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31/05/2010

Réforme de l'Etat, voire davantage changer les institutions!

Le changement de raisonnement, clé de la réforme de l'État

1 - La crise de l’État est universelle, du moins dans tous les pays développés. Elle est le résultat naturel et inéluctable de la révolution des activités humaines à laquelle nous assistons - l’élimination progressive des activités d’exécution et la transformation des pratiques manageriales et du cycle économique qui les accompagne.
L’État actuel est touché à deux niveaux à la fois, dans ses moyens et dans ses méthodes, d’une part, car il est la plus grande entreprise de services d’un pays moderne et dans ses objectifs, d’autre part, : servir une Société travaillant essentiellement sur le relationnel et l’immatériel.

 

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la Belgique ici, l'Etat poulpe

 

2 - Dans la plupart des pays occidentaux, des efforts considérables sont déployés pour faire face à cette crise, particulièrement en développant des modèles d’intérêt général fondés sur des raisonnements en système et non plus hiérarchiques.
La singularité de la France dans ce domaine, c’est son retard à expérimenter et à innover. Son attachement aux modèles anciens n’est pas dû à son hostilité à l’ultralibéralisme mais à la force de ses propres modèles élitiste, hiérarchique et déductif.


3 - Le modèle social est le plus souvent évoqué. Il est fondé sur l’existence d’une super élite très peu nombreuse sélectionnée trop tôt, sans expérience pratique, qui a vocation à occuper les grands postes de l’État et des affaires.
L’écart entre cette super élite et le reste des cadres de l’État entraîne naturellement une tendance au comportement hiérarchique qui reste, malgré ses efforts, le seul moyen de l’élite de peser sur la réalité. D’où, la difficulté à s’affranchir d’une tradition anachronique d’autoritarisme inefficace. Ce modèle a aussi, bien sûr, sa source dans les pratiques de formation de cette élite qui sont particulièrement contraignantes : ascèse des classes préparatoires et des concours, insistance sur les connaissances formelles et la logique du raisonnement.
Le modèle intellectuel est peut-être ce qui reste le plus profond. Il est fondé sur la priorité de l’idée et un certain mépris pour la mise en oeuvre. " L’intendance suivra " est un aphorisme qu’on ne retrouve qu’en France.

 

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L'idée est bonne et nécessaire, quoique c'est un changement d'institution et non une réforme, mais qu'attendez-vous ?

 

4 - La réforme de l’Etat en France est essentielle. Elle ne pourra réussir que si la France s’ouvre aux échanges dans le grand mouvement de réforme qui est en train de s’accomplir avec la rénovation des politiques publiques, à partir de techniques d’écoute et d’analyse permettant de meilleures prises de décision, d’une part, et une véritable évaluation de leurs résultats, d’autre part.
Au lieu de revendiquer l’exception, nous devons à tout prix jouer notre rôle de partenaire actif d’un changement majeur de civilisation. Cette ouverture au changement doit créer un climat ouvert à l’expérimentation et à l’innovation.


5 - La rénovation du système des grandes écoles et surtout des deux majeures, l’école Polytechnique et l’ENA, est la condition et le moyen de ce changement de raisonnement indispensable.
Ces écoles doivent devenir des foyers intellectuels pratiquant, au plus haut niveau international, recherche, conseil et formation.
Pour qu’elles s’écartent du modèle de raisonnement unique qui est encore le leur, il faut qu’elles ne prennent leurs étudiants que plus âgés, après une demi-douzaine d’années d’expérience, et que leur enseignement soit fondé sur la discussion de cette expérience.


La formation, elle-même, doit avoir pour objectif : l’apprentissage de l’écoute - les responsables français sont encore formés à tout savoir, donc à ne pas écouter - la gymnastique de l’analyse et de la stratégie. Les élèves devraient, d’autre part, apprendre sur le terrain les techniques d’évaluation et les modes de réflexion stratégique pour la préparation des décisions.

Par Michel CROZIER

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L'État et la crise de la politique

En Occident, la tendance est, semble-t-il, celle-ci : l’État change de statut. Il occupait une position suréminente, il se subordonne à la " société civile " ou à ceux qui parlent en son nom, il s’accommode de l’emprise croissante de logiques instrumentales : les découvertes techniques, le processus du marché tracent la route. Quel est notre avenir ? Il apparaît qu’il ne dépend plus guère de choix collectifs incarnés et portés par l’État. La politique est découronnée.

 

