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24/04/2010

La Grèce: Témoignage.....et une certaine analyse de la situation (1)

ANALYSE DE LA SITUATION GRECQUE (au 11/12 Avril 2010)

 

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Historique

Les Grecs adorent la Grèce jusqu’au nationalisme le plus farouche, mais n’ont jamais aimé l’Etat, et la plupart du temps, ils ont eu d’excellentes raisons pour se méfier des hommes du pouvoir, un comportement nourri par le souvenir de l’occupation ottomane et par la révolte contre le haraçi, l’impôt exorbitant que les non-ottomans devaient verser au sultan, et dont l’un des avantages pour l’occupant consistait à maintenir les populations dans un état d’extrême pauvreté – et donc de dépendance. Les percepteurs du sultan, les haratzides, sont les premiers représentants de l’état à avoir instauré des pratiques extrêmement fréquentes de corruption, pour s’enrichir personnellement tout en maintenant les habitants locaux dans un état de sujétion permanente, menaçant de leur rendre la vie impossible et de les écraser d’impôts supplémentaires s’ils refusaient de « coopérer ». Cependant, les Grecs ont résisté et enduré pendant environ 450 ans, et ont appris à « se débrouiller » pour survivre.

C’est très important si on veut comprendre que, de manière très atavique, si le Grec sait que si l’Etat c’est la Grèce, inversement, la Grèce ce n’est pas que l’Etat. Pour lui, la Grèce, c’est une solidarité et une loyauté indéfectibles basées sur la famille et les amis, une langue, une culture et la religion orthodoxe. Ils croient fermement que l’Etat n’est jamais protecteur, au contraire, que les politiciens sont par nature, sauf exception très rare pourris, les agents de l’état corruptibles pour la plupart, et l’histoire hélas leur a donné raison de multiples fois; aussi le devoir et l’honneur de tout Grec qui se respecte est de s’en méfier, et de veiller à ne pas se laisser plumer par les demandes forcément abusives des diverses administrations étatiques, ou internationales, de louvoyer plutôt pour utiliser les systèmes pour essayer de survivre, voire si l’occasion se présente, de s’enrichir . Dans son esprit, minimiser ses gains et ses propriétés dans ses déclarations n’est pas vraiment tricher, mais plutôt faire preuve de sagesse et de prévoyance pour accomplir son devoir essentiel, qui est - et reste - de protéger sa famille et de la mettre à l’abri du besoin. Généralement sous-payé (sauf dans les emplois de cadre très supérieur - les salaires sont souvent un tiers voire moitié plus bas que leurs équivalents français, pour une capitale, Athènes, qui est maintenant parmi les plus chères d’Europe), pour financer les études de ses enfants, il doit se saigner aux quatre veines, comme pour payer des assurances complémentaires de santé ruineuses (qui remboursent seulement médicaments et hospitalisations mais pas les consultations des médecins généralistes payés à 50 Euros et des spécialistes entre 75 et 100 Euros la consultation, en moyenne, sans compter les enveloppes d’argent au noir, les fameuses « fakelakia », données de manière quasi-systématique aux chirurgiens et autres notables pour tout acte) ce à quoi il faut ajouter, pour la génération actuelle dont les grands-parents et parents se sont enrichis en vendant jusqu’au dernier lopin de terre leur appartenant aux promoteurs immobiliers, les remboursements des crédits pris pour payer le logement flambant neuf qu’ils viennent d’acheter à prix d’or, et pour lequel ils doivent cumuler les emplois (d’où la généralisation d’un deuxième emploi, au noir, l’après-midi, car le salaire du premier n’est évidemment pas suffisant pour vivre) ainsi que les crédits, fortement encouragés par l’Etat, les banques elles-mêmes,  et par l’atmosphère d’euphorie expansionniste et consumériste internationale.


1981 : Entrée de la Grèce dans la Communauté Européenne, sous la présidence d’Andréas Papandréou (PASOK, Parti Socialiste), qui vient d’accéder au pouvoir, mais toutes les négociations avaient été faites par Constantin Karamanlis (vieux et prestigieux Premier Ministre de la NEA DEMOKRATIA, droite modérée).


1986 : Enormes scandales de corruption (l’affaire Koskotas)  et de mœurs (l’affaire  du remariage avec l’hôtesse de l’air aux mœurs très légères « Mimi »), touchant à la personne même et à l’entourage immédiat d’Andréas Papandréou, qui, pour compenser et avec l’aide des subsides européens, inaugure l’Etat providence à l’européenne. Pour cela, il embauche en masse dans les services publics, modernisation et convergence vers la moyenne européenne obliges. L’exemple venant du plus haut niveau de l’état, les pratiques de corruption se répandent en tache d’huile dans tous les rouages de l’administration, puis de la société, alimentés par les subsides européens, et très largement encouragés par les pots-de-vin proposés par les sociétés européennes et autres multinationales, trop contentes de s’implanter sur un marché aussi juteux, avec des consommateurs enthousiastes qui n’avaient rien et qui veulent tout acquérir. Plus compétitives, vu leur taille, ces firmes multinationales s’installent en Grèce, y prospèrent, changent radicalement le visage du pays et le modernisent, créent quelques centaines d’emplois, c’est certain, mais en détruisent encore plus en ruinant la production  grecque venue des petites industries, le petit commerce et l’artisanat grecs, incapables de soutenir la compétition. Du coup, le clientélisme politique, pratiqué jusque- là en amateur, comme partout dans le monde, se professionnalise. Dans un pays de la taille de la Grèce, quelques dizaines de milliers de voix redevables peuvent faire la différence lors des élections.

Dès lors, c’est l’engrenage, et à chaque alternance politique, on réembauche, donc, pour rétablir l’équilibre politique  au sein des entreprises et des services publics. Les gouvernements se succèdent,  PASOK avec quelques interruptions NEA DEMOKRATIA (avec Mitsotakis) et la spirale ascendante du développement enivre les gouvernements successifs, le nombre des fonctionnaires  (sous-payés par ailleurs -et pour cause, ils sont si nombreux !!-et souvent inefficaces – ils sont souvent recrutés pour leur bulletin de vote plus que pour leur compétence…) devient peu à peu pléthorique.


1996 : Costas Simitis, le « technocrate intègre » du PASOK, succède à Andréas Papandreou. Une partie des Grecs continue de s’enrichir, le niveau de vie moyen s’élève de manière très rapide et sensible, mais pas pour tous (notamment pas pour les plus pauvres ni pour les retraités, qui parviennent de moins en moins à faire face avec des retraites mensuelles d’avant l’Europe, genre 300 ou 400 euros/mois…) et sans les traditions d’éthique professionnelle et de sens de l’Etat que des siècles de tradition d’Etat fort et centralisé ont pu forger dans d’autres pays comme la France ; mais l’Etat grec, qui dépense sans compter dans le clientélisme plus que pour investir dans les infrastructures du pays, est pauvre. Les impôts augmentent de manière exponentielle, pour faire rentrer de l’argent, amorçant une spirale infernale : plus ils augmentent, plus les capitaux filent dans des comptes à l’étranger, plus les gens trichent dans leurs déclarations, car la pression fiscale serait intenable s’ils déclaraient la totalité de leur revenus. Et la pression fiscale s’accentue encore davantage, le fisc supposant à priori que si quelqu’un déclare 10.000, c’est qu’il en gagne en fait le triple, voire le quadruple, et si sa maison officiellement fait 100 m2, c’est qu’en réalité elle en fait 300, donc on présuppose que, même imposé à 60 %, le contribuable paiera encore moins que ce qu’il aurait dû payer réellement s’il n’avait pas triché. Et puis, quand les impositions sont par trop déraisonnables et que le contribuable vient protester aux impôts, bon, on peut toujours essayer de s’arranger, n’est-ce-pas, avec une petite enveloppe (« fakelaki ») pour le fonctionnaire des impôts…. L’inflation galopante des prix et l’inadéquation du système fiscal  encouragent également la pratique du deuxième travail au noir qui se généralise. L’évasion fiscale devient la règle, seuls n’y participent pas les salariés déclarés et les retraités ne pouvant échapper à l’impôt, car celui-ci est prélevé à la source. Parallèlement, la spéculation immobilière s’envole, les professions libérales, médecins, avocats, augmentent leurs honoraires de manière vertigineuse. Ces  augmentations diverses ne sont pas du tout prises en compte dans les calculs de l’inflation, car souvent, on ne déclare qu’une infime portion des revenus, travaillant , ou louant ou vendant sans établir de reçu ou de facture, ou alors très inférieurs  à la réalité, ce qui arrange tout le monde, car de toutes façons, on est toujours peu et mal remboursés.


2001 : Simitis, qui espère grâce à cela dans un premier temps consolider la croissance de la Grèce , et dans un deuxième temps, pouvoir faire correspondre effectivement la réalité aux chiffres exemplaires mais faux qu’il affiche, parvient à accrocher la Grèce au train de l’Euro, grâce à un taux d’inflation totalement factice (voir plus haut) et à la très zélée coopération des banques d’affaires américaines de Goldman Sachs et autres JP Morgan qui prennent des commissions d’arrangement très confortables sur tous les emprunts obtenus par l’Etat Grec , et qui ont aimablement fourni toutes les « astuces » permettant de rendre les chiffres présentables pour la Communauté Européenne. Celle-ci,  de son côté, était trop heureuse de ne pas y regarder de trop près, vu ses propres intérêts dans l’histoire… (voir précédemment). Il fallait bien que les Grecs continuent à importer en masse et acheter les produits européens pour compenser l’argent que le contribuable européen versait pour lui, non ??


2004 : Jeux Olympiques. Gros succès, à l’arraché (qui ne se souvient des commentaires cinglants de toute la presse internationale jusqu‘à la dernière seconde ??). Mais l’addition est absolument exorbitante, pour les Grecs cette fois, car l’argent versé par la Communauté Européenne, s’il a effectivement aidé à créer des infrastructures dont la Grèce avait absolument besoin, qu’elle n’aurait jamais pu payer seule (on a vu les routes se construire, les aéroports se moderniser, les transports en commun (train et métro) sortir de terre), n’a jamais été alloué directement aux Jeux Olympiques. Ces Jeux, les Grecs les ont payé tout seuls, contrairement à l’opinion communément répandue. Au prix maximum, à cause du manque d’organisation et de coordination, des délais interminables dûs aux tractations entre les entreprises internationales pour obtenir les contrats de ces travaux, tractations qui bien entendu ont donné lieu au versement de pots-de-vins proportionnels aux décideurs grecs de l’époque, mais qui ont eu pour résultat des retards tels que tous les travaux ont dû être exécutés dans l’extrême urgence, en payant ouvriers et entreprises au tarif maximum en heures sup la nuit, le dimanche, en embauchant le triple nombre d’ouvriers pour terminer à temps : un désastre financier total, que les enfants de la génération actuelle seront toujours en train de payer.


Et depuis 2004,  (jusqu’en 2009) sous le gouvernement de Costas Karamanlis (le neveu, un incapable qui s’est retrouvé parachuté Premier Ministre et chef de Parti simplement à cause de son nom, et sans le vouloir vraiment), il ne s’est rien passé. Une paralysie soudaine après la croissance frénétique des 15-20 années précédentes. Il n’y a plus d’argent, on cesse de se développer, mais tout reste comme avant, dans une sorte de statu quo expectatif. Rien qu’un silence prudent, de plus en plus d’emprunts, toujours plus de corruption, là encore de gros scandales dans les hautes sphères de l’Etat, mais aussi dans la vie quotidienne du citoyen mais jusqu’à en devenir vraiment pénible (on ne peut plus rien faire sans donner de « fakelaki »), et tant pis pour les malheureux (et il y en a, environ un tiers de la population quand même, heureusement !) qui ne trichent pas, qui déclarent tous leurs impôts, et pour qui la vie devient de plus en plus difficile. Mais tout tient encore, et pendant un temps, l’optimisme est toujours de règle, les affaires continuent, comme si de rien n’était, même lorsque la crise mondiale éclate en 2008, la Grèce ne pense pas faire partie des pays les plus touchés. Karamanlis, comme tous les chefs d’Etat en Europe, ouvre un crédit de 28 milliards d’euros disponibles pour soutenir les banques grecques, mais celles-ci n’en prennent que 5 milliards, (le reste demeurant à leur disposition pour les années à venir, au cas où…), et comme toutes les banques, annoncent des profits en 2009…. Le chômage augmente, certes, mais il est à 9%, rien à voir avec l’Espagne. La dette est énorme, certes, mais bon, d’autres pays d’Europe sont dans le même cas. Grosso modo, le grec moyen pense qu’il s’en sort plutôt bien, malgré l’augmentation incessante des prix que l’on constate en faisant son supermarché, et sauf lors des émeutes de Décembre 2008 qui révèlent d’énormes tensions sous-jacentes et font l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel bleu de Grèce.

