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15/11/2009

N'oublions pas Reagan, par Antoine Vitkine (le Monde) nonobstant Me Thacher!

N'oublions pas pour autant Me Thatcher! « the best man in England » dixit Ronald Reagan.

Cela fais suite à la demande poussée mais judicieuse de mon ami Damien Theillier, non ce n'est pas 007 mais philosophe avant tout, pour ne dire essayiste à temps perdu, mais voilà du temps il n'en n'a guère l'enseignement et la direction de différentes études l'accaparent. Voici donc le post concerné source le Monde. A lire attentivement nonobstant par ailleurs que durant cette période le libéralisme promu par l'école de Chicago, se met en place. Reagan et Thatcher en sont les deux figures emblématiques. L'État joue donc un rôle moindre et laisse place au libre jeu de l'offre et de la demande. Les entreprises ont plus de libertés puisqu'une déréglementation a lieu. Margaret Thatcher, la « dame de fer » privatise de nombreuses entreprises comme British gaz par exemple. Les taux d'intérêt sont augmentés, les impôts sont diminués pour encourager le travail. L'esprit d'entreprendre règne. De plus, les syndicats sont mis au pas. Ainsi, les entreprises ont le champ libre et peuvent agir sans être contraintes par l'État. Mais ceci entraîne le déclin de certaines entreprises pas assez fortes pour résister à la concurrence. En France par exemple, le premier ministre Raymond Barre, de 1976 à 1981, n'aide plus les entreprises en difficultés, qu'il nomme les « canards boiteux ». De même, les entreprises bénéficient de plus de flexibilité dans l'emploi. Philippe Seguin supprime, par exemple, les autorisations administratives concernant le licenciement.

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« C’est un grand jour pour la liberté », déclarait la première ministre de Grande-Bretagne, Margaret Thatcher au lendemain de la chute du Mur.

Le libéralisme se manifeste aussi internationalement puisque les droits de douanes sont abaissés, notamment lors du Kennedy round. Ainsi, l'État se désengage mais il se doit de réagir lors des crises comme celle du krach en 1987 qui est réglée par la mise en place de courts circuits.


A l'issue des commémorations de la chute du mur de Berlin, événement à fort écho médiatique qui a vu Gorbatchev, Kohl, l'opposition est-allemande ou encore Jean-Paul II et Solidarnosc couverts de lauriers, un nom fut singulièrement absent : Ronald Reagan. Cet oubli est autant injustifié qu'il est, dans le fond, peu surprenant.

Il est injustifié parce que l'impact des choix de Reagan et de ceux de son administration sur l'effondrement du bloc de l'Est, dont la chute du mur est un des symboles les plus nets, s'est avéré déterminant.

Or, tout à la célébration de la chute non violente et festive d'un mur, aujourd'hui érigée en symbole de l'unité européenne, on fait un peu rapidement tabula rasa de la guerre froide, menée en grande partie par l'URSS et les Etats-Unis pendant quarante ans, et dont le mur de Berlin fut un enjeu et un symbole. Et l'on oublie que le bloc de l'Est déliquescent de 1989 ne présenta pas toujours ce visage. Au début des années 1980, le rapport de force était bien différent : les Soviétiques avançaient leurs pions, en Amérique latine, en Asie, en Europe de l'Est via leurs missiles SS 20. Et, tandis que Carter désarmait, une ligne dure – conséquence, il faut le dire, de la faiblesse américaine – prévalait au Kremlin, malgré un terrible talon d'Achille, une économie déjà mal en point. La grande réussite de Reagan et des siens est d'avoir compris cette contradiction, de l'avoir rendue insupportable pour Moscou et d'avoir obligé ainsi l'URSS à demander grâce et à se réformer.

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cliquez l'image voir lien et vidéo

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Pour atteindre cet objectif, il aura fallu à Reagan trois années seulement qui changèrent définitivement la donne, de 1981 à 1983. Après son accession au pouvoir, il ordonnait le plus fort réarmement américain de tous les temps, en temps de paix, faisant fi de sa promesse de rigueur budgétaire. L'URSS ne pouvait suivre. Il poussait son avantage, avec le bluff de la "guerre des étoiles" qui rendit fou le KGB, avec l'installation des missiles Pershing en Europe, véritable échec et mat de la stratégie nucléaire adverse, il accélérait l'enlisement soviétique en Afghanistan, offrant plus d'armes de dernier cri et d'argent aux moudjahidins que son prédécesseur n'avait osé le faire, il ordonnait des missions de harcèlement de la CIA partout dans le monde, ainsi que le sabotage des technologies soviétiques de pointe.

Ces décisions, Reagan les a prises, plus d'une fois, contre l'avis de ses proches conseillers, convaincu que l'URSS était battable. De manière plus anecdotique, il en ira ainsi de ces fameux mots de 1987, "M. Gorbatvev, faites tomber ce mur", dont Anthony Dolan, son ancien speech writer, révélait ces jours-ci dans le Wall Street Journal que Reagan les avait personnellement imposés à un cabinet hostile à la perspective de provoquer Moscou. Sans nul doute, le monde libre doit beaucoup à l'anticommunisme sans concession, au génie tactique et à l'inflexibilité morale de cet ancien acteur souvent moqué.

 

Berlin avant et après: diaporama cliquez

 

Résultat : dès 1983, les chefs du Kremlin savent qu'ils ont perdu le bras de fer et que, s'il veulent espérer inverser cette tendance, ils n'ont pas d'autre choix que de réformer leur économie et d'ouvrir leur pays, pour pouvoir produire non seulement de l'acier pour les chars, mais aussi des puces électroniques pour les armes modernes. En 1983, le vieil Andropov pousse alors un jeune réformateur au Politburo – le ver Gorbatchev est dans le fruit – et envoie son ambassadeur à Washington, Dobrynine, montrer patte blanche à la Maison Blanche et s'enquérir des conditions américaines d'une négociation.

A cet égard, l'autre victoire de Reagan est d'avoir accepté de négocier tous azimuts avec les Soviétiques à partir de 1983, afin de ne pas renforcer les durs du Kremlin, et d'avoir compris qu'il fallait apaiser le géant soviétique pour laisser Gorbatchev aller au bout d'une glasnost et d'une perestroïka qui à terme, mais cela Reagan l'espérait sans en avoir la préscience, mèneraient à la chute du Mur et à l'effondrement soviétique. Bref, Reagan a su mettre fin à la guerre froide calmement, sans apocalypse nucléaire ni guerre civile à Moscou et en Europe de l'Est.

"Reagan a accéléré, et peut-être même, provoqué, la chute de l'URSS" me disait non sans amertume, dans le cadre de mon documentaire, le général Kalouguine, ancien chef de l'espionnage soviétique aux Etats-Unis et proche d'Andropov. Ce que disent aussi Alexander Bessmertnykh, ancien ministre des affaires étrangères, et bien d'autres acteurs russes de cette histoire.

Si les Soviétiques et les protagonistes outre-Atlantique connaissent bien le rôle exact de l'administration Reagan, les premiers ont la défaite discrète et les seconds se sont entendus pour ne pas clamer leur victoire : humilier l'URSS de Gorbatchev, ou même la Russie de Eltsine et Poutine, eût rendu, et rendrait encore, les choses plus compliquées.

Ce n'est pas là la seule raison pour laquelle, sans surprise, on oublie le rôle de Reagan dans la chute du mur de Berlin. Nous, Européens, éprouvons d'étranges difficultés à admettre que la guerre froide fut une guerre, certes froide, et qu'elle a eu un vainqueur, que celui-ci fut le camp démocratique occidental, et que, partant, la chute du Mur est le symbole de la défaite des Soviétiques autant que du triomphe de la liberté.

 

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lire bio

 

L'oubli de Reagan, la sous-estimation de son rôle, le mépris dont il est, ici, souvent l'objet, sont tout sauf anecdotiques. Leurs ressorts sont profondément idéologiques. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe, et particulièrement la France, vivent dans l'irénisme. La guerre froide s'est jouée au-dessus de leurs têtes, à l'abri du parapluie américain mais aussi dans sa négation. Partant, il est tentant de penser que le Mur est tombé uniquement grâce à la magnanimité de Gorbatchev, à la ruse de Kohl, au courage des Allemands de l'Est, au demeurant bien réels les uns et les autres.

Il est notable que l'oubli de Reagan intervienne à l'issue des huit années de présidence Bush et du fiasco irakien. Elles sont parvenues à discréditer aux yeux des opinions publiques ce qui fut le sel de la politique reaganienne : le volontarisme politique, le refus du totalitarisme, une politique étrangère intransigeante au service de valeurs et de principes forts. Il vrai que Reagan avait mis en œuvre cette politique avec un subtil mélange de morale et de réalisme, voire de cynisme, qui fit cruellement défaut à Georges W. Bush et aux siens. Reste que l'exemple de Reagan devrait être toujours actuel.

 

 

 

 

Puisse Barack Obama se souvenir de son prédécesseur au bureau ovale.

"Du passé, faisons table rase", proclamait l'Internationale ; l'ancien "bloc capitaliste", tout à un néolibéralisme consumériste qui va de pair avec l'illusion de la paix perpétuelle et l'oubli de l'Histoire, aura, au moins, réalisé cet idéal communiste. Oubliant au passage que les totalitarismes du XXe siècle ont du être combattus avant d'être défaits, et que Reagan, l'homme de ce combat-là, mérite, lui aussi, quelques lauriers.

Antoine Vitkine, journaliste. Auteur du documentaire Ronald Reagan, l'enfance d'un chef, diffusé prochainement sur Arte.

 

L'après-mur

 

Un mois après la chute du mur de Berlin, Margaret Thatcher, Premier ministre britannique et Jacques Delors, président de la Commission, lors du dîner organisé à l’occasion d’un Conseil européen à Strasbourg.

Margaret Thatcher exprime sa méfiance envers l’intégration européenne pour elle par trop fédérale lors d’un dîner auquel participe Jacques Delors, Président de la Commission. L’expression qu’elle avait utilisé quelques années auparavant « I want my money back ! » (« Rendez-moi mon argent ! ») est restée célèbre pour témoigner de ces réticences face à une Europe intégrée. Margaret Thatcher voulait faire admettre que son pays dépensait trop pour la PAC. Elle obtint une compensation financière – le chèque britannique – qui est actuellement en débat.

Lors de ce Conseil européen réuni à Strasbourg, en 1989, des thèmes fondamentaux étaient au menu : Union économique et monétaire, droit sociaux des travailleurs, et réunification allemande. Un mois à peine plus tôt, le monde entier avait pu suivre en direct à la télévision la chute du mur de Berlin.

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