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En un sens, cette vision des choses est une illusion. L’extension des droits (des individus et des groupes), les progrès de la technique, le développement du marché dépendent aujourd’hui comme hier de conditions politiques : la paix internationale et la paix civile, la liberté d’expression, des droits de propriété, la liberté des échanges etc. La politique conserve son statut à part : elle conditionne les activités des hommes. Que par malheur et par extraordinaire, une guerre civile éclate dans un pays d’Occident ou une dictature s’installe et la dimension architectonique de la politique éclatera à nouveau à tous les regards. Si aujourd’hui le rôle clef de la politique est peu visible, l’une des raisons en est le succès même de la politique. Ce succès est à porter au crédit de la politique moderne (version libérale) : les hommes s’accordent sur la manière de se gouverner et les nations sur la manière de coexister et de coopérer. Le régime démo-libéral est devenu un régime incontesté et les démocraties libérales ne se font pas la guerre. Le progrès est indéniable.
En un autre sens cependant, les propositions de départ disent vrai. Le succès de la politique moderne va de pair avec une crise de la politique et par voie de conséquence de l’État. Cette crise se manifeste ainsi : la politique se vide de substance, elle se réduit à des procédures, par là elle se dérègle ou se prête à des dérèglements.1- Sur l’ambivalence de l’égalité moderne
On s’accorde généralement sur ce qui est au coeur de l’esprit moderne : l’idée d’égalité couplée avec celle d’émancipation. Les hommes sont égaux ou appelés à l’être, ils sont également émancipés ou destinés à l’être. L’égalité moderne est une conquête qui donne aux hommes leur vrai statut : ils deviennent majeurs. Seulement à partir de là, les difficultés commencent : il y a bien des manières de comprendre cette égalité et cette émancipation. Comment les Modernes les entendent-ils ? Les hommes sont égaux, ils sont également libres, au nom de quoi, jusqu’à quel point ? Ou autrement dit : ces idées modernes sont-elles un développement ou un redressement de la pensée d’avant ou marquent-elles une rupture radicale ? Ces questions sont disputées, elles divisent de grands esprits parfois à l’intérieur d’eux-mêmes. Tocqueville dit deux choses qui s’accordent mal : 1/ L’avènement de l’égalité moderne n’est pas un épisode de l’histoire humaine mais quelque chose d’immense et de prodigieux. Le vieux monde prend fin, un monde neuf se dessine, l’homme change d’horizon. 2/ Ce changement est l’aboutissement d’un long processus qui travaille les sociétés occidentales depuis la naissance du christianisme. L’égalité n’a cessé de progresser à travers les siècles, sa marche est irrésistible et même providentielle. Si les secondes propositions sont justes, les premières doivent être revues et corrigées : il y a de l’ancien dans le nouveau. Tocqueville bute en particulier sur le rôle historique du christianisme. Pour quelles raisons ? La pierre d’achoppement se situe, semble-t-il, ici : à ses yeux, le monde nouveau est d’un seul tenant parce que les mêmes principes y sont à l’oeuvre partout. Mais avec le recul que nous avons, le monde moderne nous apparaît plus composite qu’il ne le dit. Derrière l’apparente unité des principes générateurs, il y a des interprétations très différentes. Par là on peut expliquer que le monde moderne est à la fois l’héritier et l’adversaire du monde classique-chrétien.
La proposition reste vraie, semble-t-il, si l’on s’en tient à la seule modernité libérale. En d’autres termes, la modernité libérale est ambivalente. Le vocabulaire est trompeur. Il y a égalité et égalité, émancipation et émancipation, et par voie de conséquence démocratie libérale et démocratie libérale, droits de l’homme et droits de l’homme... Une ligne de partage invisible sépare les différentes versions des mêmes principes. Soit l’idée moderne d’égalité. Elle est tendue entre deux conceptions. La première relève d’une interprétation substantielle. Les hommes sont égaux, ils ont vocation à être également libres parce qu’ils partagent une même humanité, parce que cette humanité commune leur confère une dignité qui interdit de forcer les consciences. La qualité d’homme donne des droits. L’idée n’est guère explicitée mais le fonds de l’affaire est un mystère : cette dignité attachée à l’être humain même quand il n’a pas encore ou n’a plus sa raison, cette dignité qui est nôtre et ne dépend pas de nous. Ici le legs de l’ancien - l’idée chrétienne de personne - se mêle au nouveau - la rupture avec un ordre politico-religieux qui avait partie liée avec le christianisme.