Et c’est dans ce contexte que, lors d’une campagne électorale très molle (ce qui est rare en Grèce), car, à cause des scandales Siemens et Vatopedi (où l’Eglise est impliquée), de l’incurie du gouvernement lors des émeutes de Décembre 2008, tout le monde sait d’avance que le PASOK va gagner et que Georges Papandréou  (chef du parti, fils d’Andréas et d’une américaine intelligente et ambitieuse, élevé en partie en Amérique, très honnête contrairement à son père, brave bougre, mais pas bien futé hélas, un choix peu enthousiasmant) va devenir Premier Ministre, là encore, c’est le nom, la dynastie qui fait la fonction… Georges Papandréou, donc (qui n’est pas précisément novice ni au parti, ni dans le métier qu’il pratique depuis vingt ans, il a déjà été ministre dans les gouvernements Simitis), clame pendant toute la campagne, pour contrecarrer Karamanlis qui dit que les caisses sont vides et qu’il faut des mesures de grande austérité : « de l’argent, il y en a » « nous en trouverons si vous nous portez au pouvoir », « nous augmenterons les salaires de la fonction publique au-dessus de l’inflation », etc… Et bien sûr, il est élu en  Octobre 2009.


La chute : Crimes et châtiments

La semaine suivant sa prise de fonctions, Georges Papandréou , dit « Georgaki » (le petit Georges, par opposition à son grand-père le ministre Georges Papandréou, père d’Andréas) commence son mandat par honorer avant terme tout un paquet d’obligations émises par l’Etat Grec et qui n’étaient dûes qu’en 2010, et c’est sa première mesure le lendemain de son élection, en urgence et dans une discrétion totale. Première bourde.

Puis il découvre « brutalement » (sic …, comme si il débarquait en politique, comme si son parti n’avait pas tenu les rênes du pays pendant plus de quinze ans depuis 1981, comme si les politiciens ne se parlaient pas entre eux!), l’ampleur de la dette (prévision brute pour 2010 : 125% du PIB) et du déficit public (12.7% for 2009), gonflés encore plus par la manœuvre qu’il vient de faire, le chiffre réel de l’inflation, etc., etc. Et là, avec une légèreté inconcevable frisant l’idiotie totale, il s’empresse  de courir à Bruxelles pour clamer son « étonnement » et dénoncer la « mauvaise gestion » de son prédécesseur, comme si les statistiques du pays étaient cachées dans les tiroirs du bureau du Premier Ministre, les bonnes dans le tiroir de gauche, les truquées dans le tiroir de droite… Ce faisant, il déclenche une crise aux conséquences incalculables et sans doute fatales pour son pays. L’hypocrisie de la réaction « très choquée » des instances européennes et internationales à l’époque, en Novembre, est tout aussi révoltante. Comme si on ignorait totalement ce qui se passait en Grèce ! Comme si personne n’avait la moindre idée de la corruption, de la gabegie des fonds publics, des pots-de-vin (versés par le Saint-Esprit sans doute ??), ni de l’augmentation vertigineuse du coût de la vie en Grèce (parce-que personne n’y va jamais, en Grèce, bien sûr, pas même pour les vacances, personne n’a pu voir le café frappé et le souvlaki passer de 1 Euro à 4, 50 en 10 ans….), sans rapport avec les chiffres affichés de l’inflation ….Depuis un demi-siècle, c’est la même économie, que les différents gouvernements ont réussi tant bien que mal à gérer, avec les graves défaillances que tout le monde connaît, comme on connaît de manière légendaire les « combinazzione » à l’italienne. Mais tel le cafteur qui veut jouer au bon élève devant son maître (en chargeant l’année 2009 des prédécesseurs pour alléger l’année 2010 et apparaître comme un bon et vertueux gestionnaire), Georgaki crie son indignation. Mais la dénonciation des statistiques de la Grèce est plus qu’une gaffe. Dans le monde absolument sans pitié de la finance internationale, c’est un acte de délation, une véritable trahison envers la Grèce. Dans quel pays avancé a-t-on jamais vu un gouvernement dénoncer ses prédécesseurs sur la scène internationale ? Au contraire, partout, on lave son linge sale en famille. Simple question de bon sens ! Deuxième bourde, fatale, celle-là.

Papandréou, enfin, dans sa naïveté à parcourir le monde en tous sens pour clamer sa détresse, croit que les bonnes âmes de la social-démocratie, ses frères scandinaves et espagnols, autant que sa seconde patrie, l’Amérique noble et généreuse du nouveau gouvernement Obama (dont tout le monde sait en Grèce qu’un des restaurants favoris à Chicago était un restaurant grec, auquel il allait souvent en famille, donc Obama est forcément hellénophile….) se pencheront comme des fées sur le berceau de son bébé, la nouvelle Grèce socialiste, toute propre et fleurant bon sa nouvelle vertu et  son honnêteté recouvrée. Troisième bourde.

Car au lieu des fées, ce sont les chacals de la finance internationale, les fameux hedge funds qui lui tombent dessus. Capables de mobiliser des milliards de dollars depuis leurs paradis fiscaux, ils vont infliger une correction plus que sévère à la prime dont bénéficiait la dette grecque  grâce à son attelage à l’Euroland. Le déferlement des hedge funds sur les taux d’emprunt de la Grèce était prévisible, premièrement car ces fonds, dits alternatifs, interviennent là où un écart trop important entre la valeur réelle et la valeur cotée se fait sentir (notion de 1ère année de Sciences Eco …). Les maisons internationales de cotation, les unes après les autres, dégradent la note de la dette grecque, mais pendant un court laps de temps, celle-ci continue à bénéficier du paratonnerre Euro alors même qu’aucune mesure sérieuse n’est encore annoncée pour redresser la situation. Deuxièmement parce-que les hedge funds ont été les acteurs principaux à chaque crise économique  depuis les années 90 : au Mexique, en Asie, au Brésil, en Angleterre… Papandréou pensait-il que les milieux financiers n’allaient pas réagir à sa révision fracassante du niveau de la dette en Grèce ? En dénonçant les statistiques de son pays, Papandréou offre du pain béni à la spéculation qui va, ainsi, pouvoir s’adonner à son sport favori. « Le déficit public réel de la Grèce est le double de celui annoncé par la droite qui vient de quitter le pouvoir », leur dit Papandréou . «  Eh bien, tu paieras désormais la prime de risque de tes emprunts au double », lui rétorquent en écho les milieux de la finance. Du jour au lendemain, la dette grecque se retrouve alourdie de plusieurs milliards supplémentaires. Papandréou émet un premier paquet d’obligations qui ne trouvent preneur qu’à 6,2% (au lieu des 4,3% quelques mois plus tôt). Dans Le taux, qui change tous les jours comme un mauvais thriller, est aujourd’hui d’environ 8% ! Les fameux spread passent de 140 en Octobre à 300 fin Décembre, et à 453 Jeudi dernier. Chaque jour qui passe entretient le suspense jusqu’à la nausée pour les Grecs qui sont suspendus aux nouvelles quotidiennes comme on s’agrippe à la rampe lors d’une longue descente aux enfers.

