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10/03/2010

Ne nous voilons pas la face(2)! et journée de la Femme!

Vu la qualité du texte je vous encourage  à le lire jusqu'à la  fin. A
lire  aussi "Ma vie à contre-coran" ouvrage  courageux du même auteur.
Et bien sur à faire suivre à toutes vos connaissances


cliquez l'image pour lire le premier post de "Ne nous voilons pas la face"


Ce texte de  Djemila Benhabib, qui a été lu devant les  sénateurs en novembre dernier et dont je ne  crois pas que la presse se soit beaucoup fait  l'écho ; il mérite d'être largement  diffusé.

A notre tour, assurons sa diffusion  pour que des voix comme la sienne soient  entendues et qu'un
maximum de personnes puisse  se sentir concernées par cette  question

Texte  de Djemila  Benhabib, lu  devant les sénateurs palais du Luxembourg
à  Paris
13  novembre  2009


MISSION  PARLEMENTAIRE SUR LE VOILE  INTEGRAL

par Djemila Benhabib, auteur d'un  ouvrage critique

Mesdames les sénatrices, Mesdames les  présidentes, Mesdames et messieurs
les  dignitaires,

http://www.cyberpresse.ca/images/bizphotos/435x290/200903/07/53595.jpg

Chers  amis,
Merci mille  fois de ce grand honneur que vous me  faites, aujourd'hui, de me consacrer parmi les  Femmes debout et de permettre à ma voix, celle d'une femme  de culture musulmane féministe et laïque de résonner dans  cette prestigieuse institution de la  République.

Merci à vous, mes amies de Femmes solidaires et de la  Ligue du droit international des femmes pour votre  travail acharné, permanent et indispensable que ce soit  dans les quartiers, auprès des femmes victimes de  violences et discriminations, des sans papiers ou  encore au sein des politiques et des instances onusiennes.  C'est dire que c'est ici, localement que prend racine le  travail pour les droits des femmes pour se répercuter à  l'échelle internationale. C'est dire aussi que la  Marche des femmes pour la liberté et l'égalité est  une et indivisible. Lorsqu'une femme souffre dans  un quelconque endroit de la planète, c'est notre affaire  à toutes et à tous. Merci de nous faire sentir de mille  façons que nous sommes les maillons d'une même  chaîne. Voilà  encore quelques années, je n'aurais jamais  imaginé que ma vie de  femme, que ma vie de militante serait si intimement liée au féminisme  et à la laïcité. Je  vous surprendrai peut-être en vous avouant que  je ne suis pas  devenue féministe en tournant les pages du /Deuxième Sexe/, ni en me  plongeant dans ce magnifique roman d'Aragon /Les Cloches de  Bâle/, où il était  question entre autres de Clara Zetkin et de  Rosa Luxembourg,  deux figures de proue du féminisme et de  la paix dans le  monde.