D’un autre côté, l’esprit moderne est animé par un mouvement d’émancipation qui pointe vers une conception différente de l’égalité. Les hommes sont égaux non pas parce qu’ils partagent quelque chose de substantiel qui les fait hommes mais au contraire par défaut de substance. Le propre de l’homme est son indétermination et donc sa liberté pure : rien n’est donné, chaque individu est son propre souverain, chacun est la mesure de son bien. La nature s’efface au bénéfice de la volonté. L’égalité substantielle dit que les hommes sont semblables par delà leurs différences, cette égalité dit que les hommes sont semblables parce qu’il n’y a pas de différences significatives. En ce sens elle est une égalité par défaut. Le nouveau ici tend à gommer l’ancien. Nul héritage mais des fondations nouvelles.
Si l’on passe de la distinction entre les deux directions de pensée au cheminement précis des idées, les choses deviennent compliquées ou confuses. Qu’il suffise ici de repérer un moment de basculement. Ce sont les années 1960. Notre monde entre alors dans une nouvelle période qu’on peut appeler celle de la modernité tardive où l’égalité substantielle agit toujours mais où l’égalité par défaut donne de plus en plus le ton. La conception du régime politique suit et avec elle, celle de la communauté politique.2- Sur la mutation de la démocratie libérale
Les deux versions de l’égalité commandent deux versions de la démocratie libérale, la version substantielle et la version procédurale. La ligne de pente est tracée par l’égalité par défaut : nos démocraties libérales deviennent de plus en plus procédurales.
Quelle est cette version procédurale ? Le monde de l’égalité par défaut, celui des hommes émancipés, ne connaît que des fins particulières : chacun est juge de son bien et personne ne s’égare. Il s’ensuit que la politique n’a plus rien à voir avec les " horizons de signification " (Charles Taylor). Le régime démo-libéral se réduit à des règles formelles qui doivent permettre aux hommes de poursuivre pacifiquement leurs objectifs propres. Autrement dit la raison humaine est impuissante à fonder un quelconque accord substantiel entre les hommes, elle n’a d’autre objet que la recherche d’un accord formel entre des acteurs qui n’ont rien en commun. Les hommes en désaccord doivent s’accorder sur des règles du jeu qui leur permettent de vivre dans le désaccord. La raison politique est purement procédurale.
La démocratie libérale dans cette optique n’est rien d’autre qu’un cadre juridique formel, elle se définit et se définit seulement par deux règles du jeu fondamentales. La première est la règle démocratique qui s’applique dans la sphère publique ou politique. Cette règle institutionnalise les désaccords et met en place une procédure d’arbitrage : le suffrage universel et la loi de la majorité. D’un point de vue formel, cette procédure se suffit à elle-même. Le citoyen n’est pas investi d’une dignité propre, il détient son bulletin de vote pour les raisons mêmes qui justifient l’autonomie de l’individu, des raisons essentiellement négatives. Les qualités des acteurs importent peu, le système pourvoit à tout. La démocratie est une mécanique qui est en ordre de marche dès lors que chacun en respecte des procédures.
La seconde règle est la règle libérale (version formelle) qui vise à neutraliser les désaccords, les différences d’opinion quant à la manière de vivre. Elle s’énonce comme suit : ces questions échappent totalement à la sphère politique, elles ne relèvent que des choix souverains des individus. L’État se veut neutre, agnostique face aux différentes " valeurs " et aux différents " styles de vie ", et une frontière étanche sépare le public et le privé. La politique est laïque dans un sens radical, son indifférentisme s’étend aux moeurs. De ce point de vue, l’économie de marché a de grandes vertus, elle se passe de tout accord autre que sur les règles du jeu, elle organise la coopération sans nul besoin d’un consensus. La relation entre producteurs et consommateurs, commerçants et acheteurs est une relation impersonnelle, indifférente aux convictions et à la manière de vivre du partenaire. Le bon fonctionnement du marché n’exige aucun accord substantiel, un accord formel suffit.
La version substantielle de la démocratie libérale ne récuse pas ces règles du jeu - le régime a par nature une dimension procédurale -, mais elle les interprète différemment. Le point essentiel est celui-ci : les règles du jeu ne suffisent pas à faire du régime démo-libéral un bon régime. Nul système n’est providentiel, les procédures n’engagent pas les choix, beaucoup dépend des conduites des acteurs. Considérons à nouveau le citoyen. Les droits politiques traduisent la reconnaissance de sa qualité de créature raisonnable, capable de choix et du souci de l’intérêt commun. Il en résulte que le vote doit avoir la solennité qui convient à l’exercice d’une magistrature et qu’il doit être préparé, agencé de manière à faire prévaloir autant que possible la raison sur les passions et le bien commun sur les intérêts particuliers. La volonté du peuple ne se confond pas avec le caprice d’un moment, ni la démocratie libérale avec de simples procédures.

 

 

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De ce point de vue, la politique procédurale fondée sur l’égalité par défaut, si elle a la force des idées simples, a pour vice majeur d’effacer nombre de distinctions essentielles (ou substantielles) : entre un peuple corrompu et un peuple sain, un démagogue et un homme d’État, les passions et la raison, les procédures et les formes, le bien commun et la sommation d’intérêts particuliers. Ce faisant, elle dévalue les fins de la politique. Ce faisant elle s’attaque également à la communauté politique elle-même en tant que communauté historique concrète.3- Sur l’érosion de la communauté politique
Sous l’empire de l’égalité par défaut, les liens entre les hommes deviennent formels ou abstraits. La cité se réduit à un agrégat d’individus que ne s’accordent que sur le respect du règlement. Qu’est-ce qu’être français ? C’est respecter la démocratie et les droits de l’homme. Qu’est-ce qu’être européen ? C’est respecter la démocratie et les droits de l’homme. Il n’y a plus de différence entre être français ou être américain. Il n’y a d’autres limites à l’extension de l’Europe que le respect des règles du jeu. L’universel de la citoyenneté dévalue les attachements particuliers forgés par l’histoire. Les thèses multiculturalistes disent : le vivre-ensemble n’implique aucune solidarité élective, aucune affinité particulière, les différences ne font aucune différence. Ou plus précisément : les différences sont un bien parce qu’elles érodent le particularisme de l’identité nationale. La politique doit suivre, c’est-à-dire plier. Soit la question de l’immigration en France : elle n’est plus guère posée comme un problème politique français qui doit être traité en termes politiques (c’est-à-dire dans une perspective englobante en arbitrant entre les raisons dans le sens de l’intérêt public) mais bien davantage comme un problème exclusivement moral où les droits individuels gomment le reste et en particulier le souci des liens d’attachement. Toutes ces idées pointent vers l’idéal de l’homme cosmopolite ou du citoyen du monde. La relation humaine universelle efface les relations particulières.
La perspective substantielle dit autre chose : la condition humaine est tendue entre l’universel et le particulier. L’unité du genre humain ne saurait effacer le caractère historique concret de l’existence humaine et ses conséquences : l’attachement au nous, au chez soi. Après la chute de l’Autriche, Stefan Zweig fut contraint à l’exil et condamné au statut d’apatride. Voici son témoignage : " Il ne m’a servi à rien d’avoir exercé près d’un demi-siècle mon coeur à battre comme celui d’un " citoyen du monde ". Non, le jour où mon passeport m’a été retiré, j’ai découvert à cinquante-huit ans, qu’en perdant sa patrie on perd plus qu’un coin de terre délimité par des frontières " . Les progrès de la conscience de l’universel sont sans doute un progrès mais pourvu qu’ils ne jouent pas contre les affections naturelles qui commencent par le plus proche, pourvu aussi que l’homme n’y perde pas toute consistance - qu’y a-t-il d’aimable dans une humanité réduite à une liberté indéterminée ?
Le souci du bon fonctionnement de la démocratie plaide dans le même sens. Le régime requiert des liens communautaires qui, jusqu’à nouvel ordre, sont toujours des liens particuliers. Pourquoi cette exigence ? La société politique démocratique est un lieu où la minorité doit tenir pour légitimes les décisions prises par les représentants de ses adversaires, elle est aussi le lieu par excellence où s’exerce la solidarité et donc où s’opèrent des transferts de ressources. Ce prix à payer est supportable et supporté dans les régimes occidentaux pour deux raisons : 1/ parce que nos démocraties sont libérales (et la règle libérale limite la portée et le coût de la règle démocratique) ; 2/ grâce aux liens communautaires forgés par le sentiment d’appartenance commune. Il en résulte que le régime ne peut guère se passer d’une substance extérieure à lui-même : une mémoire partagée, des références identiques, la conscience d’un destin commun. En ce sens, vouloir éliminer la nation et, comme le propose J. Habermas, forger une Europe postnationale sur la base d’un " patriotisme constitutionnel " (autrement dit procédural), c’est préconiser une citoyenneté faible, une société politique sans consistance, c’est aussi prendre le risque de saper certains des fondements de la démocratie libérale.4- Sur la corruption de la démocratie libérale (esquisse)
La version procédurale de notre régime se prête à des détournements, elle est sans véritable défense contre sa propre corruption. Les raisons principales sont, semble-t-il, celles-ci : l’égalité par défaut tend à affranchir les élites d’une responsabilité morale (les inégalités deviennent fonctionnelles), elle tend aussi à gommer le souci des formes, par là elle laisse le champ libre à une " démocratie d’opinion " où l’opinion n’est démocratique qu’en apparence. La démocratie substantielle s’efforce de rationaliser le choix démocratique en vue de le hausser, la démocratie procédurale récuse cette rationalisation et ouvre un large champ d’action aux procédés déloyaux. En dehors des formes démocratiques, la voice est généralement l’arme des forts.
Que se passe-t-il aujourd’hui ? S’il est vrai, comme le dit Tocqueville, que l’opinion est reine dans les sociétés démocratiques, cette opinion régnante ou dominante, cette opinion socialement convenable ne se confond pas avec l’opinion commune. Elle se présente comme telle mais dans une large mesure (certes difficile à mesurer), elle est façonnée par des minorités grâce en particulier au relais bienveillant ou complaisant des média. Les hommes d’avant-garde donnent le ton. Les opinions sont égales mais les opinions modernes sont plus égales que les autres. Et tout moderne trouve un plus moderne qui de déborde.
En fin de compte, c’est l’égalité par défaut qui apparaît incompatible avec une démocratie loyale. La raison est celle-ci : personne n’y croit sinon en surface, personne n’y croit par une adhésion pleine et entière. Qui pense sérieusement, profondément, que toutes les opinions se valent, que tous les choix se valent, que toutes les " cultures " se valent ? Le relativisme est intenable jusqu’au bout. Notre temps se contredit quand il proclame le relativisme des " valeurs " en vertu du dogmatisme des droits. De la même manière l’égalité par défaut se contredit elle-même : elle se fonde sur une liberté indéterminée qu’elle borne aussitôt par le respect de celle d’autrui. Si la volonté est reine, l’égalité est sans appui. Que peut fonder la seule volonté humaine sinon la loi du plus fort ? La réhabilitation de la politique passe par la redécouverte des évidences premières, ces " muettes certitudes de l’existence " dont parlait Chesterton.

Par Philippe Bénéton

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16:44 Écrit par HUMANITAS dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : état, etat-providence, démocratie, libéralisme, tocqueville | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

29/05/2010

La démocratie à long terme, qu'en est-il? Etat des lieux!

La myopie démocratique: Comment y remédier?


Permettez-moi de vous présenter quelques réflexions sur les questions du long-terme en démocratie, tout en les inscrivant dans une réflexion plus générale sur le pluralisme démocratique.

Nous pouvons tous aujourd’hui constater que les régimes démocratiques ont du mal à intégrer le souci du long-terme dans leur fonctionnement. Cette difficulté devient préoccupante à l’heure où les questions de l’environnement et du climat obligent à penser dans des termes inédits nos obligations vis-à-vis des générations futures.