Il ne se passe pas un jour sans que la presse internationale, notamment la presse allemande et anglo-saxonne, ne tire à boulets rouges sur la Grèce, sa gestion, sur les Grecs et leur mode de vie : Pilleurs de fonds européens ! Rois du farniente ! Menteurs ! Tricheurs ! Fainéants ! Pas un sou en poche, mais les cafétérias-vendant le café frappé à près de 5 euros la tasse- ne désemplissent pas ! C’est avec l’argent de l’Europe que vous cassez des assiettes toute la nuit sur les pistes des bouzoukia ! Remboursez ! Vendez vos îles ! Que n’a-t-on pas lu et entendu, et ce n’est pas fini ! Toute honte bue, le Grec fait le dos rond et attend que ça passe. Il en a vu d’autres. Au 2ème boulot au noir, il en ajoutera parfois un 3ème, quitte à travailler 18 heures par jour. Et que les Allemands, avec leurs 39 h hebdomadaires montre (suisse) en main continuent à le traiter de fainéant, alors qu’avec 1.900 heures annuelles, le Grec est déjà le champion absolu du travail en Europe. Il n’hésitera pas à en rajouter quelques-unes de plus pour servir la bière à l’Allemand et au Hollandais qui dépenseront, comme chaque été, les doigts de pied en éventail, le restant de leurs 1.500 h annuelles dans les tavernes grecques (chiffres Eurostat). Et que le Français le traite donc de tricheur, avec ses 35 h, ses RTT, sa couverture sociale totale, ses indemnités  de tout poil, son guide du Routard dans la poche pour trouver en vacances la taverne la moins chère et son sac au dos pour faire du camping sauvage, malgré les interdictions, sur les plages grecques. Il n’y a jamais eu d’Etat social en Grèce, et les Grecs ont appris à vivre sans et à « se débrouiller » tout seuls. Ils continueront, ce sera plus difficile, c’est tout. Alors, ils serrent les dents, et se serrent les coudes, avec, pour l’instant, un calme apparent assez remarquable, en reconnaissant volontiers qu’ils ont fait des bêtises et que la correction est en partie méritée. N’empêche. Sous la surface, amertume, colère et désillusion ne sont pas loin, car ils savent bien qu’ils ne sont pas les seuls à avoir dérapé. D’autres s’en sont mis plein les poches, et continuent à le faire, profitant sans scrupules du désordre de la situation pour empocher des bénéfices colossaux sur le dos de la Grèce, derrière les remontrances moralisatrices ou les déclarations de bonnes intentions, qui ne dupent pas la population grecque en tous cas.

Car enfin, la dette souveraine grecque ne représente pas grand-chose dans la finance internationale. Ce n’est que la moitié du bilan de Lehman Brothers. Mais les spéculateurs (et parmi eux ceux-là même qui avaient aidé la Grèce à « maquiller » ses chiffres et à s’endetter davantage) ont mis  et misé le paquet fin 2009 : 76 milliards de dollars, soit l’équivalent du tiers de la dette d’Octobre 2009. De quoi faire plier la moindre résistance et racheter au rabais ce que l’on a survendu à découvert la veille. De plus, la Grèce entraînant dans sa chute l’euro, les traders auront fait d’une pierre deux coups.

 

 

Une crise européenne
La Grèce permet aussi en ce moment au monde entier de découvrir une fois de plus les limites de l'Europe. D'abord car elle ne respecte pas les critères de Maastricht. Mais qui les respecte? Personne (ou presque). Premier problème. Ensuite elle a réussit à falsifier ses chiffres avec une facilité déconcertante, ce qui laisse planer un doute énorme sur la fiabilité des chiffres des autres pays. 2ème problème. Enfin, car elle a demandé un coup de pouce aux autres pays membres mais personne ne veut le lui donner. Union Européenne vous avez dit? 3ème problème.

On tape sur les doigts de la Grèce car c'est elle qui est le plus en difficulté, et elle s’est mise elle-même au ban des accusés, bien en vue sous les feux de la rampe. Mais tout le monde est en difficulté. L’Espagne avec son taux de chômage effarant et son parc immobilier à vendre, l’Italie ingouvernable avec sa corruption et ses pratiques mafieuses, le Portugal, dont les résultats équivalent à ceux de la Grèce, (les PIGS – Portugal, Italy, Greece, and Spain- comme les surnomment aimablement l’Europe du Nord, dont il ne faut pourtant pas regarder de trop près les comptes non plus  – voir des pays comme la Lettonie, l’Estonie, etc…), l’Irlande en très mauvaise posture, le Royaume-Uni dont la situation est catastrophique même si cela ce sait moins, la France et sa dette pléthorique, et jusqu’à la vertueuse et rigoureuse Allemagne, qui, si elle exporte beaucoup, a fait pourtant exploser les critères de Maastricht autant que les autres. Angela Merkel déclare que tout les pays ne respectant pas les critères doivent sortir de la zone Euro. Et bien, qu’ils sortent ! Tous, les uns après l'autre, tel des cancres qui n'ont pas fait leurs devoirs, mais à ce compte, l’euro disparaîtra purement et simplement. Les Grecs ne critiquent pas le fait que l'on ait tiré les sonnettes d'alarme pour la Grèce. C'est normal, il fallait le faire,  tout le monde le reconnaît, à commencer par eux-mêmes. Mais quand une région, une province ou un état d’une fédération a de mauvais résultats ou qu’on y voit des abus, on ne l’exclut pas du pays, on envoie, en interne, des contrôles fédéraux pour éviter les dérapages futurs. C'est la suite et la manière qui sont critiquables. A quoi sert donc l’Europe si ses membres, non seulement ne s’entraident pas, mais vont grossir la meute des carnassiers qui vont se repaître dans l’hallali lancé sur les plus faibles d’entre eux ?