Je  ne suis pas devenue laïque en m'abreuvant de  Spinoza, de Ibn  Al-Arabi, de Descartes, de Ibn Khaldoun, ou  de Voltaire, mon maître.  Absolument pas.
J'aurais  pu tourner mon regard ailleurs pour me  perdre dans cette  enfance si heureuse que j'ai eue dans  une famille  généreuse, cultivée, ouverte sur le monde et  sur les autres,  profondément engagée pour la démocratie  et la justice sociale.  J'aurais pu m'égarer dans la beauté de cette ville qu'est Oran où il  faisait si bon vivre au bord de la mer. Cette ville qui a propulsé  la carrière littéraire d'Albert Camus, avec son  célèbre roman /La peste/, jusqu'au Nobel de littérature.  J'aurais pu ne rien  voir, ne rien entendre des brimades, du mépris,  de humiliations  et des violences qu'on déversait sur les femmes. J'ai choisi de voir  et d'écouter d'abord avec mes yeux et mes oreilles d'enfant. Plus  tard, j'ai choisi  de dire les aspirations de toutes ces femmes  qui ont marqué ma  vie pour que plus jamais, plus aucune femme dans le monde, n'ait  honte d'être femme. Pour  vous dire vrai, à l'enfance et surtout à l'adolescence, je n'ai  jamais rêvé de mariage, de prince charmant, de robe longue, de grande  maison, d'enfants et de famille. Les quelques mariages auxquels  j'avais assisté, en  Algérie, me faisaient sentir que la  femme était un objet  bien plus qu'un sujet. Inutile de vous préciser que ma perspective était  ultra-minoritaire, car les femmes sont formatées à devenir des  épouses puis des mères  dès l'enfance. Je devais avoir, quoi, cinq,  six,  peut-être sept  ans tout au plus, lorsqu'on me somma de rejoindre ma grand-mère dans  la cuisine, car ma place naturelle était à mi-distance entre les  fourneaux et la buanderie, de façon à pouvoir faire  éclater mes talents de cuisinière et de ménagère le moment  venu.
En  1984, l 'Algérie adopte un code de la famille  inspiré de la charia  islamique. J'ai 12 ans à cette époque. Brièvement, ce code exige de  l'épouse d'obéir à son mari et à ses beaux-parents, permet la  répudiation, la polygamie, destitue la femme de son  autorité parentale, permet à l'époux de corriger sa femme et  en matière d'héritage comme de témoignage,  l'inégalité est érigée en système puisque la voix de deux femmes  équivaut à celle  d'un homme tout comme les parts  d'héritage.


Question : L'Algérie est-elle devenue musulmane en 1984 ?

Réponse : Je vous la donnerai pendant le débat tout  à l'heure si vous le souhaitez.

Pour  ce qui est de la laïcité, j'ai compris sa  nécessité lorsque, au  tout début des années 1990, le Front islamique du salut (FIS) a  mis à genoux mon pays l'Algérie par le feu et par le sang en  assassinant des milliers d'Algériens. Aujourd'hui, on est  forcé de constater que  les choses n'ont pas tellement changé.


Trop  de femmes dans le monde se font encore  humilier, battre,  violenter, répudier, assassiner, brûler, fouetter et lapider. Au nom  de quoi ? De la religion, de l'islam en l'occurrence et de son  instrumentalisation. Pour refuser un mariage arrangé, le port  du voile islamique ou  encore pour avoir demandé le divorce,  porté un pantalon,  conduit une voiture et même avoir  franchi le seuil de la porte  sans la permission du mâle, des femmes, tant de femmes subissent la  barbarie dans leur chair... Je pense en particulier à nos  sœurs iraniennes qui ont défilé dans les rues de Téhéran  pour faire trembler l'un des pires dictateurs au  monde : Ahmadinejad.  Je pense à *Neda*, cette jeune Iranienne assassinée à l'âge de 26  ans. Nous avons tous vu cette image de Neda gisant sur le sol, le sang  dégoulinant de sa  bouche... Je pense à Nojoud Ali, cette  petite Yéménite de 10  ans, qui a été mariée de force à un  homme qui a trois  fois son âge et qui s'est battue pour obtenir le droit de  divorcer. et qui l'a obtenu. Je pense à Loubna Al-Hussein qui a  fait trembler le gouvernement de Khartoum l'été dernier à  cause de sa tenue  vestimentaire.

La  pire condition féminine dans le globe, c'est  celle que vivent les  femmes dans les pays musulmans. C'est un fait et nous devons le  reconnaître. C'est cela notre première solidarité à l'égard de toutes  celles qui défient  les pires régimes tyranniques au monde.  Qui oserait dire  le contraire ? Qui oserait prétendre l'inverse ? Les islamistes  et leurs complices ? Certainement. Mais pas seulement.


Il  y a aussi ce courant de pensée relativiste  qui prétend qu'au  nom des cultures et des traditions nous devons accepter la  régression, qui confine l'autre dans un statut de victime  perpétuelle et nous culpabilise pour nos choix de société en nous  traitant de racistes et d'islamophobes lorsque nous défendons  l'égalité des sexes  et la laïcité. C'est cette même gauche qui  ouvre les bras à  Tarik Ramadan pour se pavaner de ville  en ville, de plateau de  TV en plateau de TV et cracher sur les valeurs de la  République.

