il était très intelligent, il comprenait que quand on est protectionniste, cela veut dire qu’on préfère un national à un étranger, et que si on préfère un national à un étranger, ça veut dire qu’on n’a pas tout à fait une conception universaliste. Si vous pensez que c’est mieux de préserver un agriculteur breton qu’un agriculteur argentin, c’est parce que vous pensez que le breton est, à vos yeux, supérieur à l’argentin. Donc d’une certaine façon, si je voulais m’amuser je dirais que tout protectionniste est un raciste, et ainsi je rendrai hommage à la religion de l’époque pour laquelle toute différence entre les hommes est bannie.
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Les libéraux économiques sont des libre-échangistes. Mais, si vous prenez un libéral non orthodoxe comme Keynes, vous constatez qu’il pense que les Anglais méritent un peu mieux que les autres, notamment que les Argentins, que 1929 va ruiner, et à partir de 1930, il devient mercantiliste. Il le dit lui-même, il adopte le mot qui définissait la doctrine économique de l’Espagne du XVIe siècle.

Toutes ces remarques dispersées pour vous dire que le socialisme, comme doctrine, est une hérésie chrétienne née au début du XIXe siècle, issue d’un passage des Actes des Apôtres, transformé en une utopie d’organisation économique opposée au capitalisme de marché. Sous ce double aspect, le socialisme a disparu. Il reste le capitalisme, le libre-échange que l’on baptise mondialisation, et surtout la démocratie. Pour plaire aux électeurs et à cause des pesanteurs idéologiques, il existe en Europe des socialistes. Vous m’accorderez que Marx penserait le plus grand mal d’eux. Et que les libéraux peuvent penser qu’ils ne sont pas différents d’eux, qu’il y des questions à débattre, des problèmes à élucider et des élections à gagner.
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19:11 Écrit par HUMANITAS dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : libéralisme, jc.cazanova | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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