Mais cette difficulté – l’historien doit le souligner d’emblée – n’a rien d’inédit. Dès les débuts de la Révolution française, Condorcet attirait ainsi l’attention sur les dangers de ce qu’il appelait « une démocratie immédiate ». Il redoutait en particulier que la gestion des finances publiques soit dominée par les errements d’une action au jour le jour. C’est pourquoi il invitait en conséquence à soustraire à l’influence du pouvoir exécutif la garde du Trésor public.

 

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En effet, une sorte de préférence pour le présent a marqué continuellement l’horizon politique des démocraties. Tout le monde connaît la célèbre formule de Rabaud Saint-Etienne : « L’histoire n’est pas notre code ». De fait, la démocratie s’est définie comme une préférence pour le présent. Il y a à cela des raisons structurelles. La préférence pour le présent dérive à l’évidence de comportements dictés par les rythmes électoraux ou les impératifs sondagiers. La course éperdue au court-terme est d’abord fille des conditions d’exercice de la lutte pour le pouvoir. Il est ainsi banal d’opposer les idéaux du politicien qui ne se préoccuperait que de la prochaine échéance électorale à ceux de l’homme d’État qui aurait, au contraire, l’œil fixé sur un horizon plus lointain.

Mais les choses sont en fait plus compliquées. La myopie des démocraties a, me semble-t-il, des causes plus structurelles. Il faut d’abord se rappeler que les démocraties n’ont pu faire leur chemin qu’en s’arrachant aux puissances de la tradition et en légitimant les droits du présent afin de ne pas se laisser emprisonner dans une temporalité prédéterminée. Selon la formule de Jefferson, « la Terre appartient aux vivants ». Ce dernier employait cette expression pour dénoncer l’idée même d’une précontrainte qui serait fixée à l’exercice de la volonté générale. Rousseau lui-même affirmait : « Il est absurde que la volonté se donne des chaînes pour l’avenir ».

Dans le monde post-révolutionnaire d’aujourd’hui, plus aucune religion séculière ne peut en outre conduire à donner sens à l’action collective, en la rapportant prioritairement à une lointaine espérance. Tocqueville disait : « Le propre des religions est qu’elles donnent l’habitude de se comporter en vue de l’avenir ». Le long-terme était autrefois toujours associé à l’idée d’un salut. Les impératifs de la sécularisation et ceux d’une expression autonome de la volonté générale se sont de la sorte superposés pour borner l’horizon temporel des démocraties. Leurs critiques n’ont pas manqué de souligner depuis longtemps ce qui était jugé comme une infirmité congénitale. Tocqueville considérait sur cette base que les régimes démocratiques étaient « décidément inférieurs aux autres dans la direction des intérêts extérieurs de la société ». Une politique étrangère digne de ce nom implique en effet par définition la capacité de rapporter des actions quotidiennes à une perspective inscrite dans la longue durée. Tocqueville commentait : « La politique extérieure n’exige l’usage de presque aucune des qualités qui sont propres à la démocratie et commande au contraire le développement de presque toutes celles qui lui manquent ». Il opposait, en continuité avec cette formulation, la myopie du corps démocratique à la vision du long-terme qui pouvait caractériser un corps aristocratique, ce dernier se définissant comme « un corps éclairé qui ne meurt jamais ».

 


On peut rappeler qu’à l’inverse de cette cécité a été stigmatisée par certains l’incapacité des démocraties à gérer le présent de circonstances exceptionnelles. Alors qu’un Tocqueville accusait les démocraties de ne pas savoir regarder l’horizon assez lointain, un Carl Schmitt instruira le procès en impuissance des démocraties pour ne pas savoir trancher dans l’urgence, freinées qu’elles sont supposées être par la nécessité d’une délibération collective. Entre une critique décisionniste et la dénonciation du penchant court-termiste, les démocraties ont souvent été décrites comme temporellement dysfonctionnelles.

Cette analyse de la dysfonctionnalité temporelle des démocraties doit être considérée dans un régime plus général des dysfonctionnalités démocratiques. La plupart des théoriciens de la démocratie ont fait ce que j’appellerai une théorie de la démocratie polarisée. Ils ont considéré la démocratie comme un régime de l’immédiateté, comme un régime de l’expression directe et comme un régime du sujet moniste, à savoir le peuple pris en corps. Or il est impossible, pour des raisons à la fois techniques et philosophiques, de construire une vision solide de la démocratie polarisée.

Le premier a avoir fait une théorie de l’immédiateté a été Condorcet. C’est lui qui a forgé la notion même de démocratie immédiate dans un texte pré-révolutionnaire de 1788.
Au XIXe siècle, au moment où la question des temporalités de la démocratie était fortement discutée, à la fin des années 1860 et au début des années 1870, Renan, a dit dans une formulation célèbre que l’on ne pouvait « confondre la démocratie avec le caprice de l’instant ». En effet, la démocratie n’est pas simplement un régime de la décision ; elle est aussi un régime de la volonté. La décision est une catégorie de l’immédiateté ; pas la volonté. La décision n’absorbe pas la volonté qui n’existe que comme une forme historique, comme effort, comme durée, comme investissement.

C’est pourquoi, si l’on confond la démocratie avec une régime de la nomination ou de la décision, on ne peut la comprendre comme un régime de la volonté inscrite dans la durée. Cela signifie que les institutions de la démocratie ne sauraient simplement être des institutions de la décision et de la nomination, mais qu’elles doivent être aussi des institutions inscrites dans le temps et dans la durée. Cette question a été un thème très réfléchi au moment des révolutions américaine et française.

Ainsi Sieyès a essayé de définir les conditions dans lesquelles on pouvait considérer nécessaire la mise en place de gardiens du long-terme dans les démocraties. Commente articuler un pouvoir exécutif et des gardiens du long-terme, ce sujet très fortement présent pendant la Révolution française a, hélas, été oublié pour ne revenir qu’aujourd’hui à l’ordre du jour.

Longtemps cette question de la dualité des temporalités de la démocratie n’a pas été complètement perceptible car il existait en fait un gardien du long-terme qui était tout simplement l’État de service public. Simon Nora, dans un article qu’il a donné il y a une vingtaine d’années au Débat, disait : lorsque notre génération est arrivée aux affaires en 1945, nous avions le sentiment d’être des « prêtres du long-terme ». Effectivement, toute une génération de hauts-fonctionnaires s’est définie dans ces années-là comme des gardiens et des serviteurs du long-terme. Il y avait alors une tension entre les serviteurs du long-terme et les serviteurs du court-terme, tension entre les institutions de la démocratie parlementaire et les institutions de l’État de service public.

L’impossibilité d’une démocratie polarisée tient aussi aux limites de la notion de démocratie directe. Il convient ici de réfléchir à ce que signifie « gouvernement repésentatif ». Traditionnellement, il en existe deux définitions. Le gouvernement représentatif a pu être considéré, d’une part, comme un substitut technique à une impossible démocratie directe, d’autre part, comme une technologie destinée à extraire de la société son élite. Mais on peut considérer qu’il y a une troisième définition possible du gouvernement représentatif. C’est celle que Condorcet a essayé de théoriser et de développer. Elle souligne que le gouvernement représentatif doit également être un ensemble de procédures d’ordre cognitif ; le gouvernement représentatif doit faire fonctionner un ensemble de procédures de démultiplication de la représentation car celle-ci ne peut jamais être une représentation globale de la société. La représentation est toujours partielle ; elle est la représentation de groupes particuliers ; elle est la représentation d’une majorité ; elle est la représentation d’un instant. Et donc, la vraie représentation de la société doit démultiplier les sujets de la politique. L’idée de Condorcet était de dire que le peuple n’est jamais un, mais toujours multiple.

Le peuple au singulier n’existe pas. Il n’existe que des populations, que des électeurs, que des groupes, que des sensibilités, que des réactions, que des peurs, que des enthousiasmes. Mais il n’existe jamais un sujet moniste appelé « le peuple » et que quelqu’un pourrait adéquatement représenter parce qu’il l’incarnerait. Il n’y a pas de vérité du peuple hors des théories de l’incarnation. Or, si en politique les théories de l’incarnation ont compté, elles ne sont justement pas des théories de la représentation. La représentation, d’un certain point de vue, cherche à lutter contre les théories de l’incarnation. La véritable théorie de l’incarnation n’est en fait pas celle de Louis XIV disant « L’État, c’est moi », mais celle de Trotski constatant, en ricanant au sujet de Staline, qu’il était beaucoup plus fort que Louis XIV parce que lui était capable de dire « La société, c’est moi ». Effectivement, celui qui dit « La société, c’est moi » définit un pouvoir d’incarnation.

Si la démocratie directe n’est pas possible, ce n’est pas simplement pour ces raisons techniques et philosophiques, mais c’est aussi parce qu’il y a toujours besoin d’interfaces pour mettre en forme la politique. En 1848, il y a eu un débat très intéressant, qui recoupe la discussion qui a lieu actuellement sur le problème des primaires. Il s’agissait de savoir comment organiser les premières élections au suffrage universel, celles du jour de Pâques 1848. Il y a eu l’idée que pour faire une élection démocratique, il fallait choisir démocratiquement les candidats. Mais comment était-ce possible ? En rassemblant tous les électeurs, a-t-on estimé. Tous les électeurs ayant été rassemblés nommeraient leurs candidats et les candidats de tous les électeurs ayant été nommés, on pourrait à ce moment-là voter. Mais on a vite constaté que cela était utopique et que l’on ne pouvait pas procéder à une double élection, la première étant procédurale et la seconde étant de l’ordre d’une décision.

Cela signifie que, dans la démocratie, il faut toujours des institutions et des pouvoirs d’interface et de mise en forme. Il faut toujours qu’il y ait ce qu’on pourrait appeler sociologiquement des tiers organisateurs. Il faut qu’il y a ait toujours des puissances réflexives, qui aident à considérer des intérêts et des conflits, qui jouent à la fois un rôle d’interface, mais aussi un rôle cognitif de miroir. Pour cette raison, on peut affirmer que la démocratie indirecte est supérieure à la démocratie directe. La démocratie directe peut être une des modalités d’expression de la démocratie, notamment dans des moments de tension ou de conflit qui exigent que l’on tranche. Le moment du référendum n’est à cet égard pas un moment d’expression de la volonté, mais un moment d’expression de la décision majoritaire. Une décision tranche immédiatement. Elle n’est pas inscrite dans un moment de la réflexivité.

Une démocratie polarisée, c’est donc l’utopie d’une démocratie immédiate, l’utopie d’une démocratie directe, mais aussi l’utopie d’une démocratie une avec un peuple simple que l’on pourrait adéquatement exprimer. Or, on peut au moins distinguer deux formes juridiques du peuple. Le peuple électoral est le plus immédiat parce que lui, il se compte. Il est aisé à dénombrer, à connaître et à comprendre, sous les espèces d’une catégorie arithmétique bien particulière, celle de majorité. Mais il existe une autre catégorie de peuple, celle du peuple-principe, du peuple qui n’est pas seulement défini par son expression, mais qui est défini par les principes qui l’organisent. Ces principes, ce sont les droits fondamentaux, les principes organisateurs de la vie sociale et de la vie collective.

De la même façon que la démocratie polarisée était fondée sur une utopie de l’immédiateté et une utopie de la démocratie directe, elle se lie aussi une utopie de l’expression une du peuple. Or, il faut trouver les moyens d’exprimer le peuple dans ses différentes composantes. Cela implique que la meilleure définition que l’on puisse donner de la démocratie n’est pas la recherche d’une démocratie simple, mais bien celle d’une démocratie compliquée. Beaucoup de théoriciens de la démocratie ont recherché la formule d’une démocratie simple : quelle est le bon mode d’expression populaire ? Quelle est la bonne temporalité ? Quelle est la bonne forme ?

En suivant Condorcet, je dirais plutôt que pour aimer la démocratie, il faut non pas chercher une bonne formule, mais compliquer des formules toutes imparfaites. Si l’on prend la question du mandat électoral, on pourrait rêver d’une sorte de mandat parfait, l’élection étant conçue pour garantir la fidélité de l’élu à ses électeurs. Or on sait que ça ne peut jamais être le cas. C’est donc une démocratie plurielle, dans ses temporalités, dans ses formes et dans ses sujets qu’il faut défendre.

Cela signifie que ce qu’il y a de plus proche de la démocratie directe, c’est la démultiplication des formes de démocratie indirecte. Ce qui rapproche de l’idéal démocratique, c’est tout ce qui complexifie les formes de temporalité, les modalités de la représentation – non pas simplement comme mandat, mais également comme processus cognitif et comme processus réflexif.

Cela signifie en outre que la démocratie ne peut pas simplement se définir par l’élection. Si la démocratie est le régime de la volonté générale ou celui de l’intérêt général, l’intérêt général et la volonté générale sont susceptibles de définitions très différentes. Elles seraient susceptibles d’une définition unifiée s’il y a avait des formes d’expression unanime et continue de la société. Or, nous ne connaissons pas d’organisation sociale qui ait manifesté une forme d’expression unanime et continue du sentiment collectif. On en déduit donc que l’on doit donner toujours des définitions imparfaites de l’intérêt général et de la volonté générale. Une façon approchée de parler de la volonté générale, c’est de l’approcher à partir de la catégorie de majorité.

Mais il existe aussi des façons négatives d’approcher la volonté générale. On peut dire que la volonté générale est ce dont personne ne peut se prétendre seul le propriétaire ; c’est alors une catégorie telle que l’impartialité qui définit la volonté générale ; la volonté générale est alors une souveraineté négative. Cette catégorie a été considérée comme essentielle dans toute la théorie politique classique qui estimait que la souveraineté n’est pas seulement la capacité de faire, mais également celle d’empêcher. C’est là une idée classique que l’on trouve chez Montesquieu, mais plus fortement encore dans la théologie politique médiévale ainsi que dans les théories politiques de la Renaissance.

Aujourd’hui, dans nos sociétés, il faut donner consistance à de telles définitions « complicatrices » de l’intérêt général qui impliquent notamment, à côté de l’expression du pouvoir majoritaire, la mise en place d’institutions d’impartialité. On peut dire que la démocratie doit être construite dans un équilibre entre des institutions nécessairement majoritaires et des institutions de consensus. Les institutions majoritaires sont nécessaires pour des raisons de gouvernabilité ; s’il fallait attendre l’unanimité pour décider, aucun gouvernement ne serait jamais possible. Mais il faut également des institutions de consensus qui fassent pendant à ces institutions de décision et de résolution des conflits que sont les institutions majoritaires.

Ce dont la plupart des démocraties souffrent actuellement est de ne pas avoir suffisamment saisi le lien nécessaire qu’il y a entre des institutions conflictuelles majoritaires et des institutions exprimant un consensus. La question avait pourtant été étudiée lors des révolutions américaine et française. Si l’on avait mis en place dans le Vermont et en Pennsylvanie un conseil des censeurs, c’était précisément pour que cette dualité fût représentée. Et l’idée même du Tribunat, due en partie à Benjamin Constant et à Sieyès, correspondait à la mise en place d’une dualité entre les institutions de la majorité et celles du consensus.