Sachez  qu'il n'y a rien dans ma culture qui me prédestine à être éclipsée  sous un linceul, emblème ostentatoire de différence. Rien qui me  prédétermine à  accepter le triomphe de l'idiot, du sot et  du lâche, surtout si on  érige le médiocre en juge. Rien qui prépare mon sexe à être charcuté  sans que ma chair en suffoque. Rien qui me prédestine à  apprivoiser le fouet ou l'aiguillon. Rien qui me voue à  répudier la beauté et le plaisir. Rien qui me prédispose à  recevoir la froideur de la lame rouillée sur ma gorge.  Et si c'était le cas,  je renierais sans remords ni regret le ventre  de ma mère, la caresse  de mon père et le soleil qui m'a vu grandir.

L'islamisme  politique n'est pas l'expression d'une spécificité culturelle,  comme on prétend ça et là. C'est une affaire politique, une menace  collective qui s'attaque au fondement même de la  démocratie en faisant la promotion d'une idéologie violente,  sexiste, misogyne, raciste et  homophobe.

Nous  avons vu de quelle façon les mouvements  islamistes, avec la  complicité, la lâcheté et le soutien de  certains courants de  gauche cautionnent la régression  profonde qui s'est  installée au cœur même de nos villes. Au Canada, nous avons tout de  même failli avoir les tribunaux islamiques. En Grande-Bretagne  c'est déjà la norme  dans plusieurs communautés. D'un bout à l'autre  de la planète, le port  du voile islamique se répand et se banalise, il devient même une  alternative acceptable aux yeux de certains car c'est tout de même  mieux que la burqa !

Que  dire de la démission des démocraties  occidentale sur des  enjeux primordiaux à la base du  vivre-ensemble et de  la citoyenneté tels que la défense de  l'école publique, des  services publics et de la neutralité  de l'État ?

Que dire  des reculs en matière d'accessibilité  à l'avortement ici même en France ?

 

Tout  ça pour dire qu'il est toujours possible de  faire avancer les  sociétés grâce à notre courage, notre détermination et à notre  audace. Je ne vous dis pas que ce sont là des choix faciles. Loin de là.  Les chemins de la  liberté sont toujours des chemins escarpés. Ce  sont les seuls  chemins de l'émancipation humaine, je  n'en connais pas d'autres.

Cette  merveilleuse page d'histoire, de NOTRE  histoire, nous enseigne  que subir n'est pas se soumettre. Car par-delà les injustices et  les humiliations, il y a aussi les résistances. Résister, c'est se  donner le droit de  choisir sa destinée. C'est cela pour moi le féminisme. Une  destinée non pas individuelle, mais collective pour la dignité de  TOUTES les femmes. C'est ainsi que j'ai donné un sens à ma vie en  liant mon destin de  femme à tous ceux qui rêvent d'égalité et  de laïcité comme  fondement même de la démocratie.

L'histoire regorge d'exemples de  religions qui débordent de la sphère privée pour envahir la sphère  publique et devenir  la loi. Dans ce contexte, les femmes sont  les premières  perdantes. Pas seulement. La vie, dans  ses multiples  dimensions, devient soudainement  sclérosée lorsque la loi  de Dieu se mêle à la loi des hommes pour organiser les moindres faits  et gestes de tous. Il n'y a plus de place pour les avancées  scientifiques, la littérature, le théâtre, la musique, la  danse, la peinture, le  cinéma, bref la vie tout simplement.  Seuls la régression  et les interdits se multiplient. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai  une aversion profonde à l'égard des intégrismes quels qu'ils  soient, car je suis une amoureuse de la  vie.

Rappelez-vous  une chose : lorsque la religion régit la vie de la cité, nous ne  sommes plus dans l'espace du possible, nous ne sommes plus dans le  référentiel des doutes,  nous ne sommes plus dans le repère de la  Raison et de la  rationalité si chères aux Lumières.  Séparer l'espace  public de l'espace privé en réaffirmant  la neutralité de l'État  me semble indispensable, car seule la laïcité permet de se doter d'un  espace commun, appelons-le un référentiel citoyen, loin  de toute croyances et  de toutes les incroyances, pour prendre  en main la destinée de  la cité. Avant de conclure,  permettez-moi de partager avec vous une  lettre destinée à l'un de vos élus.