L’Europe a demandé à la Grèce de réduire son déficit et on lui a imposé des mesures drastiques qui ont été annoncées fin Janvier. C’était de bonne guerre, et les Grecs ont subi ces mesures avec une résignation et un fatalisme assez remarquables, à la mesure de la reconnaissance de leurs fautes. Pour rappel, les impôts vont augmenter de manière effrayante, tandis que les salaires des fonctionnaires seront diminués d'environ 10%  (coût de l’opération : perte de l’équivalent de deux mois de salaire par personne et par an), la TVA a augmenté de 2% sur tous les produits (à 21% maintenant), le prix de l'essence a été augmenté théoriquement de 8 centimes d'euro (en réalité le litre d'essence est passé de 1€ à 1.40€ : pour exemple, le plein de ma voiture est passé en une semaine de 45 euros à 60 euros : d’accord, c’est le prix en France, mais pour la Grèce et les salaires grecs, c’est ruineux), le prix des cigarettes et de l'alcool de 20%, toutes les habitations de plus de 120 m2 sont surtaxées, ainsi que toutes les voitures chères (on les arrête maintenant sur la route pour demander au conducteur avec quelles ressources financières il a pu s’offrir une voiture de ce prix, ce qui aboutit in fine à un contrôle fiscal) etc. Imaginez le désordre en France si jamais de telles mesures étaient passées et appliquées en l'espace d'un mois. Mais malgré ces efforts considérables, l'Allemagne continue de faire le blocus sur la garantie des obligations grecques par les pays européens, les instances européennes se livrent à des marchandages sans fin pour savoir si et comment on va sauver la Grèce, un jour oui, un jour non, alimentant les montagnes russes des cotations  et les taux d'intérêts de la Grèce, qui flirtent désormais avec les 8%.

La Grèce a besoin de 25 milliards immédiatement. Sans cela, les fonctionnaires ne seront plus payés (déjà, l’Etat est en retard de deux mois en moyenne sur le paiement des salaires depuis Noël) et l'Etat sera en faillite. Georges Papandreou ne demande pas que cela soit l'Europe qui prête cet argent, et là encore, il fait n’importe quoi, et son discours est totalement confus : d’un côté, il fait le tour de toutes les capitales européennes et du monde pour évoquer les « problèmes » de la Grèce, de l’autre, il affirme que la Grèce s’en sortira toute seule grâce aux mesures prises et n’a pas besoin d’emprunter, ce qui est évidemment faux. Les Grecs seront forcés d’aller sur les marchés internationaux se financer. Le problème est qu'à 7,5% sur 10 ans c'est du suicide. En revanche, si l'Allemagne ou la France (par exemple) acceptaient de garantir les obligations grecques, ce taux devrait pouvoir passer à environ 3% (qui est le taux auquel la France et l'Allemagne empruntent aujourd'hui) et la Grèce aurait alors une chance de s'en sortir. Mais comme par ailleurs, les élections arrivent en Allemagne et  que la majorité des Allemands ne veulent plus payer pour les Grecs, ils se livrent à une campagne déchaînée contre eux.  Pourtant, l'Allemagne (ainsi que les autres pays européens) n'a pas intérêt à ce que la Grèce sorte de l'euro. Premièrement parce que les Allemands (banques et particuliers) détiennent une très grande partie des obligations grecques (les français et les anglais aussi d'ailleurs). Une sortie de l'euro et donc une faillite de la Grèce engendrerait des pertes colossales pour eux. Ensuite car l'Allemagne est le premier exportateur en Grèce et elle n'a pas intérêt à perdre le marché grec. Enfin, lorsque la Grèce va chercher à se financer dans les jours qui viennent, elle le fera à un taux exorbitant (vu que personne ne garantit ses obligations). Il est quasiment certain que ces obligations seront souscrites par les pays "forts", histoire de s'en mettre un peu plus dans les poches. Conclusion : Il est probable qu’Angela Merkel est en train de jouer au poker. Alors qu'elle sait très bien qu'elle sauvera la Grèce en cas de faillite, elle continue à lui dire non. Cela a deux effets : le premier aux yeux des Allemands, ce qui lui permettra de gagner les élections et le deuxième aux yeux des marchés, ce qui lui permettra de prêter aux grecs à 5% (le taux qu’elle exigeait en fin de semaine dernière) tout en se remboursant sur les obligations grecques dont le rendement est à plus de 6% . Et si la Grèce allait chercher de l'aide au FMI qui, eux, prêtent nettement moins cher, mais mettent les pays sous une tutelle draconienne? Elle s'en fiche complètement. Ca l'arrange même, car ainsi, elle serait perçue plus forte en Allemagne et, de plus,  si jamais il y avait un problème, c'est le FMI qui comblerait les trous. Cerise sur le gâteau, l'euro s'affaiblirait encore plus et les exportations allemandes seraient boostées. C’est ce qu’on appelle une « Win-Win situation » en anglais, une situation où on gagne de tous les côtés.

 

 

 


Et c’est vrai de tous les pays européens, et des investisseurs du monde entier : malgré leurs cris d’orfraie, les montagnes russes des taux d’intérêt et des spread de la Grèce leur permettent d’empocher des fortunes. Une mauvaise nouvelle en début de semaine dernière : les banques grecques vont piocher une grosse deuxième tranche du paquet de 28 milliards provisionné pour eux par l’Etat grec (ce qui veut dire que, malgré leurs bons résultats de 2009, elles manqueraient de liquidités ?? Pas vraiment surprenant, pourtant, qu’en voyant le jeu de yo-yo et la curée générale sur leur pays, les Grecs, pas suicidaires, ont commencé à retirer leur argent des banques, ne voulant pas se retrouver dans une situation similaire à celle de l’Argentine en 2001, situation, soit dit en passant, largement provoquée par les mesures imposées par le FMI – on prend les mêmes, et on recommence, c’est tout -) = on joue à la baisse, le spread monte à 453 (il était seulement à 300 quand les mesures de redressement ont été prises fin Janvier, mesures qui étaient censées calmer les marchés, mais visiblement, ces mesures n’ont en rien apaisé l’appétit sanguinaire des spéculateurs, ils n’ont pas fini d’extirper tout ce qu’ils peuvent d’un pays à genoux…). Une bonne nouvelle (détails du plan de sauvetage par l’Europe en cas de faillite et des garanties de paiement de Mr Trichet annoncés jeudi dernier) = on joue à la hausse, le spread redescend à 383 à la fermeture des bourses Vendredi soir. Pas le temps de respirer, car le soir même, comme par hasard, les agences de notation internationales choisissent ce moment précis pour annoncer qu’elles dégradent la notation de la Grèce jusqu’à B- (ce qui est le fond du fond, quasi l’équivalent des pays du Tiers-Monde), et on se doute bien que ce soir, lundi soir, le spread aura atteint de nouveaux sommets, et les bénéfices empochés aujourd’hui par les carnassiers seront toujours aussi substantiels….