Envisager la démocratie de cette façon, au-delà du point de vue du long-terme étudié au début de cette communication, montre que le progrès démocratique ne peut pas simplement être une amélioration de la vie électorale représentative, mais qu’il implique de développer les institutions d’impartialité ainsi qu’une autre vision du pouvoir d’empêcher. Ce pouvoir d’empêcher a aujourd’hui un nom dans les démocraties : la défiance. Mais la défiance n’est pas simplement un sentiment destructeur des démocraties ; elle n’est cela que lorsqu’elle ne sert qu’à vilipender le pouvoir et à le dénoncer comme usurpateur, extérieur à la société. Mais le fait de considérer que tout pouvoir doit être mis sous surveillance et contrôlé, que tout pouvoir doit donner des preuves permanentes que son action est au service du bien commun, relève d’une défiance constructive d’une vitalité démocratique.

Il me semble que face à une vision polarisée de la démocratie, face à une vision moniste, immédiate, directe de la démocratie, nous devons aujourd’hui considérer qu’il y a une attente dans nos sociétés pour une démocratie qui ne soit plus simplement porteuse du sentiment immédiat et flottant de l’opinion, mais pour une démocratie qui fasse la distinction entre le pouvoir de l’opinion et le pouvoir de la volonté, entre l’immédiateté et le long-terme.

 

par Pierre Rosanvallon, mai 2010


28/05/2010

Question d'interdire l'interdiction; A. Bercoff. Réveillez-vous!

La France à la niche, ouste!!

 

Aujourd'hui, notre pays est occupé doucement, gentiment, insidieusement, par le camp du Bien. La police de la pensée correcte triomphe sur tous les étals médiatico-politiques. Au fur et à mesure des abandons de tout excès polémique, de toute pensée critique, de toute idée non formatée par les utopies droits-de-l'hommistes du côté de la gauche et de l'arnaque financière et publicitaire côté droite, la France se recroqueville. S'emmerde. Se couche. Râle et s'endort en faisant des rêves de star. Semble enfin accomplie la castration de ce peuple français qui, jadis, prenait des bastilles et, il y a encore quelques décennies, faisait mine de défiler pour changer la vie. L'alibi de la crise a bien travaillé : tous à la niche. Et à la censure. Désormais, il est interdit de ne pas interdire.

 

 

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-Ne fumez plus : cancer du poumon.

-Ne buvez plus : cirrhose du foie.

-Ne baisez plus : sida et autres maladies sexuellement transmissibles (MST).

-Ne mangez plus : pesticides et OGM.

-Ne sortez plus : attentats.

-Ne parlez plus des juifs : vous serez condamné pour antisémitisme.

-Ne caricaturez plus Mahomet : vous serez incendié avant d'être égorgé.

-N'osez plus une plaisanterie sur les gays : l'homophobie vous guette.

-Ne racontez pas une histoire sur les Blacks : vous serez vitupéré raciste à part entière.

 

 

 

 

En revanche, vous pouvez vous en donner à cœur joie sur la pédophilie de l'Eglise. Plus besoin de procureur : les ciseaux travaillent dans les têtes. Identité : mot obscène pour le chœur des vierges de la différence reine et du minoritaire roi ; mot à proscrire pour les pleureuses de l'angélisme compassionnel qui consiste à trouver des excuses, des explications et des alibis pour quiconque psalmodie que la France est une "garce à niquer" ou autre amabilité du même acabit. Etre « franco positif » est devenu, aux yeux de certains, aussi grave qu'être séropositif.

 

 

 

 

Les bonnes âmes de l'antiracisme, considéré comme fonds de commerce, vous proposeront immédiatement un régime à base de fortes amendes, d'une série d'électrochocs et d'excuses publiques, avec fouet et lapidation en cas de récidive. Oser évoquer un rôle "positif" de la présence française outremer, notamment en Afrique du Nord, vous conduira au moins aux travaux forcés, sinon au peloton d'exécution. Il s'agit une fois pour toutes d'arrêter cette démarche imbécile qui consiste à désigner l'Occident des Lumières comme l'épicentre de tous les péchés du monde. Ce qui s'est passé, ce qui se passe au Congo et au Nigeria, au Darfour et au Zimbabwe, en Iran et en Syrie, n'a rien à voir aujourd'hui avec l'Occident, mais bien avec la spécificité d'un certain nombre de dictatures que le boboïsme frileux ne saurait voir. Dans cette société placée sous le règne de la distraction et du renoncement, tout est fait pour nous plonger indéfiniment dans le sommeil hébété des taupes qui ne veulent plus voir que des ébats people, ne plus entendre que des brèves de comptoir complotistes, ne plus dire que ce que leur dicte l'angélisme des notables de la gauche correcte et de la droite congelée. Cependant que progressent les menaces intégristes et totalitaires, nos démocraties s'abandonnent à un masochisme culpabilisé où victimes et bourreaux s'échangent perversement leurs oripeaux, et ce au moment même où se juxtaposent les folies d'un marché sans contrôle et les pulsions mortifères d'un fanatisme sans fin. Il serait temps que la France se réveille...

 

André Bercoff est écrivain, journaliste.

Source: Dans Le Monde du 5 mai, un article étonnant quand on connaît la ligne éditoriale de ce journal.

Profession: Politicien......! mdr

Humour avec Franck Lepage

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10:39 Écrit par HUMANITAS dans Divertissements | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, arrogance, pouvoir, privilèges, langage | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

 
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