J'ai  longuement hésité avant de vous écrire.  Peut-être, par  peur d'être perçue comme celle venue d'ailleurs  qui fait  indélicatement irruption dans les «  affaires françaises ».  Au diable les convenances, je n'ai  jamais été douée pour  la bienséance surtout lorsqu'elle est au service des plus forts, des  plus puissants et des plus arrogants. Puis, s'il avait fallu que je  vive en fonction du  regard des autres, je n'aurais rien fait  de ma vie ou si peu.  Lorsqu'il s'agit des droits des femmes, nulle convenance ne doit  primer sur l'essentiel.

L'essentiel étant : la liberté, l'égalité  et l'émancipation des  femmes. J'entends encore des copines françaises me dirent avec  insistance : parle-lui, dis-lui, écris-lui. Étrangement, leurs  propos me rappellent le  titre de ce magnifique film d'Almodovar /Parle avec elle/ où dès les  premiers instants, le  rideau se lève furtivement, pendant quelques secondes, sur un spectacle  de danse, mettant en scène le corps d'une femme, celui de Pina  Bausch. Elle qui  exprimait si bien dans ses chorégraphies crûment  la violence exercée à  l'encontre des femmes.

Monsieur  Gérin, c'est à vous que je m'adresse, je voudrais vous parler, vous  dire la peur que j'ai connu le 25 mars 1994 alors que j'habitais à Oran, en  Algérie et que le  Groupe islamique armé (GIA) avait ordonné  aux femmes de mon  pays le port du voile islamique. Ce jour-là, j'ai marché la tête nue  ainsi que des millions d'autres Algériennes.. Nous avons défié la  mort. Nous avons  joué à cache-cache avec les sanguinaires du GIA  et le souvenir de Katia  Bengana, une jeune lycéenne âgée de 17 ans assassinée le 28 février  1994 à la sortie de son lycée planait sur nos têtes nues. Il y a  des événements fondateurs dans une vie et qui donnent une  direction particulière  au destin de tout un chacun. Celui-là,  en est un pour moi.  Depuis ce jour-là, j'ai une aversion  profonde pour tout ce qui  est hidjab, voile, burqa, niqab, tchador, jilbab, khimar et  compagnie. Or, aujourd'hui vous êtes à la tête d'une  commission parlementaire chargée de se pencher sur le  port du voile intégral en France.

En mars dernier, je publiais  au Québec, un livre intitulé /Ma vie à contre-Coran/ : une  femme témoigne sur les  islamistes. Dès les premières phrases,  je donnais le ton de ce  qu'est devenue ma vie en termes d'engagements politiques en  écrivant ceci : « J'ai vécu les prémisses d'une dictature islamiste.  C'était au début  des années 1990. Je n'avais pas encore 18  ans. J'étais  coupable d'être femme, féministe et laïque. »  Je dois vous avouer que  je ne suis pas féministe et laïque par vocation, je le suis par  nécessité, par la force des choses, par ces souffrances qui imprègnent  mon corps car je ne  peux me résoudre à voir l'islamisme  politique gagner du  terrain ici même et partout dans le monde.  Je suis devenue  féministe et laïque à force de voir  autour de moi des  femmes souffrir en silence derrière des portes closes pour cacher  leur sexe et leur douleur, pour étouffer leurs désirs et taire leurs  rêves.