Tous ces phénomènes sont bien connus des économistes, et ce n’est pas la première fois qu’ils se produisent. De tous temps, et dans le monde entier, les plus riches, les plus forts, ont protégé et développé leurs intérêts au détriment des plus faibles, des plus pauvres. La gestion « intelligente et avisée » n’a jamais été pratiquée par des philanthropes. Et c’est l’essence même de la finance que de dégager des profits, et comme le disent, très décontractés et avec leur habituel cynisme (bien éloigné des prétentions morales d’une Union Européenne qui passe son temps à s’auto-congratuler sur son attachement dévoué aux Droits de l’Homme), les Américains « It is not personal. ». Sauf que lorsqu’un pays pauvre adhère à l’Europe, c’est parce qu’il a pour perspective la protection tant financière, commerciale que politique de la grosse machine Europe, c’est aussi l’espoir implicite d’une prospérité tranquille. A cet égard, la crise financière grecque est là pour dissiper toutes les illusions, car bien qu’avant tout économique, la Communauté Economique prétendait et prétend toujours aussi être une communauté basée sur la solidarité entre nations sœurs et peuples frères. Et  c'est l'idée autant que la réalité de l’Europe qui en prend un coup, car elle ne protège en rien les plus faibles, malgré ses discours moralisateurs, ses donneurs de leçon permanente et c'est en cela qu’on peut parler de crise politique.


Or, le déficit de politique économique commune n’est rien comparé au déficit politique et humain que cette crise expose. Lire, et voir, la joie mauvaise, l’auto-satisfaction de la majorité des européens face au malheur grec donne vraiment la nausée à quiconque aime tant soit peu ce pays. C’est comme de voir un parent se réjouir de la chute d’un enfant ou un ami du malheur d’un autre ami, sous prétexte que ce dernier « l’a bien mérité » ; cela a quelque chose d’effroyable sur le plan humain, même si bien sûr, c’est vrai que les Grecs ont vraiment fait des bêtises, et ils le savent bien, les pauvres, surtout ceux qui n’en n’ont pas fait et qui sont les victimes de première ligne. Mais de là à s’en réjouir, à les faire ramper et à leur faire sentir à ce point l’amertume de l’aumône (et quelle aumône ? Ce sera un bénéfice de plus pour ceux qui l’accorderont) dont ils vont faire l’objet, c’est vraiment dur à voir de l’intérieur.


Impressions personnelles

Je ne suis pas grecque, mais après vingt ans de séjour, je connais bien ce pays, avec ses dysfonctionnements, ses côtés horripilants, ses ratages navrants, mais aussi sa magie, son énergie et ses paysages d’une beauté à couper le souffle. J’aime profondément ce pays, mais aussi ses habitants, ingénieux ou intelligents, débrouillards, généreux, très bosseurs, passionnés et enthousiastes, paradoxaux et excessifs, avec aussi tous leurs défauts (qui ne sont pas sans me rappeler parfois ceux de nos chers gaulois hâbleurs, indisciplinés et ingouvernables du temps d’Astérix), mais aussi leurs qualités. Tous les grecs ne sont pas des fripouilles ni des escrocs, ni des tricheurs, loin de là. Comme je le disais au début de mon analyse, si l’on veut  schématiser, je dirais qu’environ 25% des Grecs (et c’est déjà énorme) sont des fripouilles, des fraudeurs et des profiteurs qui le font sciemment, et qui se sont enrichis jusqu’à l’obscénité (il faut voir le luxe insensé des voitures, des villas des quartiers riches comme le mien), et l’insolence insupportable de tous ces nouveaux riches qui affichent leur richesse tapageuse avec l’arrogance et la grossièreté des parvenus incultes. Ceux-là vont bien voir leur vie se compliquer un peu, les contrôles sur leurs possessions matérielles en Grèce (très souvent au nom de parents ou de sociétés –écran) se faisant plus serrés. Mais leur argent est à l’abri, bien au chaud sur des comptes ou des investissements  à l’étranger, et ils trouveront encore, grâce à des avocats et comptables payés à prix d’or, des combines pour échapper au fisc. Ce sont eux qui ont l’argent, mais seule une partie infime reviendra dans les caisses de l’Etat grec, quelques soient les mesures prises.  Ensuite, 40 % des Grecs sont des petits  fraudeurs « occasionnels », des amateurs plus ou moins habiles, pas vraiment malhonnêtes, mais poussés à l’occasion par la nécessité, la lourdeur et l’injustice d’une bureaucratie infernale à tricher un peu, de temps en temps, à arrondir un peu les fin de mois par des combines un peu limites, pour atteindre le niveau de vie d’une classe moyenne (petite ou aisée). Enfin, il y a 35 % de Grecs parfaitement honnêtes, travailleurs, qui bossent dur pour survivre, qui ne trichent pas, qui n’ont pas d’emploi au noir, qui déclarent tout, et ceux-là se rencontrent dans toutes les couches de la société, même parfois jusque dans les classes les plus aisées (quand ils ont hérité d’une fortune ou de terrains, et qu’ils ont parallèlement eu une bonne éducation, tant morale qu’intellectuelle, peu nombreux c’est vrai, mais il en existe, j’en témoigne). Dans ces derniers 35 %, on trouve aussi une frange non négligeable de gens très pauvres, souvent des retraités ou des veuves, des Grecs « à l’ancienne », d’avant la société de consommation, avec des principes moraux très stricts, une grande fierté, et une grande dignité. J’en ai vu, de ces vieux ou vieilles qui font la queue à la poste pour retirer une retraite misérable de 350 euros pour le mois, et, lorsqu’il n’ont plus du tout de famille pour s’occuper d’eux (car en Grèce, la solidarité familiale est très forte, et on ne voit jamais un vieux en maison de retraite, quel que soit son état physique ou mental, tant qu’il a une famille pour s’occuper de lui, on le garde chez soi, toute autre réaction est impensable, et ils sont très critiques sur nos sociétés qui se débarrassent de leurs personnes âgées, du reste, les liens entre générations restent à la fois très forts et très naturels) ce sont les mêmes qu’on voit à l’aube, quand tout le monde dort et qu’ils pensent ne pas être vus, faire les poubelles pour trouver à manger ou à s’habiller, ou que l’on voit dans les terrains vagues et les champs courbés vers le sol avec leurs petits sacs plastiques du supermarché et un petit couteau pour ramasser ce qu’on appelle ici la « horta » (plantes sauvages, genre pissenlit) pour faire des salades.


