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13/05/2010

Education Nationale: La Cour des Comptes ose!

Un rapport recommande une meilleure évaluation des dispositifs et de leur coût.


C'est une première pour la Cour des comptes. Jamais, jusqu'à présent, l'institution ne s'était penchée sur les performances du système éducatif. À l'origine de cette révolution, la loi organique relative aux lois de finances, qui s'appuie sur des indicateurs de performance, et la loi d'orientation sur l'école de 2005, qui énonçait divers objectifs chiffrés. 100% d'élèves qualifiés ou diplômés à la sortie du secondaire, 80% d'élèves accédant au niveau du baccalauréat et 50% de diplômes de l'enseignement supérieur, tels étaient les engagements dans la loi Fillon de 2005. Aujourd'hui, un élève sur six sort du système sans qualification, et si 41% des jeunes sont diplômés du supérieur, ils sont 27% à obtenir un diplôme de niveau licence.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/96/Cour_des_comptes_Paris_entr%C3%A9e.JPG/800px-Cour_des_comptes_Paris_entr%C3%A9e.JPG


Reprenant l'objectif de cette loi d'orientation, la Cour des comptes s'est donc donné pour objet d'évaluer les résultats du système «face à l'objectif de réussite de tous les élèves». Slogan de tous les penseurs de l'école, et de tous les ministres, cette «réussite de tous les élèves » a tout du «vœu pieux», selon les mots de Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes. Mais à cette aune, les conseillers de la 3e chambre, chargée des politiques éducatives, ont mené une enquête de trois ans pour ­déterminer les coûts et les résultats du système.

Premier constat de la Cour, les coûts sont d'autant plus difficiles à évaluer que le ministère de l'Éducation nationale, qui les établit en «heures» et en «postes», ne les traduit jamais en euros. De sorte que le coût de la politique d'éducation prioritaire, mise en place il y a trente ans, n'est pas connu. Pire, estime un des rapporteurs, «étant donné que ce sont les jeunes enseignants, au salaire moins élevé, qui sont généralement affectés en ZEP, il se peut qu'un établissement en zone d'éducation prioritaire coûte en fait moins cher, en euros, qu'un établissement classique. » La Cour des comptes recommande donc une meilleure évaluation des dispositifs et de leur coût, qui permette de faire porter l'effort là où il est nécessaire, notamment sur le primaire.

Deuxième observation de la Cour des comptes, les résultats obtenus par les élèves français dans les comparaisons internationales font apparaître que le système français est devenu un des plus inégalitaires, puisque les résultats scolaires y sont les plus corrélés au milieu social d'origine, et que l'écart entre les plus mauvais et les meilleurs élèves ne cesse de se creuser.

 

Score moyen en compréhension de l’écrit, mathématiques et sciences
mathématiques Compréhension de l’écrit sciences


Finlande 548 547 563
Corée 547 556 522
Pays-Bas 531 507 525
Suisse 530 499 512
Canada 527 527 534
Japon 523 498 531
Nouvelle-Zélande 522 521 530
Australie 520 513 527
Belgique 520 501 510
Danemark 513 494 496
Rép. tchèque 510 483 513
Islande 506 484 491
Autriche 505 490 511
Allemagne 504 495 516
Suède 502 507 503
Irlande 501 517 508
Moyenne OCDE 498 492 500
France 496 488 495
Pologne 495 508 498
Royaume-Uni 495 495 515
Rép. slovaque 492 466 488
Hongrie 491 482 504
Luxembourg 490 479 486
Norvège 490 484 487
Espagne 480 461 488
Etats-Unis 474 - 489
Portugal 466 472 474
Italie 462 469 475
Grèce 459 460 473
Turquie 424 447 424
Mexique 406 410 410
Source : PISA 2006
De façon générale, la pratique du redoublement en France constitue
un des facteurs explicatifs de ce résultat moyen, car les enquêtes PISA se
situent par rapport à un âge (15 ans), et non par rapport à un niveau (la 3ème
ou la 2nde, par exemple). Lors de l’enquête PISA 2003, près de 40 % des
élèves français âgés de 15 ans avaient ainsi déjà redoublé une fois ou plus
au cours de leur scolarité : les élèves français qui n’avaient aucun retard
dans leur scolarité obtenaient en fait d’excellents résultats, supérieurs aux
performances moyennes des pays placés en tête (Finlande, Corée du Sud,
Pays-Bas, Japon) ; à l’inverse, les élèves ayant un an de retard se situaient
juste devant les résultats moyens de la Grèce, et les élèves ayant deux ans
de retard étaient au niveau moyen du Mexique, pays qui obtenait les moins
bons résultats

Problème d'«organisation»

Et le rapport de pointer les dispositifs d'aide individualisée qui s'empilent sans évaluation ni cohérence, alors que 73% des élèves des écoles «ambition réussite» échappent au dispositif d'«accompagnement éducatif» et que, parmi ceux qui en bénéficient, seuls 62% sont soutenus sous la forme d'une aide aux devoirs.

Le constat dressé par la Cour des comptes est sombre, à l'aune des résultats de la France dans les enquêtes internationales. Et les conseillers espèrent, par un tel travail, contribuer à l'amélioration du système. Mais la limite de l'exercice est dans sa forme même. «Nous nous sommes interdit de franchir la ligne jaune de la pédagogie », précise Jean Picq, président de la 3e chambre de la Cour des comptes. Garantie d'objectivité, certes, mais au risque de négliger un aspect fondamental du problème. Les données de la Cour des comptes ne permettent à aucun moment de comprendre pourquoi le système est plus inégalitaire qu'il ne l'était, et pourquoi 20% des élèves arrivent en sixième avec de graves difficultés en lecture ou en mathématiques.

«Organisation du système», répondent les conseillers ; un système qui «ne tient pas compte du rythme des élèves », et de leurs besoins spécifiques, un système qui «dépense 2 milliards d'euros dans des redoublements dont les études prouvent qu'ils sont inefficaces », un système qui ne gère pas l'«hétérogénéité» des élèves et privilégie encore trop les savoirs disciplinaires sur les compétences. «Nous ne jugeons pas ces objectifs, conclut Jean Picq. Mais si on se les donne, il faut les suivre.» Reste à savoir qui juge les objectifs.

Source Le Figaro par Natacha Polony(voir autres articles)

 

Veuillez ouvrir le document joint pour lire ce rapport.

Réponse du ministère au rapport de la Cour des Comptes sur "L'Éducation nationale face à l'objectif de la réussite de tous les élèves"
Communiqué de presse 12/05/2010


Du côté de l'ALEPS:

 

Après le Conseil d’Etat, qui avait critiqué le statut des fonctionnaires, voici un autre grand corps de l’Etat, la Cour des comptes, qui dresse un bilan critique de « la gestion du système éducatif ». Dans un rapport de 400 pages, qui synthétise trois années de travaux sur l’éducation nationale, la Cour des Comptes analyse de manière détaillée certaines défaillances du système.

 

D’une manière générale, elle souligne les carences du système, qui viennent de la « complexité » de son organisation, qui a contribué à « multiplier les contraintes et à diluer les responsabilités ».


En particulier la Cour s’étonne longuement de la croissance permanente du budget de l’éducation nationale, alors que le nombre d’élèves diminue. C’est ainsi que le budget consacré au primaire et au secondaire a augmenté de 38% (en euros constants) depuis 1990, alors que les effectifs diminuaient dans le même temps de 4,5%. (Le budget est passé de 42 à 59 milliards d’euros, alors que le nombre d’élèves diminuait de 500 000…). Résultat : les effectifs par classe ont sensiblement diminué. Pour les seules écoles maternelles et élémentaires, cela représente l’équivalent de 16 000 emplois… Or « dans le cadre d’un budget nécessairement limité, la diminution du nombre d’élèves par classe se fait notamment au détriment d’autres mesures sans doute plus pertinentes et peut-être plus prioritaires ». En clair, le ministère ne hiérarchise pas bien ses priorités et la Cour appelle à une gestion « plus rigoureuse de ses moyens ». Et « rien aujourd’hui ne permet d’affirmer qu’une telle logique favorise l’efficacité de l’enseignement et la réussite des élèves ».


Le rapport de la Cour des comptes insiste aussi sur des aspects plus techniques et s’étonne, par exemple, que le collège, « maillon faible » du système éducatif, reste bien moins doté que le lycée, avec un maintien « d’une offre de formation souvent surdimensionnée qui a été financée au détriment du collège ». Elle critique aussi la multiplication ou même « l’empilement » des réformes et le décalage entre les intentions et les moyens réellement engagés : les actes ne suivent pas toujours les discours ministériels. « Dans bien des cas, les moyens financiers ne sont pas au rendez-vous des réformes annoncées, dont les calendriers, pour des raisons d’affichage politique, s’affranchissent volontiers de la logique budgétaire ».


Au total, la Cour critique « le renoncement progressif du ministère et des académies à faire prévaloir avec constance l’intérêt du service sur les revendications des différentes catégories d’agents ».

Bien entendu, la Cour des comptes reste dans une logique de service public et de centralisation du système éducatif. Mais c’est ce qui fait en même temps tout l’intérêt de ce rapport : les uns après les autres, les grands corps de l’Etat, lorsqu’on leur laisse faire honnêtement leur travail d’enquête, sont bien obligés d’ouvrir les yeux, ici sur le système éducatif, hier sur celui de la fonction publique. Il n’y a donc guère plus que la classe politique - et les syndicats - pour ne pas se rendre compte de la réalité de la dérive du système étatique français. Il est révélateur que les grands corps de l’Etat finissent par conclure à l’urgence d’une réforme des administrations publiques.

20:19 Écrit par HUMANITAS dans Parlons vrai et sans détours | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cour des comptes, enseignement, économie, inégalités | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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