Il  fut un temps où on s'interrogeait en France sur  le port du voile  islamique à l'école. Aujourd'hui, il est question de voile intégral.  Au lieu d'élargir la portée de la loi de 2004 aux établissements  universitaires, nous  débattons sur la possibilité de laisser  déambuler dans nos rues  des cercueils. Est-ce normal ? Demain peut-être c'est la polygamie  qui sera à l'ordre du jour. Ne riez pas. Cela s'est produit au Canada  et il a fallu que les  cours (de justice) s'en mêlent. Car après  tout la culture à  bon dos lorsqu'il s'agit d'opprimer les femmes. Ironie du sort, j'ai  constaté dans plusieurs quartiers que les jupes se rallongent et  disparaissent peu à  peu. La palette des couleurs se réduit. Il  est devenu banal  de camoufler son corps derrière un voile  et porter une jupe, un  acte de résistance. C'est tout de même une banlieue française qui est  le théâtre du film  /La Journée de la jupe. Alors que dans les rues  de Téhéran et de  Khartoum, les femmes se découvrent de  plus en plus, au  péril de leur vie, dans les territoires perdus de la République  française, le voile est devenu la  
norme.


Que  se passe-t-il ? La  France est-elle devenue malade ?


Le  voile islamique est souvent présenté comme  faisant partie de «  l'identité collective musulmane ». Or,  il n'en est rien. Il est  l'emblème de l'intégrisme musulman partout dans le monde. S'il a une  connotation particulière, elle est plutôt politique  surtout avec l'avènement de la révolution islamique en  Iran en 1979.

Que  l'on ne s'y trompe pas, le voile islamique cache  la peur des femmes, de  leur corps, de leur liberté et de leur sexualité.

Pire  encore, la perversion est poussée à son  paroxysme en voilant des  enfants de moins de cinq ans. Il y a quelques temps, j'essayais  de me rappeler à quel moment précisément, en Algérie, j'ai vu  apparaître ce voile dans les salles de classe. Pendant mon  enfance et jusqu'à  mon entrée au lycée, c'est-à-dire en 1987, le  port du voile  islamique était marginal autour de moi.  À l'école primaire,  personne ne portait le hidjab, ni  parmi les enseignants, ni surtout  parmi les élèves.

Voilà  12 ans que j'habite au Québec dont la  devise inscrite sur  les plaques d'immatriculation des  voitures est « Je me  souviens ». A propos de mémoire, de quoi  la France devrait-elle  se souvenir ? Quelle est porteuse des Lumières. Que des millions de  femmes se nourrissent des écrits de Simone de Beauvoir dont le  nom est indissociable  de celui de Djamila Boupacha. C'est peu dire. Il ne fait aucun doute  pour moi que la France est un grand pays et ceci vous confère des  responsabilités et des  devoirs envers nous tous, les petits.  C'est d'ailleurs  pour cela qu'aujourd'hui, tous les  regards sont tournés  vers votre commission et que nous  attendons de vous que  vous fassiez preuve de courage et de responsabilité en  interdisant le port de la burqa.

Pour  notre part au Québec, on se souvient qu'en  1961, pour la  première fois dans l'histoire, une femme,  une avocate de  surcroît, est élue à l'Assemblée  législative lors  d'une élection partielle. Son nom est  Claire Kirkland et  elle deviendra ministre. En invoquant un vieux règlement  parlementaire qui exigeait des femmes le port du chapeau pour se  présenter à l'Assemblée législative, on la force à se couvrir la  tête pendant les  sessions. Elle refuse. C'est le  scandale. Un  journal titre : « Une femme nu-tête à  l'Assemblée législative ! » Elle résiste et  obtient gain de cause.

Il  faut comprendre par là que nos droits sont des  acquis fragiles à  défendre avec acharnement et qu'ils sont  le résultat de luttes  collectives pour lesquelles se sont engagés des millions de femmes et  d'hommes épris de liberté et de justice. J'ose espérer,  monsieur Gérin, que la  commission que vous présidez tiendra compte de tous ces  sacrifices et de toutes ces aspirations citoyennes à travers le monde  et les siècles.

A  vous chers amis, s'il y a une chose, une seule,  que je souhaiterais  que vous reteniez de ces quelques mots c'est la suivante. Entre une  certaine gauche démissionnaire, le racisme de l'extrême  droite et le laisser-faire et la complicité des  gouvernements nous avons la possibilité de changer les  choses, plus encore nous avons la responsabilité historique de  faire avancer les  droits des femmes. Nous sommes, en quelque  sorte, responsables  de notre avenir et de celui de nos  enfants. Car il prendra  la direction que nous lui donnerons.

Nous, les citoyens. Nous,  les peuples du monde. Par nos gestes, par nos actions et par notre  mobilisation. Toutes les  énergies citoyennes sont nécessaires  d'un pays à l'autre  au-delà des frontières. L'avenir nous appartient. La femme est  l'avenir de l'homme disait Aragon. S'agissant d'homme, je veux en  saluer un présent aujourd'hui, c'est mon père à qui je dois  tout

.Et  je finirai par une citation de Simone de  Beauvoir : « On a le  droit de crier mais il faut que ce cri  soit écouté, il  faut que cela tienne debout, il faut que  cela résonne chez  les autres. » J'ose  espérer que mon cri  aura un écho  parmi vous.

Djemila  Benhabib

Lettre lue au Palais du  Luxembourg, le vendredi 13 novembre 2009, lors de la journée "Femmes  debout", organisée par  Femmes Solidaires et la Ligue du Droit International des  Femmes

Lire aussi sur carnet d'ysengrimus:

Athée, rationaliste et… solidaire de ma compatriote au hidjab

Hier la journée de la femme

SPECIAL JOURNEE DE LA FEMME :

Les femmes à l'assaut des conseils d'administration

Source: LE MONDE ECONOMIE le 08.03.10

Le combat n'est pas encore gagné mais bien engagé. C'est ce qui ressort de l'adoption par l'Assemblée nationale, le 20 janvier, d'une proposition de loi, présentée par le président du groupe UMP, Jean-François Copé, et la députée (UMP) Marie-Jo Zimmermann, instaurant 40 % de femmes dans les conseils d'administration des entreprises.

Une perception variable de la parité

Près de 70 % des salariés pensent que les efforts des entreprises pour promouvoir la parité sont inefficaces. Les deux freins sont le manque d'implication de la direction et le défaut de programme structuré avec des indicateurs précis de mesure. Ce sont les conclusions de l'étude du cabinet de conseil Bain & Company, réalisée auprès de 1 834 personnes du 6 au 13 janvier. Elle note une perception de la parité qui diffère selon le sexe : 48 % des hommes sont convaincus que la parité doit faire partie des objectifs de leur société contre 84 % des femmes. Seules 30 % des femmes estiment qu'elles ont des chances équivalentes d'être promues à des postes de direction par rapport à leurs collègues masculins, alors que 66 % des hommes pensent que les femmes ont des chances identiques. Les trois quarts des dirigeants masculins ont un conjoint qui a fait des sacrifices pour eux, contre 30 % des femmes dirigeantes.

 

Après examen par le Sénat et une fois la loi promulguée, les entreprises cotées et publiques disposeront de six ans pour féminiser leurs assemblées, avec un palier de 20 % de femmes au bout de trois ans, sous peine de voir annulées les nominations non conformes. Du jamais-vu en France.

Les conseils d'administration sont encore trustés par les hommes : on dénombre seulement 8 % de femmes dans les 500 premières sociétés françaises et 10,5 % pour les entreprises du CAC 40. Selon le cabinet Ernst & Young, seuls 98 individus - dans 90 % des cas, un homme âgé en moyenne de 59 ans - détiennent 43 % des droits de vote des sociétés du CAC 40. "Il n'y a aucun pays démocratique au monde où l'on trouve un tel phénomène massif de consanguinité", déplore Daniel Lebègue, président de l'Institut français des administrateurs (IFA). L'IFA, qui s'était prononcé en 2005 pour une démarche volontariste, soutient la proposition de loi "au nom de l'amélioration de la gouvernance des entreprises, basée sur des expertises variées et sur un faible cumul des mandats d'administrateurs".

De la même façon, de nombreuses femmes d'affaires se sont converties à la méthode des quotas, sur le modèle des lois sur la parité en politique. "Elles ont constaté que des mesures non contraignantes ne parvenaient pas à briser le plafond de verre", analyse Catherine Marry, directrice de recherche au CNRS, spécialiste des questions d'égalité professionnelle. L'étranger a joué un rôle déterminant dans ce retour en grâce des quotas. En 2003, la Norvège adopte une loi pour instaurer 40 % dans les conseils d'administration. Résultat : 7 % de femmes en 2003, 40 % en 2008. En 2007, l'Espagne vote la même obligation, avec pour date butoir 2015.

Dans un rapport sur l'égalité professionnelle remis au gouvernement en juillet 2009, Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales, propose d'importer ce système en France, "en raison de la réussite des expériences à l'étranger et de la proportion de femmes cadres dans le secteur privé, de 41 %". Les adversaires de cette "discrimination positive" disent craindre de voir les conseils d'administration sacrifier la compétence au profit du sexe et peiner à recruter suffisamment de femmes. Selon le dernier rapport de la délégation aux droits des femmes de l'Assemblée, la loi impliquera de trouver entre 1 350 administratrices, si chacune cumule deux mandats, et 550 si elles en cumulent cinq, soit "un objectif réaliste".

"Ces viviers de femmes compétentes existent mais ne sont pas visibles. Il s'agit donc de les identifier et de les mettre en contact avec les décideurs", répond Véronique Préaux-Cobti. La directrice du cabinet de conseil Diafora travaille ainsi depuis trois ans avec Marie-Claude Peyrache, ancienne cadre dirigeante de France Télécom, sur un programme de "cross-mentoring" (échange entre une personne, le mentor, qui partage son expérience professionnelle avec une autre en vue de l'aider à développer ses compétences) intitulé "Board women partners".

"Elargir les profils"

Le principe est simple : chaque PDG s'engage à identifier parmi ses cadres deux ou trois femmes aptes à accéder au poste d'administratrice et à coacher une femme d'une autre entreprise. Pour l'instant, la vingtaine de patrons participants a contribué à faire émerger une liste d'environ 25 femmes. "Le fait d'être sollicitées fait disparaître les réticences qu'elles pourraient avoir à prétendre à ce type de poste", assure Mme Préaux-Cobti.

Les administrateurs sont essentiellement recrutés parmi les présidents d'entreprise, les directeurs généraux et les actionnaires, des postes qui accueillent très peu de femmes. "L'idée est de s'intéresser à d'autres potentiels, comme des patronnes de PME, des juristes ou des économistes", liste Véronique Morali, présidente de Fimalac Développement et fondatrice du site Terrafemina.

Cette administratrice de plusieurs entreprises comme La Compagnie financière Edmond de Rothschild, Coca-Cola Enterprises Inc et Havas a lancé, en décembre 2009, l'antenne française du Women corporate directors. "Nous organisons des dîners qui permettent à des femmes administratrices d'entrer en contact avec des candidates afin de les introduire auprès de PDG", explique-t-elle.

Dans ces réseaux, les intéressées se nomment Geneviève Férone, directrice du développement durable de Veolia, Caroline Mille-Langlois, directrice de la communication de PSA, ou encore Isabelle Seillier, présidente de JP Morgan France.

Anne Bouverot, directrice activité mobile de France Télécom et administratrice de Groupama depuis un an et demi, a bénéficié de ce programme de mentorat au Royaume-Uni. Entre 2006 et 2008, elle a été encadrée par Philip Hampton, alors président de la chaîne de supermarchés Sainsbury's. "Tous les deux mois, on analysait un sujet d'actualité économique, raconte-t-elle. Il m'a aidée pour mes entretiens de candidature à des conseils d'administration puis pendant mes débuts chez Groupama." Un poste qui lui permet de "découvrir d'autres domaines d'activité et modes de gouvernance" et "d'améliorer (sa) façon de travailler".

Naturellement, Anne Bouverot encadre à son tour des femmes. Pour les inciter à postuler.

Audrey Garric

18:30 Écrit par HUMANITAS | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : femmes, religion, islamisme, islam, liberté, djemila benhabib, parité, entreprise | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Commentaires

Thanx for sharing such wonderful post

Écrit par : SEO Services India | 23/03/2010

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