Hélas, ce sont ces deux dernières catégories qui vont payer – et à un prix exorbitant- la note des écarts de la première catégorie. Car, sans être responsables de rien, ils vont s’appauvrir notablement, et pour les vieux dont je viens de parler, ils vont mourir, tout simplement. Ces messieurs du FMI et des directoires européens peuvent prôner la baisse des salaires et celle des retraites, mais quand on prend 10% d’une retraite de 400 euros ou, autre exemple,  pour le jeune informaticien qui travaille au CNRS local (bien diplômé, marié, deux enfants, tout juste recruté dans un emploi assimilé à la fonction publique pour un salaire mensuel de 800 euros nets) à qui on va enlever l’équivalent de 2 mois de salaire par an, et comment va-t-il pouvoir survivre, le malheureux, même si sa femme travaille ? Ne parlons pas de la secrétaire de Miltos, une fille admirable et dévouée, dont le mari est atteint d’un cancer et la sœur vient de mourir de manière subite, deux enfants à charge, et à qui Miltos vient de prêter de l’argent parce-qu’avec son seul salaire (pourtant assez élevé pour une secrétaire) elle ne peut plus faire face aux traites sur l’appartement et aux traitements médicaux de son mari ? Des exemples comme ceux-là, il y en a des milliers, et cela ne fait que commencer hélas, car Dieu seul sait ce que la déesse Europe et son Titan de père le FMI vont encore imposer au peuple grec pour le punir de ses écarts et finir par lui accorder l’aide dont il a besoin. Et j’admire, profondément, tous les jours, le courage, le stoïcisme, l’endurance de tous ces gens autour de moi ; on commence en effet à voir tous les jours autour de soi, les effets de la déroute : chaque jour boutiques, restaurants ferment et on voit fleurir des banderolles « A louer » « A vendre » sur les façades et les devantures. Le marché de l’immobilier est absolument gelé : il n’y a plus de transactions, et les prix baissent déjà beaucoup (Geoffroy- un privilégié grâce à l’héritage de son père) est actuellement en négociation ardue pour acheter entre 150 et 155.000 euros un appartement de 70 m2 affiché encore en Novembre à 195.000 euros). Il y a actuellement 180.000 logements disponibles sur le marché, ce qui, proportionnellement à la population, est absolument énorme. En dépit de tout cela, les Grecs gardent leur profonde générosité les uns envers les autres, et leur compassion intacte pour tous les opprimés de la terre. Le malheur ne les rend pas égoïstes, bien au contraire. Ils sont en passe de tout perdre, mais ils raclent leurs fonds de tiroirs pour envoyer des dons en Haïti. Toute petitesse leur est étrangère, c’est absolument incroyable. Mais ils sont angoissés. Et pessimistes, avec raison. Dans certaines couches de la société, la colère et l’amertume ne sont pas loin, pourtant. Et les politiques devraient bien se méfier de la colère du peuple. Les Grecs sont très endurants, mais c’est un peuple versatile et qui peut être d’une violence extrême et soudaine, dont le passé porte les traces sanglantes. La réaction de la rue grecque à long terme permet aussi aux dirigeants européens d’expérimenter les effets de l’application de mesures d’austérité draconiennes sur les populations, et comme cela ne se passe pas chez soi, c’est une éprouvette intéressante, non ??


Cependant la Grèce survivra, comme elle a survécu à tant d’autres crises. L’Europe finira en toute dernière extrémité par avancer ses « jaunets », au prix fort bien entendu, car elle ne peut laisser s’effondrer une pièce du puzzle sans risquer de démolir l’ensemble (l’effet domino) et elle sait bien où est son intérêt. Par sûr cependant que cela suffise. Trop peu, trop tard, trop cher…qui peut prédire ? Et si l’Europe ne veut pas, ce seront les vautours du FMI, et probablement les deux, qui compteront, distribueront au compte-goutte  et empocheront les deniers. Avec l’énergie qui les a toujours caractérisés, les Grecs s’en sortiront, même s’ils doivent mettre vingt ans à s’en remettre. Mais que restera-t-il de la souveraineté de la Grèce  entre-temps ou au bout du tunnel, c’est une question bien triste, dont nul ne détient la réponse aujourd’hui. En attendant, la vie quotidienne continue, et chacun fait du mieux qu’il peut.

Source: un camarade de l'IHEDN, dont je suis membre

Alternative Libérale - Tribune

Une réponse libérale à la crise grecque : prenons le chemin de la responsabilité !

Il est de bon ton depuis le début de la crise financière dont nous ne sommes pas sortis, même si certains indices récemment publiés sont positifs, de célébrer le retour des Etats dans le domaine économique et financier.

Confronté à une crise de confiance et de liquidité le système bancaire mondial ne pouvait, semble-t-il, continuer à financer l’économie réelle sans un soutien massif des Etats. C’est en tous les cas l’hypothèse qui a été retenue par la grande majorité des gouvernements qui ont avec diligence mis en place « des plans de sauvegarde » dont tous les établissements ont, directement ou indirectement, bénéficié dans les dix-huit derniers mois. Conséquence hélas prévisible, les dettes du système bancaire se sont agrégées aux déficits structurels des Etats. Elles n’ont pas disparu ; elles ont été nationalisées.

Nous ne tenterons pas de faire l’historique de la crise grecque qui relance un débat largement idéologique, selon nous dépassé, entre les tenants d’un super Etat européen et ceux limitant l’Union Européenne à une large zone de libre échange. La réalité européenne est aujourd’hui à mi chemin entre ces deux conceptions : une zone de libre échange sur 80% de son territoire avec un noyau plus restreint doté d’une monnaie unique. Mais un noyau hétérogène, sans politique économique unique, ni même fortement coordonnée, compte tenu des disparités de niveau de développement, de déficits publics et de prélèvements sociaux.

La Grèce a triché, aidée, semble-t-il, par de grandes institutions financières dont la responsabilité doit être activement recherchée. Elle n’est sans doute pas la seule à être dans cette situation… L'Union Européenne a de son côté pêché en détournant le regard.

Or, les variables traditionnelles d’ajustement (inflation, dévaluation, conflits armés) ont largement disparu, et la croissance de sortie de crise est, pour l’avenir prévisible, des plus modestes. Les marchés découvrent ainsi que la restructuration de la dette souveraine – rééchelonnement, voire abandon partiel des intérêts et ou du principal – devient une hypothèse de plus en plus probable. L’absence d’un mécanisme institutionnel de soutien des pays « maillon faible » de la zone Euro, et la réticence de l’Allemagne à jouer un rôle moteur de support renforcent de surcroît cette probabilité.

Les déclarations incantatoires de l’Eurogroupe, et de la Banque Centrale Européenne, peuvent apporter un répit temporaire. Mais le doute est désormais dans les esprits des acheteurs de papier gouvernemental, d’où l’explosion des « spreads » de crédit sur les émissions nouvelles et les fameux « credit default swaps ».

Les observateurs ont, aujourd’hui et dans un avenir relativement proche, pour seule ligne de mire les pourcents de dettes publiques sur PIB. Selon les analystes de Natixis, repris par Thomson Reuters vendredi dernier, la Grèce passerait de 116 à 137% de 2009 à 2011, l’Italie de 114 à 121%, la Belgique de 98 à 109%, la France de 78 à 91%, et l’Allemagne de 75 à 84%. La feuille de route des spéculateurs est toute tracée. Celle des investisseurs aussi qui évitent les pays les plus endettés, a fortiori lorsque leurs prélèvements obligatoires sont déjà très élevés.

La sortie pure et simple de l’Euro n’est, a priori, pas une option viable et crédible. L’erreur a été commise ; il faut en supporter les conséquences, même si ceci doit nous amener à revoir drastiquement pour l’avenir les critères d’acceptation des candidats à l’Euro déjà membres de l’Union et les mécanismes de contrôle des finances publiques.

En l’absence de mécanismes institutionnels de soutien, de bons esprits suggèrent de faire racheter ou garantir la dette existante ou nouvelle par des institutions financières d’Europe Occidentale, qui procureraient un rehaussement de crédit. Ceci nous paraît dangereux pour l’avenir, et ce d’autant plus que les banques françaises sont déjà les premiers établissements créanciers de la Grèce.

Nous sommes en revanche sensibles à l’argument sur la crédibilité de la Banque Centrale Européenne. La crise grecque est l’occasion pour la BCE de démontrer son indépendance au moment où les pressions politiques sont de nature à repousser encore à plus tard les réformes structurelles indispensables au retour d’une économie saine. La crédibilité de la zone Euro est également en jeu. Elle doit démontrer au monde qu’elle peut garantir aux investisseurs un environnement monétaire stable et équilibré.

La solution doit effectivement être recherchée au niveau européen. Elle passe par une réduction significative des déficits publics et l’inversement de la tendance à une augmentation de la dépense publique observée dans tous les pays européens, petits ou grands, surtout lorsque les prélèvements sont à des niveaux qui ne laissent plus de marge de manœuvre.

Comme l’écrit ce jour un gérant de fonds dans le Wall Street Journal, « only supply-side reforms can save Greece », et nous ajouterons l’ensemble des économies de la zone. La médecine dure du FMI ou de l’Union Européenne ne peut, à elle seule, suffire à rétablir les équilibres et la crédibilité de la monnaie unique. Seule une politique massive de désengagement du secteur public et de réforme administrative peut contribuer à rendre confiance aux marchés. Les enjeux vont en effet bien au-delà de la situation grecque. Ayons le courage politique d’essayer les solutions libérales ; les seules susceptibles d’inverser la tendance.

Nos compatriotes touchent du doigt aujourd’hui avec l’exemple grec les conséquences concrètes d’un déficit et d’une dette publique hors de contrôle. Si la crise grecque peut avoir un mérite, c’est bien celui-là. Au lieu de discours lénifiants sur une France prétendument à l’abri d’une telle crise, parlons avec courage aux Français. Ils ont toujours su se ressaisir le moment venu.

Jean-Claude Gruffat, Président du Conseil d’Orientation du club Réforme & Modernité
Louis-Marie Bachelot, Président d’Alternative Libérale
Didier Salavert, Vice-Président d’Alternative Libérale
Aurélien Véron, Président du Parti Libéral Démocrate

 

23:01 Écrit par HUMANITAS dans International | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : grèce, europe, euro, économie, corruption, politique, libéraux, histoire, état, etat-providence | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Quelle fine et juste analyse du peuple grec ! Je suis ravie de lire ces lignes. Ce texte rend aux Grecs un peu de justice et d'honneur et cela me fait chaud au coeur car j'aime cette terre et ce peuple de tout mon coeur. Ce texte reflète tout à fait ce que je pense des Grecs et ai pu constater sur place en Grèce. Je n'habite pas la Grèce mais je m'y rends souvent et régulièrement et j'ai de nombreux amis dans le pays ; des petites gens qui travaillent dur pour assurer l'éducation de leurs enfants et payer (cher !) le loyer de leur tout petit appartement, (apportant aussi aide et assistance aux parents, grands parents, et tout membre de la famille dans le besoin) et qui ne s'en sortent plus. Tout cela sans se plaindre, se levant tôt pour partir travailler et rentrant tard le soir après avoir assuré plusieurs jobs et travaillant même le week-end ! Il n'y a qu'à voir dans les rues d'Athènes le nombre de pauvres vieux qui, pour gagner quelques euros, vendent des billets de loterie, des koulouris, cirent les chaussures des passants, etc... J'ai vu leur situation se dégrader au fil du temps, mais toujours, lorsque nous leur demandons des nouvelles, ils nous disent, en se redressant fièrement et avec le sourire : "ça ira, on s'en sortira". Ils ont déjà fait face à tant de malheur ! Et ce n'est pas le courage qui leur a manqué. La nausée, oui je l'ai eue bien souvent en entendant des français colporter les paroles nauséabondes des médias, et ce, sans rien connaître de l'histoire du Peuple Grec. C'est vrai qu'il y a eu beaucoup de bêtises de faites et qu'une frange de la population s'est très mal conduite et continue de le faire ! mais j'espère de tout mon coeur que la Grèce trouvera une voie vers plus de justice, de paix et de bonheur. La Grèce a déjà payé un trop lourd tribu par le passé. Je trouve qu'on a vite fait de balayer tout ce que ce peuple a apporté à notre Europe pour ne retenir que les écarts du présent, écarts qui sont loin d'être uniquement le fait des Grecs !

Écrit par : MARIE Fr. | 11/02/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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