Avertir le modérateur

19/04/2010

Un nouveau virus: l'évaluation, un principe de précaution à la méritologie!

Tests.

Des compétences des écoliers aux politiques publiques, tout est bon !

 

http://w8.ac-amiens.fr/inspections/02/chateau-thierry1/img/banqueoutils.jpg

 

 

 

Alerte au virus de l'évaluation


Les enfants, les hôpitaux, les chercheurs, les policiers, et bientôt le bonheur de chacun… nous sommes tous évalués. La société fonctionne-t-elle mieux pour autant ?
Avez-vous pensé à calculer sur Internet vos risques d’avoir contracté la grippe H1N1? Et quand vous actualisez votre statut sur Facebook, savez-vous que votre “produit intérieur de bonheur” (PIB) sera estimé en fonction du nombre de termes positifs et négatifs que vous aurez utilisés ? Grâce aux travaux de la commission présidée par le Prix Nobel Joseph Stiglitz, le PIB laissera du reste peut-être la place au BNB (“bonheur national brut”).


Depuis peu, les collégiens apprennent en cours de géographie à évaluer un pays d’après son IDH (indice de développement humain), indicateur mis au point par le Nobel Amartya Sen, membre de la commission Stiglitz. Cet indice donne la même place à l’éducation et à la santé qu’au PNB, propulsant ainsi la Norvège en tête du classement mondial…
La société tout entière est atteinte du virus de l’évaluation, et passe beaucoup de temps à vérifier si elle a atteint les objectifs qu’elle s’était fixés. Mais comme elle ne cesse de remet-tre en question ces évaluations, on peut se demander si cette politique n’entraîne pas plus d’effets pervers que de bienfaits.


L’école, par exemple, pratique des évaluations systématiques des élèves depuis le début des années 1990. Les fonctionnaires de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance concoctent des tests qui changent au gré des réformes.
Pendant des années, les évaluations dans le primaire ont eu lieu en début de CE2 et de sixième, mais les professeurs doutaient des résultats. Les enfants, à peine rentrés des grandes vacances, n’étaient pas très performants, disaient-ils.
Devant la réticence des enseignants, l’Éducation nationale a sélectionné des échantillons d’élèves et leur a fait passer les mêmes tests juste avant la coupure d’été. Voici des extraits de ses conclusions : « Plus des trois quarts des items sont mieux réussis avant les vacances. On peut faire l’hypothèse que la plupart de ces items évaluent des compétences en cours d’acquisition. […] La reconnaissance des écrits et la gestion de l’information sont moyennement maîtrisées lorsqu’elles mettent en jeu des procé-dures complexes. » En revanche, « l’utilisation d’indices syntaxiques et morphosyntaxiques en vue de la reconstitution d’un texte ne présente pas d’écarts significatifs entre les deux niveaux ». En bon français, cela signifie que lorsqu’un enfant de 8 ans a appris quelque chose de nouveau peu avant l’été, il l’a oublié à la rentrée ! Était-ce vraiment la peine de dépenser tant d’énergie pour le savoir ? Sur la base de ces conclusions, les évaluations de primaire ont maintenant lieu en janvier au CM2 et en mai au CE1. Mais les enseignants de CM2 se plaignent que leurs élèves sont interrogés sur des parties du programme qu’ils n’ont pas encore vues !


De l’obligation de moyens à celle de résultats

Surtout, le principe suscite des interrogations. « Comment établir un diagnostic des acquis des élèves quand les corrections ne prennent en compte que les réponses toutes bonnes ou toutes fausses ? », se demande Claude Emin, ancien secrétaire général du Haut Conseil de l’évaluation de l’école (devenu Haut Conseil de l’éducation), coauteur avec Christian Forestier et Claude Thélot de Que vaut l’enseignement en France ? (Stock).


Les politiques publiques sont au-jourd’hui aussi évaluées que les écoliers. Depuis la révision de 2008, l’article 24 de la Constitution précise que le Parlement vote la loi, qu’il contrôle l’action du gouvernement et évalue les politiques publiques.
Venues des États-Unis, les pre-mières expériences de rationalisation des choix budgétaires (RCB) remontent aux années 1960, mais c’est dans les années 1980 qu’apparaît le mot évauation (Comité national d’évaluation du RMI, Conseil national de l’évaluation…). À partir de 2001, la loi organique relative aux lois de fi-nances introduit un changement profond dans la gestion du budget de l’État : d’une obligation de moyens celui-ci passe à une obligation de résultats.


Hôpitaux, chercheurs, policiers… sont “passés à la loupe”, avec le risque que les évalués modifient leur comportement pour aller dans le sens des évaluateurs. Le besoin de mesurer l’efficacité des poitiques conduites avec l’argent public est sans doute légitime, mais est-il possible d’évaluer le travail d’une infirmière ou de toute autre personne dont l’humanité et l’empathie sont au moins aussi importantes que le nombre de pansements effectués dans la journée ?


Autre enjeu, la recherche. Par souci de rigueur, pour que la recherche française puisse être reconnue sur le plan international, et pour mieux affecter les ressources financières aux laboratoires, une autorité administrative indépendante, l’Aeres (Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) a été créée en mars 2007. Elle attache beaucoup d’importance à la transparence. Près de 4 000 chercheurs français et étrangers participent à ses évaluations. Les rapports de l’Aeres sont mis en ligne sur Internet.


Mais beaucoup de chercheurs critiquent l’utilisation entre autres, par l’agence, des critères bibliométriques d’évaluation. Ceux-ci se basent essentiellement sur les publications. Les chercheurs sont donc obligés de publier beaucoup pour survivre. Mais Albert Einstein, par exemple, n’a pas publié grand-chose… Et que penser de son ami, le Suisse Auguste Piccard, qui disait que « l’expérimentation est le sport du savant » et n’a pas hésité à monter en ballon jusqu’à la stratosphère (16 000 mètres d’altitude !) pour vérifier les calculs d’Einstein sur la vitesse de la lumière ?


Tout secteur ou presque est évalué. C’est le cas des forces de l’ordre, dont l’action semble pourtant difficile à jauger en toute objectivité. Le 3 décembre 2009, les policiers manifestaient dans toute la France pour dénoncer la “politique du chiffre” qui les oblige à multiplier les timbres-amendes et les interpellations au détriment du travail de prévention auprès de la population, plus difficile à quantifier.


Internet a par ailleurs multiplié les possibilités d’évaluer tout et tout le monde. Des sites pour juger les profs ou les médecins se multiplient ; jusqu’ici dénoncés à chaque fois en France par des citoyens en colère, ils ont été fermés. Mais aux États-Unis les sites Ratemyprofessors.com et Ratemydoctor.com font le bonheur des internautes.
Sophie Humann,

source Valeurs Actuelles

19:23 Écrit par HUMANITAS dans Coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : évaluations, tests, compétences, enseignement | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Ravi, qu'un mot (méritologie) que je cherchais se retrouve sur la toile avec un ersatz de définition... Néanmoins, une relecture et en conséquence une évaluation de votre essai aurait permis d'éviter certaines fautes d'orthographes du niveau d'un élève de CE2 :)

Écrit par : Raymond | 15/04/2011

merci de votre commentaire Raymond; Prenez contact avec l'intéressée en direct, voir source au bas de cette article, merci de votre globale lecture....
Al

Écrit par : alan de Bx | 15/04/2011

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu