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08/04/2010

Berlin - Les offensives géantes de l’Armée Rouge (12 janvier – 9 mai 1945)

Un pan majeur de l’histoire militaire soviétique présenté par Jean Lopez, spécialiste du conflit germano-soviétique.


Les stratégies et les tactiques : l’art opératif

 

Dans son ouvrage Berlin, les offensives géantes de l’Armée Rouge (12 janvier – 9 mai 1945), Jean Lopez se livre à l’analyse des grandes offensives de l’Armée Rouge qui aboutirent à la reddition de Berlin, le 2 mai 1945. Longtemps obscurcie par la propagande issue de la guerre froide, la pensée militaire de l’armée russe est ici enfin révélée. On découvre ainsi que les soviétiques furent les inventeurs de l’art opératif, véritable révolution stratégique que l’ouest mettra plus d’un demi-siècle à adopter !

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Tout commence le 12 janvier 1945. Il s’agit de l’assaut final visant à achever le Reich. Pour arriver à leur but, les soviétiques ne lésinent pas sur les moyens. Le rapport de forces leur est largement favorable. Sur le front est, les Allemands disposent d’environ 500 000 hommes et d’à peine 1000 chars lorsque les deux « fronts » de Joukov et Koniev capitalisent plus de deux millions d’hommes et plus de 6000 chars. L’offensive débute sur la Vistule entre Varsovie et Cracovie, le but étant d’atteindre l’Oder et d’obtenir les conditions favorables pour asséner l’ultime coup sur Berlin. Les russes se sont fixé 45 jours pour prendre Berlin.

En trois jours, la défense allemande sur la Vistule est éventrée. Les "Fronts" de Joukov et de Koniev progressent de 300 à 600 kilomètres en dix-sept jours. L’opération Vistule-Oder est un succès énorme pour l’Armée Rouge, qui fait un sans-faute. La Ostheer est détruite à 75%, les pertes allemandes sont considérables. Les Russes sont à 65 kilomètres de Berlin. Que vont-ils faire ? Foncer sur Berlin ou renforcer leur position en Pologne par la conquête de nouveaux territoires ? Il faut préciser que cette question se pose alors qu’à Yalta, Churchill et Roosevelt remettent en cause la fixation de la frontière orientale de la Pologne. Staline, irrité, choisit alors de s’emparer du maximum de gages territoriaux. Voilà une des raisons qui l’amènent à porter la bataille en Prusse orientale et en Poméranie mais aussi en Silésie. Or, il faudra de longues semaines pour conquérir ces régions.

Pourquoi ces difficultés ? Tout d’abord, les soviétiques s’engagent dans une conquête plus importante avec moins de moyens mais surtout ils se heurtent à deux problèmes. Le premier constitue la faiblesse majeure de l’Armée Rouge : il s’agit de la dissolution morale de la troupe, une fois la frontière allemande franchie. On ne peut pas se battre, violer, piller et saccager en même temps. Le second problème est d’ordre logistique. Les Allemands détruisent ou occupent les principaux carrefours ferroviaires. Les Russes n’ont plus d’obus, de carburant… À ces deux raisons, il faut ajouter une résistance allemande surprenante renforcée par un sursaut exceptionnel de la Luftwaffe. Il ne s’agit là que d’obstacles retardant le succès de l’Armée Rouge, inévitable par les moyens engagés et l’état de décomposition de la Wehrmacht.


L’opération Prusse-Orientale


La conquête de la Prusse-orientale s’avère particulièrement atroce. La bataille de Königsberg, le 5 avril, illustre la violence et l’inhumanité de cette campagne. Les Russes engagent des moyens disproportionnés pour prendre cette ville de 372 000 habitants. Ils prévoient pas moins de deux armées aériennes, deux corps de chasseurs-bombardiers, soit au total près de 2500 appareils. Le 6 avril, les bombardements transforment la ville en mouroir de masse. Malgré une tentative de résistance, la ville est prise le 9 avril. Il s’agit du pire exemple de crémation complète et réfléchie. Le bilan de l’opération Prusse-Orientale est lourd. Les Russes ont réussi à détruire deux armées allemandes mais au prix de 200 000 tués et autant de prisonniers. Les pillages et bombardements laissent une contrée ruinée et vidée à 90% de sa population. Quant aux pertes soviétiques, elles aussi sont lourdes : plus de 126 000 tués, plus de 400 000 blessés, plus de 3500 chars détruits…


La course pour Berlin


Le « nettoyage des ailes » (Poméranie, Silésie, Prusse-Orientale) a quelque peu détourné les soviétiques de leur but initial qu’était Berlin. Alors que leurs forces sont encore éparpillées, les alliés franchissent le Rhin… Staline se sent menacé : les alliés ne vont-ils pas chercher à prendre Berlin les premiers ? Dès lors, Berlin redevient l’objectif suprême. Staline est prêt à tout pour arriver à ses fins. Il met en ligne trois fronts et n’hésite pas à jouer de la concurrence entre ses maréchaux, Koniev et Joukov : c’est à qui arrivera le premier !

L’opération Berlin se déroule en deux temps : la bataille pour Berlin puis la prise de la ville en elle-même. Les combats débutent le 16 avril, sur les hauteurs de Seelow. Cette bataille manque de tourner au fiasco, faute de préparation et d’information. Joukov a largement sous-estimé la résistance de la 9e armée allemande. Il faut dire que le sursaut allemand est remarquable. Malgré l’état de décomposition avancé du Reich, il arrive à mettre près d’un million d’hommes sur l’Oder et la Neisse. Ces hommes sont peu préparés mais assez bien équipés et permettent ainsi aux Allemands d’organiser une vraie défense. Se sachant perdus, leur but est de forcer les Russes à une coûteuse bataille d’attrition. Ils réussissent. L’avancée russe n’est pas aussi rapide que prévue et les pertes sont énormes (plus de 12000 tués en quatre jours).

Finalement, le 20 avril, les troupes soviétiques sont aux abords de Berlin. Sokolovsky arrive par le nord, et Koniev (qui venait de disperser le groupe d’armées du Centre) par le sud. Le 21 avril, la ville est complètement encerclée. Quant à Hitler, il se réfugie dans son bunker situé dans les jardins de la Chancellerie. Les forces allemandes à Berlin se résument à 300 000 soldats, mal équipés, ne disposant d’aucun engin lourd et de peu de munitions. Les renforts tant attendus n’arriveront jamais, car toutes les armées allemandes sont encerclées en différents points du front. Les combats dans la ville sont difficiles : les soldats allemands se battent pour chaque rue, chaque immeuble, chaque maison, avec acharnement. L’entrée en action de l’artillerie, des blindés et de l’aviation soviétique rend la résistance allemande vaine. Le 26, les russes prennent l’aéroport de Tempelhof, ce qui prive les troupes allemandes du peu de soutient que la Luftwaffe pouvait encore leur apporter. Le 30 avril 1945, Hitler et sa jeune épouse, Eva Braun, se suicident. Cette nouvelle n’ébranle pas les Berlinois qui continuent à défendre leur ville. Le soir même, les soldats de l’Armée rouge s’emparent du Reichstag et y plantent le drapeau soviétique. Le 1er mai 1945, le général Weidling (commandant de la garnison de Berlin) n’a plus d’autre choix que de capituler. Deux jours de combats sont toutefois encore nécessaires pour vaincre les dernières résistances.

L’opération Berlin est une des plus sanglantes de la guerre. On estime à un demi-million le nombre de tués, militaires et civils, pour l’ensemble de l’opération.


Que retenir de ces épisodes sanglants ?


Tout d’abord, l’ensemble de ces dernières opérations était-il vraiment nécessaire ? Oui, dans la mesure où Hitler a imposé l’anéantissement complet d’un des protagonistes pour arrêter la guerre. On peut donc estimer que la volonté d’Hitler est la cause de cette prolongation inutile. Mais Hitler est-il le seul responsable ? Non. Et c’est là un des enseignements majeurs du livre de Jean Lopez : les chefs de la Wehrmacht sont coresponsables. L’auteur de Berlin insiste sur leur faillite morale et professionnelle : « Aveuglés par un complexe de supériorité délirant, les chefs de la Wehrmacht se sont montrés incapables de protéger leur peuple, incapables de mettre fin à la guerre, comme ils se sont montrés incapables de rivaliser avec la pensée stratégico-opérative des soviétiques ». C’est là, le second point majeur mis en exergue par Jean Lopez : inventeurs de l’art opératif, les soviétiques sont de bons militaires. Leur victoire n’est pas le seul résultat de leur supériorité numérique, mais le fruit d’une pensée militaire en avance de cinquante ans sur le reste du monde. En effet, cette offensive géante de l’Armée rouge représente le modèle quasi-parfait de la « bataille en profondeur » théorisée par les soviétiques dès les années 1930 et mise en application pour la première fois.

 

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